Autour de l’image, rencontre avec Sokona Tounkara d’Afrikimage

, par Afrique in visu

Un mois après le lancement de la collection d’images Afrikimage , Sokona Tounkara directrice d’Afrikimage s’est prêtée à notre interview. Afrikimage n’est pas qu’une simple banque d’images mais souhaite initier de nombreux projets photographiques. Une première en Afrique, ce site Internet pourrait créer des passerelles panafricaines…

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Afrikimage

Comment a germé l’idée d’Afrikimage ?
Afrikimage est né d’un manque de matières, d’un besoin d’images.
Au départ je suis graphiste, j’ai créé il y a deux ans ma propre société "Afrik-m" qui est un studio de création multimédia et graphique. Dans le cadre de mon travail j’avais régulièrement besoin d’images pour des conceptions. Ce qui m’a permis aussi de mettre en place un réseau de photographes.
J’ai donc eu l’idée de créer une banque d’images avec mon partenaire Jean Philippe Boris . Nous travaillons sur le projet d’Afrikimage depuis 1 an et demi…

Comment réalisez-vous la sélection des photographes ?
Le directeur artistique, Alioune Bâ, et moi-même réalisons le travail de sélection. A vrai dire, à ce moment même il y a surtout une sélection de photographies.
Les photographes qui sont pour l’instant sur le site d’Afrikimage sont des proches.
On compte prochainement lancer un appel à candidature pour recruter de nouveaux photographes. On souhaite peut-être s’adresser aux photographes ayant participé aux Rencontres de Bamako. Nous présentons aussi sur notre site une partie des collections du Musée et de l’AMAP (Agence Malienne de la Presse).

Vous êtes en train de mettre en place un logiciel permettant aux photographes de proposer leurs images via Internet à travers toute l’Afrique, pourquoi ce choix ?
Ce logiciel permet de démultiplier les sites de production et ainsi la banque d’images sera alimentée plus rapidement. Ceci permettra aussi de faciliter notre travail de documentation qui n’est pas toujours évident.
Les photographes pourront proposer des images et Afrikimage validera et publiera les images retenues sur le site.

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Afrikimage © Fode Kone

Vous visez une banque d’images de 10 000 images dans un an, n’avez-vous pas peur de ne pas miser sur la qualité mais sur la quantité ?
A partir du moment où il y a un directeur artistique, il y a sélection. De plus une banque d’images doit avoir un large panel de thèmes pour répondre à un public varié. Cette année notre objectif est d’alimenter le site d’environ 1000 images par mois.

Quelle clientèle visez-vous ?
Nous visons les agences de communication, les particuliers avec les tirages, les journaux, les éditions, les ONG. Une clientèle la plus large possible.

Comment avez-vous fixé les prix de vente ? Les prix des photos libres de droits peuvent paraître élevés…
Nous avons fixé les prix par rapport à la concurrence et par rapport à la cote internationale. Les prix nous semblent raisonnables. Des abonnements seront disponibles pour les clients réguliers avec des tarifs préférentiels.

Comment est défini la part de gain du photographe et la part pour Afrikimage ? Est-elle fixe ou en fonction du renom du photographe ?
En général la part du photographe oscille entre 40 et 60% du prix de la vente mais cela dépend des contrats.
Le renom du photographe actuellement ne joue pas, les prix sont les mêmes pour tous.

Comment se fait le choix entre les photos libres de droit et les photos de droits gérés ?
Ce choix s’effectue généralement avec le photographe :
Les droits gérés sont généralement des photographies d’Art ou bien des images où le photographe souhaite avoir un droit de regard concernant son utilisation.
Les photos libres de droit ne sont sujettes à aucune restriction.

Votre site est en expérimentation, allez-vous y apporter des améliorations ?
Effectivement le site va s’améliorer. Une version anglophone est prévue ainsi que de nouvelles rubriques du type actualité, photographes, etc
Nous sommes en train de retravailler la première page du site afin qu’elle soit plus dynamique.

Je crois qu’Afrikimage ne veut pas se limiter à être une banque d’images et souhaite réaliser d’autres projets photo afin de promouvoir les photographes. Peux-tu nous en parler ?

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Afrikimage © Samba N’Diaye

Nous sommes en train de monter un projet nommé « Mali vis à vis » .
C’est un projet qui me tient à cœur.
Originaire du Mali et née à Paris dans le 18ème, je me suis aperçue que les gens ici avaient une vision un peu fausse de la vie en Europe. J’ai donc souhaité faire un portrait réaliste de la vie des immigrés maliens en France.
En parallèle de nombreux jeunes franco-maliens ont peu de contact avec leur pays d’origine. Faire cet échange permettra à certains d’entre eux de renouer avec leurs racines.
Nous avons mis en place une équipe de travail composée de 6 photographes et de moi-même. Pour l’équipe malienne il s’agit d’Alioune Bâ et de Sokona Diabaté. Pour l’équipe franco-malienne nous collaborons avec l’association l’Arache Production et Ladji Ly. Seront présents entre autres le photographe Abdoulaye Sima et la photographe Anaïs Pachabézian.

Au mois de février nous partons avec les photographes maliens 2 semaines à Paris et au mois de mars les photographes franco-maliens se rendront 2 semaines à Bamako.
Nous espérons que ce projet sera exposé dans divers endroits, nous avons déjà prévu de l’exposer à Bamako sur le boulevard de l’Indépendance afin de mieux toucher le public malien et de lui donner l’envie d’aller voir des expositions.
On ne souhaite pas se limiter à une banque d’images mais on veut réaliser le maximum de projets extérieurs…
A long terme ces projets seront financés par le fonds Afrikimage.
15% du prix des ventes d’images en ligne sont versés sur ce fond dans le but de financer des projets.

De plus nous passons commande à nos photographes pour travailler sur des thèmes peu représentés sur le site, comme par exemple la cuisine, les technologies et ordinateurs et la coiffure. Pour ces commandes les photographes sont bien sûr rémunérés.

L’intérêt est que tous les maillons de la chaîne soient réalisés par Afrikimage : Production, commercialisation, présentation, édition.

Nous souhaitons ainsi dynamiser le secteur de la photographie et donner aux photographes d’autres opportunités de diffusion.

Site officiel : Afrikimage