Bled Runner - Etape 1 / Alger - Bamako Une chronique de Camille Millerand

, par Camille Millerand

Bled Runner - Alger / Bamako / Abidjan / Koonan

Kader est ivoirien, il a 31 ans. Cela fait 6 ans qu’il vit en Algérie à Oran plus exactement. Arrivé par la route depuis Koonan, sa ville natale (située au nord-ouest de la Côte d’Ivoire et appartenant au département de Touba, dans la Région du Bafing), qu’il a quitté durant la longue crise politico-militaire de 2011. Période où le pays a basculé dans le chaos, à l’époque, sa famille avait décidé que Kader aille « se chercher » ailleurs, l’Europe en ligne de mire.

Partir pour partir, il s’est finalement stabilisé en Algérie.
Progressivement, il est passé du statut de « migrant de passage » à celui d’acteur agissant pour la prise en charge des migrants en Algérie au sein d’une association qui souhaite rester anonyme. Aujourd’hui Kader a envie de changement. Même s’il s’est fondu dans la société algérienne, il a d’autres objectifs en tête. Mettre son savoir-faire et son réseau à disposition de son village natal.

A la fin du mois de janvier 2018, il rentre chez ses parents, pour lancer les activités de « Life On Land » une association qu’il a co-fondée avec 3 autres personnes. Ensemble, ils souhaitent créer une structure de formation en agriculture écologique.

Un reportage photographique construit autour du retour de Kader au pays après 3 ans d’absence. Une manière de raconter les réalités ivoiriennes à travers son point de vue.

ALGER-BAMAKO - 1er étape - Air Djazair

Finalement, notre départ d’Alger pour Bamako a eu un jour de retard à cause d’une grève des salariés d’air Algérie. Nous passerons même par Abidjan avant d’atterrir à Bamako. Lors de cette escale ivoirienne, une seule histoire improbable à se mettre sous la dent : celle d’un passager trentenaire qui n’arrivait pas à fourrer son sac en soute-cabine. Il était rempli de paquets de billets de 10000 fcfa. De quoi financer le projet agricole de Kader et un appareil de marque allemande pour moi.

Kader et moi nous nous sommes connus à Oran en avril 2016. Tous les 2 occupés par la thématique de la migration vue d’Algérie . Lui comme superviseur d’actions de terrain en faveur de la communauté migrante du bassin Oranais et moi en co-auteur du projet Terminus Algérie mené avec Leila Beratto.

À 2 heures du matin, Ousmane fall mon ami-tuteur de 10 ans, nous loge au Badialan 2, un quartier collé à Hamdallaye où j’avais élu domicile en 2006 quand je débutais dans le métier. Même chambre, même odeur de cuisine et chant du coq le matin. Je prends des nouvelles de la famille Fall avec attention. Certains sont morts, d’autres se sont mariés. Les derniers gosses de la famille sont devenus "garçons" : Alfussein est agent de développement et Alhassan basketteur pro au sein l’équipe nationale du Mali. Demain nous rejoindrons Abidjan par bus.

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© Camille Millerand
Avec Kader nous nous sommes connus en avril 2016 à Oran. Nous travaillons tous les deux sur la thématique de la migration. Cela fait 6 ans qu’il mène des actions de terrain auprès de la communauté migrante installée à Oran. Soutien psychologique, suivi santé individuel, démarches administratives...Des actions qu’il mène au sein d’une association humanitaire basée en Algérie.
Balcon de Kader - juillet 2016.
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© Camille Millerand
Veille de notre départ pour Bamako. Kader a dédié la moitié d’une valise à la famille que l’on retrouvera à Duékoué et Koonan. Demain matin, nous récupérons l’écran plasma pour son père - Direction Air Algérie to Bamako.
23 Janvier 2018.
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© Camille Millerand
Nous dormons à Alger-centre à deux pas du commissariat central, du bureau des douanes et de salle Ibn Khaldoum.
23 janvier 2018.
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© Camille Millerand
L’écran plasma Condor de Kader et mes appareils électroniques étaient pourtant passés "crème" au premier scanner de l’aéroport d’Alger. Sauf qu’aujourd’hui notre compagnie aérienne est en grève.
22 janvier 2018.

Trajet vers l’aéroport Houari Boumedienne. Dans Le taxi de Rafik. 22 janvier 2018

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© Camille Millerand
Une fois assis dans l’avion, on apprend qu’on passera d’abord par Abidjan avant de rejoindre Bamako. Heureusement, on a pu squatter leurs sièges pour dormir.
24 Janvier 2018.
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© Camille Millerand
Arrivés à 2H du matin chez la famille Fall au Badialan 2 conduits par Ousmane Fall, mon ami de 10 ans.
25 Janvier 2018.
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© Camille Millerand
Ousmane dans son salon avec sa première fille. A l’époque il habitait à Hamdalaye, tout près du Badialan 2. Il a aujourd’hui 4 enfants et est devenu adjudant dans une unité de gendarmerie vers la frontière Mali-Côte d’Ivoire.
Décembre 2006.
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© Camille Millerand
Le quartier n’a pratiquement pas changé de configuration. Les lumières sont les mêmes. Nous nous donnons les nouvelles avec la famille Fall.
26 Janvier 2018.
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© Camille Millerand
Alfussein, un des derniers de la fratrie nous emmène manger « choukouya ».
26 Janvier 2018.
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© Camille Millerand
Et tonton ? il est militaire à Gao. Et Assan ? Elle est institutrice à la maternelle. Et Nandy ? Elle est chez vous en France. Et Alhassan ? Il est basketteur professionnel pour l’équipe nationale. Et Alfoussen ? Il est responsable logistique. Et Ousmane ? Il est adjudant à la gendarmerie de Kadiolo. Et Mamourou ? Il travaille pour la Minusma à Gao...le Nord c’est pas bon deh ! Et Cheikh ? Il a une fille et travaille à la Banque du Mali...D’autres nous ont quitté aussi. Paix à leurs âmes. Les nouvelles de la famille Fall.
26 janvier 2018.
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© Camille Millerand
Alfoussen et sa copine, Iwa qu’il aimerait bien marier. Ils se connaissent depuis plusieurs années.
26 janvier 2018.
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© Camille Millerand
En 10 ans, les lumières du quartier n’ont pas changé. L’organisation du quartier est la même. Ca fait du bien d’être là.
26 janvier 2018.

Voir en ligne : http://www.camillemillerand.com/