Congo (belge) - Carl De Keyzer

/ Carl De Keyser

Congo (belge)

Carl De Keyzer

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Congo (belge) © Carl de Keyser

Carl De Keyzer , photographe belge de renom et membre de la célèbre agence Magnum, a parcouru le Congo dans le cadre du 50e anniversaire de l’indépendance de l’ancienne colonie belge. Il en est revenu avec une série de photos uniques actuellement exposées au Musée de la photo de la province d’Anvers.

De Keyzer a élaboré son itinéraire en se basant sur le "Guide du voyageur au Congo" , un guide touristique datant de 1958. Une fois sur place, il s’est cependant rendu compte qu’il lui serait impossible de suivre fidèlement le parcours original proposé par le guide, étant donné que les routes étaient en bien plus mauvais état qu’il y a 50 ans. Il a dès lors été contraint d’adapter entièrement son itinéraire. Il a toutefois utilisé le guide comme outil et source d’information pour explorer le pays en profondeur. En effet, l’ouvrage décrit les lieux où des travaux d’infrastructure ont été réalisés par les Belges ainsi que la localisation des plus importants postes de mission, séminaires, manufactures et mines. Le principal problème de De Keyzer fut d’atteindre ces endroits pour les photographier, cinquante ans plus tard. "Le Congo est une mine d’or sur le plan photographique, mais vous devez pouvoir arriver sur le site que vous souhaitez immortaliser."

Les conditions dans lesquelles De Keyzer a été contraint de travailler sont incroyablement pénibles. La preuve nous vient d’une photo, sur laquelle un gardien de prison pointe un fusil vers lui. "Vous devez véritablement triompher de tout : la nature, l’administration, les gens, la corruption et, naturellement, vous-même !" Parfois, il lui fallait courir d’un bureau à l’autre pendant trois jours et collectionner les cachets juste pour pouvoir mettre le pied dans un vieux bâtiment décrépit. Dans la plupart des cas, il lui fallait obtenir des autorisations pour pouvoir faire des photos, et, souvent, il a dû mettre la main au portefeuille, pour la première fois de sa carrière, pour atteindre son objectif. Son récit ressemble à une expédition risquée, sur les traces de Stanley et de Tintin. De Keyzer balaie cette comparaison. "Je ne prends des risques que si je ne peux vraiment pas faire autrement. Je ne suis pas allé sur la ligne de front. Si vous vous lancez dans une telle aventure comme un kamikaze, vous tiendrez au mieux quelques mois."

Ce qui a surtout frappé De Keyzer, c’est l’échelle incroyable à laquelle le système colonial a été implanté sur un territoire quelque quatre-vingts fois plus grand que la Belgique. Ses photos donnent également une image assez complète du grand nombre de reliquats belges qui subsistent dans le Congo moderne. Les vestiges architecturaux suscitent fréquemment des impressions surréalistes dans le paysage congolais actuel : rapports étranges entre l’architecture et les hommes, ruines dans des paysages idylliques, nouveaux usages attribués à l’infrastructure délabrée subsistant. Ainsi, son premier cliché est une photo d’une énorme villa belge construite dans un petit village. Une hutte a été érigée dans le salon et des chèvres se promènent dans la cuisine.

Les photos surréalistes contrastent vivement avec l’utopie du rêve colonial que les autorités ont fait miroiter à la population. Le Congo a en effet été "visuellement annexé" par ces autorités et le nouveau support ayant vu le jour à l’époque, la photographie, a été utilisé en tant qu’instrument fondamental de l’exploration, de la conquête et de la représentation de la colonie. Le ’regard belge’ porté sur le passé colonial est, pour De Keyzer aussi, inévitable. Les clichés nous parlent davantage des Belges et de ce qu’ils ont fait là-bas que des Congolais. Ce n’est qu’en tant que Belge que De Keyzer a pu mettre en image le Congo de cette manière.

Le résultat de cette expédition est une série de photos uniques qui possèdent une signification historique. Les photos montrent ce qui subsiste de l’héritage colonial belge et la manière dont les habitants de la République démocratique du Congo en font usage, mais surtout, elles suscitent de nombreuses questions sur la façon dont la Belgique a interprété cette colonisation en termes d’architecture et d’urbanisme ainsi que sur les raisons de l’état actuel de chaos et de déclin. Le photographe a l’habitude d’axer son travail sur une réflexion sur la religion, le pouvoir et l’idéologie. Il n’en va pas autrement dans ce projet. Des fragments du pays ont déjà été photographiés par le passé, mais jamais à ce jour, un projet photographique aussi complet n’avait été mené au Congo.

Un album photos portant le même nom est publié dans le cadre de cette exposition chez Lannoo . L’album est conçu comme le ’cahier’ d’un administrateur qui planifie une colonie à distance.

| Exposition

Lieu

Fotomuseum

  • Belgique

En mars 2004, le nouveau FotoMuseum (Musée de la Photo) de la Province d’Anvers a ouvert ses portes. Le Fotomuseum offre un regard sur le passé et le présent de la photographie. Grâce à son rôle de lieu de rencontre, le FotoMuseum souhaite aussi participer à la réflexion sur l’avenir de ce média.

INFORMATIONS PRATIQUES

- ADRESSE
Waalse Kaai 47
2000 Anvers
tél. : 03 242 93 00
fax : 03 242 93 10
e-mail : info@fotografie.provant.be
url : www.fotomuseum.be

- HORAIRES
Ouvert du mardi au dimanche, de 10 à 18 heures.
Fermé le lundi.
Fermé les 25 et 26 décembre ainsi que le 1er et le 2 janvier.

- TARIFS
tarif normal : € 6
Tarif réduit : € 4
Enfants : gratuit jusqu’à 12 ans

Voir en ligne : www.fotomuseum.be