CONGO EZA, photographes de RDC La République Démocratique du Congo vue par ses photographes

, par Afrique in visu

#Collection Photos - Africalia Editions / Roularta Books 2008

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Deuxième ouvrage d’une nouvelle collection de livres de photographies initiée par Africalia, dédiée aux photographes africains.
Congo Eza réunit en un album 190 prises de vues, réalisées depuis une dizaine d’années par plus de vingt photographes congolais. Une première pour la photographie de reportage au Congo.
Cette sélection, représentative de la vision que ces photographes se font de leur pays, a été effectuée à partir de centaines de clichés pris, en majeure partie, dans le cadre d’ateliers de photo-reportage thématiques organisés à Kinshasa.
Huit textes littéraires, écrits par quatre écrivains congolais, ponctuent les différentes sections de l’ouvrage, afin de contextualiser et de commenter les thèmes qui ont inspiré ces artistes. Des commentaires sont fournis au lecteur, en marge et de manière plus discrète, lorsque le contexte de la prise de vue doit être précisé.

25 PHOTOGRAPHES

25 photographes, issus de plusieurs villes de la République Démocratique du Congo, pérennisent les mille et un gestes quotidiens des habitants de cet immense pays. Dans la rue, à l’école, dans les concessions, lors de fêtes de mariages ou de funérailles, sur des lieux de vie et de survie, au cours de manifestations politiques, ils ont tenté de cerner leur identité. 192 photos d’auteurs pour raconter le Congo d’aujourd’hui.

Les photographes les plus talentueux sont issus principalement de Kinshasa, Lubumbashi, Bukavu et Kisangani. Ils ont pour noms : Blanchard et Anicet Labakh, Etienne Nganga Kokolo, Jean-Pierre Maludi, Sébastien Kipa Kabamba, Alain Mwilambwe, Danielle Lubanzadio Yala, Christian Tundula, Simon Tshiamala, Alain Wandimoyi, Ferdinand Wemakoy Unga, Victor Mango, Faustin Molanga, Gabriel Mukaz, Willy Mfumu Falanka, Jean Kiat Wandand , ainsi que Sammy Baloji , Gulda El Magambo, Nono Katanga, Robert Cirimba, Katambwe wa Kazadi de Sikasso, Shabani, Mopreso Ngombe Ntumba, Malateau Mudimba Mukendi, Emmanuel Malumbi ...

4 ECRIVAINS

A ces images inédites, présentées en huit thèmes, s’associent des textes originaux écrits par quatre brillantes plumes de Kinshasa et Lubumbashi.
Un témoignage photographique sans équivalence en RDC.
Les quatre écrivains confirmés qui ont été choisis pour rédiger les textes d’accompagnement sont : Marie-Louise Bibish Mumbu , Vincent Lombume , André Lye Mudaba Yoka de Kinshasa et Fiston Nasser Mwanza de Lubumbashi.

8 THEMATIQUES

Les thématiques dégagées par les clichés se déclinent en huit sections :
Koyekola : Eduquer, grandir ; Kolingana : S’aimer ; Kobeta Libanga : Se débrouiller, survivre, ; Kosambela : Prier ; Kopona Bakambi : Choisir, élire, voter  ; Kobouger : Bouger (transport, mobilité) ; Kokoma : Ecrire, tracer des graffitis sur les murs et dans la rue, communiquer ; Komilakisa : Se montrer, poser, paraître, « se donner à voir ».

« CONGO EZA » / Photographes de RDC

L’émergence de la nouvelle photographie congolaise

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Anicet Florent Labakh

En Afrique comme ailleurs, s’approprier son image, la gérer, la maîtriser, est une démarche créatrice complexe. La photographie est, entre hasard et intuition, talent et compétence, connaissance et engagement, un médium faillible qui saisit au cinquantième de seconde un mouvement sous un angle particulier, ne captant qu’un événement isolé dans l’espace et dans le temps. Elle joue sur les contrastes entre l’ombre et la lumière pour modifier la dramaturgie éventuelle d’une scène. Du fait de ses qualités, la photographie peut montrer, dénoncer, interpréter, voire séduire : ce n’est pas un langage neutre, purement objectif. Les photographes en sont conscients, le public pas toujours. On ne photographie pas la réalité, bien que l’image tirée s’en rapproche, mais elle ne représente qu’un assemblage d’éléments plus ou moins pertinents, furtivement saisis par le regard du « voyeur » à travers l’objectif de son appareil, un instant que son intuition d’artiste privilégie parmi d’autres possibles. Une photo imprimée induit toujours une certaine confusion entre la représentation de cette réalité fictive que l’artiste cherche à « piéger », sa propre subjectivité, et l’interprétation de celui qui regardera plus tard le cliché avec ses critères personnels de décodage. Notre subconscient réinvente chaque fois un contexte particulier. Parfois il le sublime, dans d’autres cas il le dramatise. D’une certaine manière, photographier c’est formaliser un certain regard, émettre une opinion à faire partager. Celui qui prend l’instantané devient, par cet acte, un homme concerné, il voit, il choisit, il prend sa responsabilité. La photo, si elle survit aux atteintes du temps et si elle est utilisée publiquement, pourra servir de pièce à conviction, elle confirmera ou infirmera des dires, des rumeurs, voire des clichés, au sens figuré.
Editer un album constitué de photographies prises par des opérateurs congolais est aussi un acte engagé. Ce livre, le second de cette collection dédiée aux photographes contemporains d’Afrique, a pour vocation de témoigner de la dignité d’un peuple en lutte pour sa survie. Il rend compte de quelques-uns des mille gestes et astuces inventés par les populations pour survivre à la folie de leur histoire. Cette publication n’est pas seulement une ode à la débrouillardise, à l’Article 15, comme on le dit à Kinshasa, il s’agit aussi de mieux faire connaître la diversité culturelle de la nation congolaise, une diversité qui, paradoxalement, génère la cohésion sociale, affirme les identités et enrichit le patrimoine collectif.

Comment gérer son identité sans la maîtrise d’un outil tel que la photographie ? Comment exister au XXIe siècle en confiant le soin de son image aux autres ? L’histoire de la photographie au Congo se confond avec son passé colonial, se dilue dans la vision occidentale de la représentation des peuples, des faits et des hommes.

Peu nombreux et tardivement, quelques assistants éveillés, des laborantins dits évolués ont pu appréhender ces drôles d’appareils jalousement protégés par les Blancs. Ceux-ci, d’abord explorateurs, ensuite coloniaux, puis coopérants ou touristes, sont venus en grand nombre avec des machines plus sophistiquées les unes que les autres afin de capturer toutes sortes d’images censées éclairer le monde sur les différences culturelles. Et ainsi, les images exotiques et les clichés fantaisistes se sont répandus dans les pays du Nord, confortant une idéologie influencée par les reliquats de la propagande coloniale et justifiant encore de nos jours une approche ambiguë de la coopération au développement.
Actuellement, un occidental dispose d’un ou de plusieurs appareils argentiques et numériques, il possède aussi une caméra, un téléphone portable équipé d’un système de prises de vues, sur son PC, il utilise une webcam. Au Nord, ces outils de communication inondent les prospectus commerciaux et ramènent l’acte de photographier à un geste banal, voire vulgaire. En RDC, les bons appareils de prises de vues sont rares et photographier est un privilège. C’est aussi une fonction professionnelle qui permet à quelques milliers de Congolais de faire vivre tant bien que mal leurs familles. Ne rêvons pas, photographier en RDC relève de l’aventure et nombreuses sont les anecdotes, parfois croustillantes, qui ont émaillé la réalisation des œuvres publiées dans cet ouvrage. Intimidation des forces de sécurité, marchandages, menaces et même arrestations momentanées sont le fait quotidien de ces reporters. Dénonçons aussi l’état du matériel utilisé, parfois obsolète ou usé, et les difficultés dues aux éprouvants problèmes de déplacements locaux. Pour toutes ces raisons, les 24 artistes qui signent les 194 photos de cet album méritent amplement le titre de « Héros de l’image ».

Que va raconter la photographie sur l’histoire du Congo aux enfants de demain ?
En 2001, sous la direction de N’Goné Fall, la Revue Noire avait publié un superbe recueil
de prises de vues réalisées par des photographes africains et européens qui œuvraient dans l’esprit des véritables auteurs d’images artistiques 1 . C’étaient des portraitistes de studio, des
reporters de fêtes et d’événements. Ils avaient pour nom Shanu, Lema, Ngondavi, Zagourski, Kouassi, Makula, Freitas, Lukuni, Santos, Diogo, Ndombele, Ngaimoko, Depara, et aussi Labakh, Nzundu...

Nous leur devons des œuvres, des traces de mémoires qui rappelleront aux Congolais du futur les petites joies et les peines de leurs lointains parents. Pour les jeunes, ces images participeront à la fierté d’appartenir à un peuple riche d’une histoire reconnue.

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Sikasso F1174N

Du milieu des années 70 à la fin des années 90, il s’était creusé une sorte de vide dans la mémoire photographique congolaise, une absence d’une quinzaine d’années pendant lesquelles, seuls, quelques pionniers firent perdurer la tradition des reportages sur la vie quotidienne.
Ce n’était pas une question de pénurie de techniciens : les photographes étaient nombreux à gagner leur vie avec leurs 24x36 – courant de mariages en communions, de cérémonies en enterrements – flattant les ego – misant sur le culte de la personnalité et l’apparat. Mais pendant cette période, le travail d’auteur fut délaissé, le lucratif primait et le marché du reportage photographique au Congo était redevenu un terrain de chasse occidental.

En 1997 enfin, quelques photographes congolais éveillèrent chez des professionnels de passage l’envie de partager des expériences artistiques. Michel Gelinne, formé à l’excellente Ecole du 75 à Bruxelles est de ceux là. Avec l’aide de l’asbl Ti Suka et le soutien matériel de la Délégation Wallonie-Bruxelles de Kinshasa, il entama un accompagnement des photographes.
Au départ, ce furent surtout les opérateurs ambulants de Kinshasa qui, réunis sous le sigle de l’UNAREP 2 , participèrent aux stages. En 2006, dans le cadre de la préparation de l’événement culturel YAMBI, organisé par le Commissariat général aux Relations internationales de la Communauté française de Belgique et le Ministère de la Culture de la RDC, des photographes de Lubumbashi, Bukavu, Goma et Kisangani se retrouvèrent à trois reprises en formation à Kinshasa.

Cette collaboration continue et de longue durée déboucha en 2007 sur une forte présence de la nouvelle photographie congolaise dans YAMBI. Elle signifie également la reprise en main par les Congolais de leur propre image et la production de milliers de clichés de qualité. Ce livre se veut le reflet de cette créativité. Il repose sur une sélection qui s’est opérée à partir de huit thèmes, eux-mêmes interprétés à leur manière par des écrivains de Kinshasa 3 et de Lubumbashi 4 .

Mirko Popovitch

1 Photographies Kinshasa, N’Gone Fall (dir.), F. Morimont, Manda Tchebwa, Lye M. Yoka,
150 photographies n/b et couleurs. Revue Noire Editions, Paris, 2001 (en français et anglais)
2 Union Nationale des Reporters Photographes du Congo
3 Marie-louise Bibish Mumbu, André Lye Mudaba Yoka et Vincent Lombume Kalimasi
4 Fiston Mwanza Mujila

Lancement

FOIRE DU LIVRE – du 5 au 9 mars 2008 – Tours et Taxis
Une rencontre entre des auteurs du livre, quelques-uns des photographes congolais, le monde de l’édition et de la diffusion et le public, est organisée le samedi 8 mars à 14h dans le cadre de la Foire du Livre. Intitulé « Au-delà des apparences : Images du congo », ce débat sera l’occasion d’un échange avec les artistes invités en Belgique : notamment Jean-Pierre Maludi, Anicet Labakh, Christian Tundula, Alain Wandimoyi (photographes) et Marie-Louise Bibish Mumbu (écrivaine). Pie Tshibanda est invité à participé au débat. Des séances de dédicaces sont prévues durant toute la durée de la Foir e.