Dak’Art : Le miroir de l’art africain contemporain

, par Samuel Nja Kwa

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Dakart’08 © Samuel Nja Kwa

Inaugurée en grande pompe le 9 mai au Musée national par le Président de la République sénégalaise Maître Abdoulaye Wade , la biennale Dak’Art se veut être une vitrine pour l’art contemporain africain.

35 plasticiens et 15 designers y sont présents, au grand bonheur des organisateurs et des visiteurs. Le musée de l’IFAN, la galerie nationale, la galerie Le Manège, la Place du Souvenir, accueillent des expositions de peinture, sculpture, vidéo d’art, photographie et Design, jusqu’au 9 juin. Les couleurs de la biennale ornent les bâtiments officiels, celles du OFF, rouge et noir, signalent une exposition.

Les artistes présents

Jeudi 8 mai. Rires, retrouvailles, présentations. De nombreux artistes sont regroupés sur le hall de l’aéroport Léopold Sédar Senghor. La huitième édition de la biennale de Dakar, annonce la couleur. De Douala à Johannesburg, en passant par Marrakech, Ouagadougou, Bamako ou Lagos, les artistes sélectionnés du Continent se sont donnés rendez-vous à Dakar. Ceux de la diaspora, de Paris à New York, en passant par Londres ou Amsterdam sont aussi présents. La pléthore de journalistes, de chercheurs, de galeristes et même d’étudiants étrangers, n’est pas en reste. La biennale de l’art africain contemporain est bel et bien un rendez-vous incontournable des professionnels du monde de l’art tous les deux ans. Pour recevoir tout ce beau monde, la ville est en ébullition. Des hôteliers aux taximen, en passant par les vendeurs ambulants, tous sont à l’affût du client. Et les « bana bana » ne sont pas en reste. Dakar se met au diapason.

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Dakart’08 © Samuel Nja Kwa

L’accueil des autorités

Vendredi 9 mai. Rendez-vous à l’Ifan, au Musée national, à 10 heures. Artistes, journalistes et professionnels de l’art assistent au lancement de la biennale. Une garde présidentielle annonce l’arrivée imminente du Président de la République Maître Abdoulaye Wade. Les discours se succèdent, le Président de la République souligne le travail abattu et cite Léopold Sédar Senghor. Il rappelle l’importance de Dak’art et sa place en Afrique.

Puis vient l’heure de la remise des prix :

  • Le Grand Prix "Léopold Sédar SENGHOR" parrainé par le Président de la République a été remis à Mansour Ciss Kanakassy et Ndary Lo
  • Le prix offert par le Ministre de la Culture et du Patrimoine Historique Classé:Nkosikhona Ngcobo
  • Le prix offert par l’Union Européenne : cette année, ce prix ne concernera pas uniquement le design mais l’ensemble des œuvres exposées dans le cadre du IN de Dak’Art. Il est remis à Johann Van Der Schijff.
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  • Le prix offert par Culture France, département Afrique et Caraïbes en création est décerné à l’artiste camerounais :Guy Bertrand Woueté Lotchouang.
  • Prix offerts par Thamgidi Studio Foundation : Saïdou Dicko, Ibrahima Niang, Mourad Gharrach, Angele Etoundi Essamba, Pélagie Gbaguidi, Grace Ndiritu, Joëlle Le Bussy Fal
  • Quatre prix offerts par la Société Zuloga :Ndary Lo (Prix d’un montant de 1 250 000 F CFA), Mansour Ciss Kanakassy (1 250 000 F CFA), Nkosikhona Ngcobo (1 000 000 F CFA), Johann Van Der Schijff (500 000 F CFA).
  • Le prix Djamilatou Bikami : Sokey Edorh
  • Le prix offert par le Maire de Dakar : Amadou Kan Sy

Le choix des artistes primés est remis en cause

Au lendemain de la remise des prix aux différents artistes, les langues se dénouent. Selon Sithabile Mlotshwa , la Présidente du jury, plusieurs problèmes se sont posés. Elle s’explique :

« En tant que Présidente du jury, je n’ai pas été satisfaite de la façon dont les prix ont été attribués. Elle poursuit : Nous n’avons pas eu le temps de voir toutes les œuvres, souligne-t-elle. Jusqu’à la veille de l’ouverture de la biennale, toutes les œuvres n’étaient pas encore arrivées, certaines n’étaient pas identifiées. D’autre part, les ¾ des membres de jury pour les prix ont aussi fait partie des membres de jury de sélection, le jeu était donc déjà faussé. ».

Elle remet ainsi en cause les critères de choix de ces artistes et la façon dont les différentes réunions se sont passées. Face à elle, les artistes l’écoutent attentivement. Pour certains, il n’est pas de leur ressort de critiquer la façon dont tout cela s’est passé. Il est reproché à la Présidente du jury de faire d’une affaire interne une affaire publique. Pour d’autres, en tant que Présidente du jury, elle avait le choix entre démissionner de son poste ou d’assumer jusqu’au bout sa position. Les prix pourront toujours être discutés mais il est important de sauvegarder l’existence de cette biennale, plusieurs fois menacée de disparition.

La Fondation Blachère quant à elle, a organisé son prix de la découverte le mercredi 14 mai 2008 dans les jardins du Centre culturel Français Léopold Sédar Senghor.

Le OFF

En marge de la biennale, de nombreuses galeries ouvrent leurs portes aux artistes qu’elles représentent ou à ceux qui n’ont pas été sélectionnés. À la galerie Atiss, en plein centre de Dakar, le galeriste Chab Touré a investi les lieux en ramenant de Bamako différentes œuvres, dont celles de la photographe ivoirienne Macline ou encore du Camerounais Joël Mpah Dooh. On note aussi l’implication de collectionneurs privés et des ambassades de différents pays à l’exemple de l’Espagne, qui a organisé une exposition exceptionnelle dans ses jardins. Ce fut aussi le cas pour le Nigeria qui a organisé sa propre exposition au Sofitel Terenga. De nombreux artistes venus du Nigeria ont participé à l’opération. Le public a pu ainsi découvrir les œuvres du plasticien Ike Francis. Ses toiles composées d’éléments électroniques récupérés dans les poubelles d’Ibadan ont fait sensation.

Au Centre Culturel Blaise Senghor, le centre d’art de l’Aquitaine, Migrations Culturelles, propose une expositions réunissant 8 artistes bordelais, bamakois et dakarois. Durant le mois de la biennale, de nombreux endroits offrent ainsi une exposition : de l’art contemporain à l’artisanat traditionnel.

La ville accueille de nombreux festivals aussi bien de musique, de théâtre que d’art contemporain. Durant le mois de la biennale de Dak’Art le festival panafricain des arts nègres fut à nouveau présenté comme le plus grand festival à venir qui se tiendra en 2009.

De nombreux observateurs n’ont pas caché leur scepticisme quant à l’utilité et la viabilité de ce festival. C’est un autre débat, mais des questions se posent. Depuis de quelques années, Dak’art est en surcis. La biennale de l’art africain contemporain est une réalité et ne demande qu’un soutien du gouvernement pour exister pleinement.

Va-t-il être supplanté par le festival panafricain des arts nègres ? Réponse en 2010.

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Dakart’08 © Samuel Nja Kwa