"DésiRéalités", Afrique du Sud

Dans le cadre de la Coupe du monde de Rugby, le Conseil général de la Seine-Saint-Denis est à l’initiative d’une saison culturelle. L’exposition

JPEG - 63.5 ko
© Lolo Veloko

DésiRéalités est présentée à l’ Espace 1789 en partenariat avec la ville de Saint-Ouen et le concours financier du Conseil général de la Seine-Saint-Denis.

Visites : du lundi au vendredi de 10 heures à 12 heures et de 14 heures à 17 h 30, les samedis et dimanches de 14 h 30 à 18 heures et aux heures d’ouverture du cinéma.

L’art contemporain en Afrique du Sud est traversé d’une recherche de la représentation comme désir de construction de nouvelles réalités. Cela passe par l’utilisation d’artifices comme forme de persuasion – soit la fiction s’infiltre, s’immisce dans une réalité qu’elle vient légèrement et subtilement décaler, soit au contraire le réel vient percer des formes figurant un imaginaire ouvert, fort, assumé comme délirant.

DésiRéalités présentera deux formes majeures de l’expression actuelle des artistes sud-africains, la photographie et l’art vidéo. A travers quelques artistes, très différents les uns des autres mais se rejoignant tous sur l’intensité politique de leur engagement, nous vous proposons un parcours en creux autour de la représentation sud-africaine d’aujourd’hui.

Commissariat : Freddy Denaës – L’Œil en cascade

« Tout ce qui était directement vécu, s’est éloigné dans une représentation. Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes médiatisées par des images. »

Guy Debord, in La société du spectacle

L’Afrique du Sud est peut-être le plus bouillonnant des paradoxes contemporains, qu’on la regarde d’un point de vue sociologique, politique, économique ou artistique – sans parler de l’aspect sportif qui occupe la Seine-Saint-Denis en cet automne 2007, avec l’accueil dans le département de l’équipe nationale sud-africaine de rugby, les Springboks, dans le cadre de la Coupe du monde de rugby organisée en France.

Le plus prégnant de ces paradoxes est celui d’un pays africain, parmi les plus grands du continent, structuré autour d’une culture mixte, faite de rigueur et de violence, d’Histoire peu avouable et de devoir de mémoire, d’explosivité et de retenue… Et dans ce pays et cette culture aussi neufs qu’ils sont anciens, dans cette construction à marche forcée d’une identité apprivoisée, dans cette expansion folle et urbaine qui grise autant qu’elle fragilise, se meuvent des artistes qui sont autant de regards à mi-chemin entre l’abîme et les sommets, autant de liens créés entre désir et réalité, et autant de fois la question posée, simple et sans réponse : la réalité crée t-elle le désir (d’une autre réalité parfois ?) ou le contient-elle ? Le diamant n’est-il pas plus précieux tant qu’il est dans sa gangue et qu’on ne peut qu’en fantasmer la beauté et la valeur ?

L’art contemporain en Afrique du Sud est traversé d’une recherche de la représentation comme désir de construction de nouvelles réalités. Cela passe par l’utilisation d’artifices comme forme de persuasion – soit la fiction s’infiltre, s’immisce dans une réalité qu’elle vient légèrement et subtilement décaler, soit au contraire le réel vient percer des formes figurant un imaginaire ouvert, fort, assumé comme délirant et pourtant à la limite du documentaire sur la folie ordinaire (et l’inévitable schizophrénie) d’être sud-africain.

A travers essentiellement deux formes majeures de l’expression actuelle des artistes sud-africains, la photographie d’une part, et l’art vidéo d’autre part (mais on y verra à quel point les frontières sont faites pour être passées), DÉSIRRÉALITÉS prend le pouls irrégulier mais infiniment vivant de cette création.

Nombre de films seront présentés, signés d’artistes dont c’est la matière essentielle (de William Kentridge à Thando Mama) ou de gens venus d’autres pratiques (Roger Ballen, Penny Siopis, Sam Nhlengethwa...). Si Kentridge est à l’évidence le plus important des cinéastes sud-africains (et un artiste plasticien hors-normes) utilisant les possibilités de l’animation et du dessin pour créer un monde infiniment personnel mais aussi parfaitement universel, d’autres s’emparent du medium animé (plus exactement, en général, de la vidéo) pour ce qu’elle peut raconter de leur monde intime et de leur pensée en mouvement, ne serait-ce qu’à travers l’imparfaite maîtrise dont ils font preuve : il y a dans le tremblement et l’hésitation de ces films tout le portrait d’un créateur questionnant son propre art en le mettant de côté le temps d’un jouissif essai d’une autre ivresse. Ballen, Penny Siopis, Nhlengethwa, Moshekwa Langa, construisent comme des tableaux vivants autour de la mémoire et de l’organique, où souvent l’image triturée en tous sens est d’abord là pour cacher ce que le regard doit apprendre à révéler.

La photographie dès lors ne peut se contenter d’être la reproduction du réel. Les artistes l’utilisent comme un support concret sur lequel coller des matières qui sont autant de trace d’un imaginaire peuplé de fantômes encombrants, de désirs presque bruts aussi, expressions de pensées et rêveries sociales et politiques. On pense bien sûr aux collages de Sam Nhlengethwa, aux dessins de Lien Botha, mais aussi aux étranges portraits décalés et loufoques de Lolo Veleko juxtaposant des modèles aux vêtements éclatants à des rues très quotidiennes. C’est dans cette confrontation entre l’objet et le regard, entre l’image visible et le désir qu’on y accole, que se lit le plus justement l’espace social sud-africain, le lien à travailler, comme dans les images d’une Sue Williamson, radiographe d’une sous-réalité en perpétuel mouvement... qui tient à ne pas prendre l’image pour ce qu’elle n’est pas (c’est à dire la réalité elle-même), en renversant la caméra pour inventer le film vertical, ou en dédoublant ses images (fixes d’une part, animées d’autre) pour dire qu’entre les deux il y a un espace à réfléchir. De même dans sa série « Rugby & Soccer », Peter Badenhorst met en place un jeu subtil sur l’abandon d’un espace (l’Afrique du Sud d’il y a encore quelques années) dont il faut interroger les codes pour pouvoir le réinvestir.

Un des photographes de l’exposition peut sembler faire exception, c’est Andrew Tshabangu, apparemment héritier d’une classique tradition documentaire. Pourtant (outre son travail réalisé en commun avec Sam Nhlengethwa), il y a chez Tshabangu une approche très particulière de la lumière, qui le rattache à cet art de ne pas prendre l’image pour un simple compte-rendu du réel : cette lumière qui vient troubler le champ visuel (parfois soulignée d’un brouillard qui opacifie l’objet représenté), et met en doute le réel représenté, est peut-être celle d’un hypothétique monde meilleur. De même, Tshabangu n’est jamais là où on le croit posté : il est à l’extérieur, en position de guet, derrière une vitre, à travers un rétroviseur, comme pour marquer par ces cadres dans les cadres la présence malgré tout du photographe dans ce qu’il photographie.

A travers ces quelques artistes, très différents les uns des autres mais se rejoignant tous sur l’intensité politique de leur engagement, se dessine un parcours en creux autour de la représentation sud-africaine d’aujourd’hui. C’est aussi un regard sur des villes différentes de celles du reste de l’Afrique (essentiellement Johannesburg et Cape Town), leurs contradictions, leur rythme, leurs débordements et leurs abandons…

Freddy Denaës

Contact : L’Oeil en cascade

7 rue de la Convention 93100 Montreuil

Tél. 01 49 88 18 42 – fax. 01 49 88 70 73

oeilencascade@gmail.com

| Exposition

Lieu

Espace 1789

  • France

L’Espace 1789 un lieu de création et de diffusion artistique au coeur de Saint-Ouen, bati en 1989 après la démolition de la salle de cinéma et de spectacle "l’Alhambra".

Equipé de deux salles polyvalentes (485 et 199 places) et d’un hall d’exposition, l’Espace 1789 offre tout au long de l’année une programmation variée de cinéma (salle classée art et essai, label jeune public, label Recherche et patrimoine), de spectacles (théatre, concerts, danse) et d’expositions.

A noter : l’ensemble de la structure est accessible aux handicapés moteurs, à l’exception de la mezzanine (2ème niveau du hall d’exposition) et les salles sont équipées d’un système d’amplificateurs individuels de son pour le confort des spectateurs malentendants.
Heures d’ouverture des bureaux : du mardi au vendredi de 9 heures à 12 heures et de 14 heures à 17 h 30.

Heures d’ouverture du cinéma : à partir de 17 h 30 les lundi, mardi et vendredi, à partir de 19 h 30 le jeudi et 14 h les mercredi, samedi et dimanche, jusqu’à 22 h 30.

Voir en ligne : www.espace-1789.com