Dourfaye Zourkalleyni, la photographie à l’instinct

, par Dourfaye Zourkalleyni, Philippe Guionie

Il pleut sur Niamey. Le tonnerre gronde. Une pluie fine presque timide laisse vite place à des murs d’eau. Un vent violent balaie les frêles silhouettes humaines qui s’agitent désormais sur le pont Kennedy. Quelque part dans la ville, un photographe se met en action. Comme à chacune de ces pluies soudaines en ce mois de juillet 2012, Dourfaye saute dans un taxi et s’invente une destination finale. Direction, les trois sœurs, trois petites collines situées sur la rive droite du fleuve Niger sur la route de Torodi. Par temps sec, vingt minutes suffiraient pour rallier cette périphérie excentrée de la capitale nigérienne. Le double par temps de pluie. Dourfaye n’en a cure, bien au contraire. Ce jeune photographe autodidacte s’agite à l’arrière du taxi, vitres baissées, appareil compact numérique à la main. Le paysage urbain défile dans une sorte de lent travelling sans cesse renouvelé. Que voit-on ? À première vue presque rien. Les photographies de Dourfaye sont floues pour la plupart. Peu importe car le propos n’est pas de restituer fidèlement l’architecture débridée ou l’agitation urbaine de Niamey mais d’en proposer un regard singulier. Dourfaye nous laisse deviner la ville où il a grandi et où il vit aujourd’hui. Il adopte le même dispositif visuel à savoir un regard de l’intérieur vers l’intérieur. On aperçoit souvent l’ossature du taxi, parfois le bouton d’ouverture de la porte arrière. Le taxi est devenu un huit clos. Dourfaye un photographe embarqué. Et nous, nous ressentons cette étrange sensation d’être avec lui.

Autant nous pouvons situer le photographe dans son acte de prises de vues, autant Niamey disparaît dans ses formes étranges et suggestives. Niamey blues est une errance urbaine intemporelle associant flous évanescents, formes improbables et couleurs suggestives. Peu de présence humaine mais quelques silhouettes à connotation iconique. Dourfaye photographie le réel pour mieux en proposer une vision irréelle, sensible et distanciée. Il photographie comme il vit. A l’instinct. Passionnément. Cette série inédite s’inscrit pleinement dans la grande famille des photographes au regard d’auteur. Suggérer à défaut de vouloir tout montrer. Donner à voir. Sa photographie est une fenêtre sur le monde. Une invitation aux rêves. Nous rêvons avec lui.
Philippe Guionie
 

Biographie

Agé de 23 ans, ce jeune rappeur, passionné par l’image et le contact humain, revendique une photographie sociale sensible aux réalités méconnues de la société nigérienne. Sa première série "Les enfants du marabout", réalisée dans son quartier natal à Niamey, en est le premier témoignage.
Du 10 au 20 juillet 2012, Dourfaye a suivi l’atelier de formation en photographie encadré par le photographe Philippe Guionie, membre de l’agence Myop. Ce workshop, premier du genre au Niger, avait pour but l’apprentissage de bases techniques et artistiques en photographie numérique mais surtout il était l’occasion d’orienter chacun des sept stagiaires vers une photographie libre et personnelle autant dans le propos que dans la forme. Suite à cet atelier de quinze jours, Dourfaye vient d’intégrer pour deux ans le centre de formation en photographie à Bamako (CFP/www.cfp-bamako.org).

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