Fake : Oussama Tabti

, par Jeanne Mercier

Dernière semaine de février 2016, petit détour par la 6ème Biennale de Marrakech pendant la semaine d’ouverture. Cette édition menée par la curatrice Reem Fada intitulée Not new now / Quoi de neuf là a eut un bon retour critique. De notre côté, nous avons cherché où se trouvait la photographie dans les différents lieux In, Off, ou complètement indépendant de la biennale. Du côté du In, peu de chose mise à part le très beau travail du photographe bosniaque Isak Berbic avec Baynunah River où il aborde comme à son habitude des questions liées à l’anthropologie, l’écologie et l’économie. Ici il a enquêté sur des sites archéologiques basés à Abu Dhabi où les archéologues composent avec l’industrie pétrolière.
Dans les projets parallèles, Off de la biennale, plusieurs projets photos sont exposés dont Shadows de Nadine Hattom (Irak/Australie).
Puis un peu plus loin dans la médina, Le 18, riad culturel pluridisciplinaire, propose un projet indépendant de grande envergure : KawKaw (en darija signifie cacahuète, désigne un aliment riche et populaire, commun aux cultures maghrébines qui rassemble à diverses occasions ou simplement occupe les mains et la bouche...). Ce projet imaginé par le 18 et le curateur invité Younes Baba-Ali consiste en une résidence de cinq artistes de la région du Grand Maghreb : Mohamed Arejdal (Maroc), Oussama Tabti (Algérie), Hadia Gana (Lybie), Hamedine Kane (Mauritanie) et Ali Tnani (Tunisie)

Focus sur la série photographique Fake d’Oussama Tabti.

Artiste visuel diplômé de l’Ecole Supérieure des Beaux-arts d’Alger en 2012 en design graphique, Oussama Tabti est né en 1988 à Alger, il vit et travaille à Marseille. Son intérêt porte sur l’image et ses différents aspects dans l’art en général. En puisant dans ce qu’elle offre aujourd’hui comme alternatives pour l’expression plastique, il essaye dans son travail, de prendre position par rapport aux différents bouleversements et phénomènes qui marquent sa société et le monde dans lequel il vit. Le côté sériel est courant dans ses images issue de la série Food for thought, représentant des stations d’essence abandonnées à Alger.

L’artiste avait fait connaissance du commissaire invité Younès Baba-Ali en 2009 en Macédoine lors de la biennale des jeune artiste d’Europe et de la Méditerranée (BJCEM). Après s’être recroisés lors de la biennale de Dakar en 2012, l’envie de travailler ensemble parait évidente. C’est ainsi qu’Oussama Tabti se retrouve dans le cadre du projet kawkaw pour représenter l’Algérie pendant un mois à Marrakech. Il explique : " Ce fut pour moi une très forte expérience bien que courte, elle n’a duré qu’un mois. Mais il y a de forte chance à mon avis qu’elle puisse se poursuivre encore et voyager dans d’autre capitales maghrébines."

Lors de l’exposition de fin résidence, l’artiste a présenté une série de 6 images intitulées "Fake". "Dès ma sortie de l’aéroport en allant à la médina, j’avais repéré les faux palmiers dressés dans la ville. Je les ai tout de suite repéré car je les connais déjà, il en existe à Alger mais pas beaucoup, trois ou quatre sur l’autoroute. En parallèle, dès mes premiers jours à Marrakech j’ai cerné le coté artificiel de la ville. Un peu vitrine où elle est ce qu’on attend d’elle : un peu "fantasme orientaliste " pour de nombreux touristes occidentaux. C’est ainsi qu’est née l’idée du support carte postale qui renforce la notion de l’utopie, d’image bien cadrée qu’on veut attribuer à telle ville ou tels pays." nous explique-t-il.

Sur ces images, les faux palmiers trônent fièrement dans différents endroits de la ville ocre. L’auteur y questionne un exotisme illusionniste où le faux et le vrai s’entremêlent.
La série Fake complète comprend une dizaine d’images mais l’auteur souhaitait la présenter sous forme d’installation. Ici les cartes postales sont présentées sur six présentoirs en bois où le public peut se servir, peut-être pour envoyer l’un de ces faux palmiers à sa famille ?

Nous retrouverons Oussama Tabti à Alger en avril prochain pour l’expo Picturie Générale III.

En savoir plus : www.kawkabat-kawkaw.com

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Accrochage de l’exposition Fake d’Oussama Tabti au 18 pendant la biennale de Marrakech
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© Oussama Tabti
Série Fake, 2016
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© Oussama Tabti
Série Fake, 2016
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© Oussama Tabti
Série Fake, 2016
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© Oussama Tabti
Série Fake, 2016
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© Oussama Tabti
Série Fake, 2016

Voir en ligne : www.oussamatabti.com