Grand angle sur Tanger

/ Rachid Ouetassi

A partir du 02 jusqu’au 21 mai 2013, la galerie Mohamed El Fassi accueillera l’exposition « Grand angle sur Tanger » du photographe Rachid OUETTASSI, parrainée par le Ministère de la Culture et l’Association Marocaine d’Art Photographique (AMAP). Cette exposition sera une occasion pour le public Rbati de découvrir un travail à sujet original, selon un regard propre à la démarche photographique à laquelle nous a habitué l’artiste Rachid OUETTASSI.

Grand angle sur Tanger

La surprise. C’est la caractéristique première d’une œuvre d’art.
C’est aussi ce qu’on rencontre en premier dans cette exposition photographique de Rachid Ouettassi. C’est que s’agissant de Tanger, on aurait pu s’attendre à l’image d’Epinal réduisant la Ville du Détroit à deux, trois clichés physico-antiques. Ici, ce n’est fort heureusement pas le cas : l’artiste, quoique par ailleurs reporter-photographe expérimenté, et de ce fait sachant par cœur les thèmes habituellement attendus d’une expo sur Tanger, a parfaitement évité cet écueil pour proposer un regard très personnel. Il ne lui a pas été difficile d’éviter le poncif, on le comprend quand on connaît l’homme.

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Photographie © Rachid Ouetassi

L’originalité. Photographe autodidacte, Ouettassi n’est pas pour autant un « naïf » pur. Non content de jouir de vingt ans de pratique ininterrompue de la photo, il ne laisse, depuis ses débuts, passer aucune occasion – et elles sont nombreuses ! - d’étudier, de son œil perçant de passionné de son art, les travaux des grands photographes qui ont immortalisé Tanger. Autrement dit, de même qu’un artiste-peintre se fait un devoir de suivre l’évolution de son art pour mieux définir son style propre et « ajuster » sa créativité, cette singularité qui détermine la réalité de son apport à la peinture, Ouettassi s’est constamment abreuvé à ce qui se fait en matière de photographie sur Tanger. C’est dire s’il est suffisamment armé contre le risque de redite, concernant le Tanger photographié ! Qu’on ajoute à cela que, pour l’avoir parcourue en long et en large avec ses objectifs, il possède une intime connaissance de sa ville natale, de ses luminosités, de ses points de vue, de ses zones d’ombres, de ses panoramas, de ses humeurs climatiques…, et on aura une idée de la crédibilité artistique véridique du personnage.
Si tout cela, évidemment, préfigure le souci de recherche visible dans cette exposition, il nous faut y adjoindre une qualité essentielle de Rachid Ouettassi : s’agissant de photo d’art, rien de ce qui peut passer dans son viseur ne fera l’objet d’une prise s’il ne correspond tout à la fois à la satisfaction d’une attente du moment, à une empathie, à une sorte de coup de foudre esthétique profondément vécu. Nous sommes bien dans l’art ! Avec bien entendu cette prépondérante part d’inconnu qui ne se dévoile, y compris aux yeux de l’artiste en train de faire, qu’à mesure du cheminement de la quête.
C’est de ce complexe d’exigences et de déterminismes que sont nées ces photos en noir et blanc d’enfants qui jouent… On y lira peut-être une sublimation de l’étendue, des instants d’une collusion de l’homme avec la nature, ou pourquoi pas une métaphore filée de l’avenir et de l’espace.

Mémoire(s). On découvre en effet, dans ce regard singulier, la présence de quelque chose d’immémorial. A un premier niveau, cette sensation est suggérée par la mer, l’océan, mais plutôt que dans leur dimension plastique habituelle, dans leur perception mythique… La notion d’étendue, à Tanger, n’est-elle pas corrélée à l’espace de la plage, cet espace si particulier que se partagent et se disputent dans le même temps l’Homme et les flots ? Il n’est d’ailleurs pas exclu que Rachid Ouettassi, qualifié par Tomek de « voyeur discret » (sommes-nous si loin du « voyant rimbaldien » ?), dans son souci de réagir à la sollicitation esthétique de l’instant, ait franchi, paradoxalement, une frontière de l’éphémère, recréant un espace tangérois étymologique où les enfants, métaphore s’il en est du passage, jouent le rôle d’occupants primordiaux. Nous ne sommes pas davantage dans le simplisme, si l’on considère que se partagent et négocient aussi, dans ces images, l’ombre et la lumière, figures de Janus d’un même héritage solaire qui nous renvoie – et nous fait accéder, par l’entremise de l’artiste ! - à une autre dimension, galactique celle-là, de l’Espace…

N’est-il pas passionnant que des photos, faites essentiellement pour être regardées – comme toute œuvre d’art - réussissent à suggérer bien plus qu’elles ne révèlent ? L’occasion est trop belle : osons rêver face à ces travaux de Rachid Ouettassi…
Nacer OURAMDANE
Ecrivain et journaliste
Avril 2013, Tanger.

Rachid Ouetassi

Après une formation à l’atelier de photographie du Centre Culturel Français entre 1991-1992, il s’est spécialisé dans le reportage photographique. Ses premières expositions datent de 2002 à la Galerie de la Croix - Institut Français de Tanger sur le patrimoine de sa ville natale. En 2003, il bénéficie d’une bourse pour la Cité Internationale des Arts à Paris.
En 2004, il expose son travail « Un autre rivage » à Bruxelles- Belgique. Son exposition « Errance » organisée en 2005 à l’Institut Français de Tanger connaît un grand succès. En 2007 il expose « Ombres et Lumières » à Séville Espagne et en hommage à Mohamed Choukri, il expose à l’Institut Cervantès de Tanger « l’écrivain et sa ville ».
Parmi ses publications : « Tanger, Cité de Rêve » publié par Edition Paris- Méditerranée en 2002. « Errance » publié par l’Institut Français de Tanger, texte de Nicole de Pontcharra, en 2005. En hommage à Mohamed Choukri, il publie « l’écrivain et sa ville : Mohamed Choukri et Tanger », Edition Zarouila, 2007.

| Exposition

Lieu

Galerie Mohamed El Fassi

Galerie gérée par le Ministère de la culture et situé à côté de la salle Bahnini.

INFOS PRATIQUES

ADRESSE
1, rue Ghandi
10000 Rabat

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Tél. : (+212) 37-20-94-94