Aly Barro, le photographe du naturel

, par Noémie Plouard

L’œil d’Aly Barro s’attache à révéler traditions et modernité maliennes d’un regard neuf. Les objets de ses photographies sont hétéroclites et multi scalaires. On y trouve des mises en scène de Maliens, hommes, femmes ou personnages imaginaires, aussi bien que des zooms sur des constituants des traditions. L’attraction affectueuse d’Aly Barro pour les savoir-faire maliens rend toute l’homogénéité à son travail.
Aly Barro est né au Burkina Faso en 1972 dans la ville de Bobo-Dioulasso, à 150 kilomètres du Mali, où il vit depuis le 9 mars 2000. A son arrivée dans le pays, il faisait du petit commerce. Il vendait des peaux séchées d’animaux. Ensuite il s’est lancé dans l’artisanat, en travaillant les cauris, des petits coquillages blancs qui servaient de monnaie d’échange autrefois et qui sont aujourd’hui utilisés pour les parures et les décorations.

Pouvez– vous nous parler de votre parcours en photographie ?
Avant d’être photographe, j’ai exercé différents métiers. J’ai été comédien et conteur puis j’ai fait de la peinture et de la teinture. Ainsi j’ai travaillé le bogolan - toile de coton tissée et filée, teintée à base de terre et de plantes - ou encore j’ai créé des accessoires, des vêtements et des chaussures à partir de sachets de plastique.
Kati Ertel, une amie française, est venue à la recherche d’artistes talentueux. Elle a fondé le groupe Bolo No en 2005 dont je faisais partie. Les membres de ce groupe faisaient tous quelque chose de différent. Je transformais des mégots de cigarettes en cartes postales par exemple.
C’est comme cela que j’ai rencontré, Patrick Ertel, le frère de Kati. C’est lui qui m’a formé en photo. Il est à l’origine de la création de l’Espace Partage Photos (EPP), que trois personnes gèrent aujourd’hui : Patrick Ertel, Emanuel B Daou, et Yacouba Sangare. Cet espace est situé dans le quartier Hamdallaye à Bamako.
Si aujourd’hui, je continue ma formation au sein de l’Espace Partage Photos, je n’ai pas pour autant oublié mon association Bolono. J’ai conservé ce goût pour les matériaux naturels.

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La mode tradi-urbaine à Lassa © Aly Barro

Sérigraphie " La mode tradi-urbaine à Lassa ". Les prises de vue ont été faites à Lassa, village encore authentique, en banlieue de Bamako, situé sur une colline dominant la capitale.

Ces photos s’inscrivent dans un programme social de l’association Bolo No dirigée depuis neuf ans par l’artiste peintre Kati Ertel, visant à valoriser les techniques textiles traditionnelles telles que le tissage du coton et la peinture Bogolan pour créer un produit 100% malien, naturel et sans impact sur l’environnement et fournir des emplois dans le pays.

Sérigraphie " La mode tradi-urbaine à Lassa " photo 4
Les mannequins sont des villageoises, fières de leur culture.

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La mode tradi-urbaine à Lassa © Aly Barro

Sérigraphie " La mode tradi-urbaine à Lassa "
Tous les modèles ont été réalisés par des membres de l’association - Mike Levy, artiste ivoirien, crée des bijoux à base de corne de récupération et de matériaux trouvés dans la nature

Y a t il des objets photographiques que vous aimez particulièrement photographier ?
J’aime photographier les ombres. Je les habille à ma manière. J’habille le sol avec des accessoires, comme des marmites ou encore des calebasses.
Les ombres mènent une vie autonome et indépendante de leur « propriétaire ». Elles deviennent des personnages à part entière qui s’habillent et peuvent agir sur les objets qui les entourent.

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Transfomer les ombres en personnages © Aly Barro
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Tranformer les ombres en personnages © Aly Barro

Comment gérez-vous votre activité de photographe ?
Je suis photographe social. Je photographie la société et des moments comme les baptêmes ou les mariages. Je n’ai jamais vendu une seule image.
Je participe aussi à des concours. Je suis lauréat du 7ème concours de photo Farm, sur le thème : "nourrir les villes" (mai 2014).
Haboudou est un jeune qui cultive des légumes à l’ACI 2000, le plus beau quartier de Bamako.

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Les cultivateurs au centre ville de Bamako © Aly Barro

J’aime bien regarder le travail des autres pour comparer mon travail à celui des autres. Afrique in visu me permet de regarder cet exercice. J’aime bien, je fouille. C’est un bon outil pour que les gens se connaissent, comme les concours.
La Maison Africaine de la Photographie a organisé le concours « la cité et nous ». Ils ont sélectionné 22 photographes, dont moi. J’étais dans les 3 meilleurs sélectionnés.

Quels sont vos projets actuellement ? Où peut-on trouver votre travail ?
Mes photographies sont actuellement exposées à la Medina Galerie Médiathèque à Bamako - boulevard du Peuple, près du lycée français -, dans le cadre de l’exposition « Pagnes Folies ». Mon projet recouvre le terme : " Finsiguilan ». Cette technique est habituellement utilisée par les femmes d’Afrique de l’Ouest, pour transporter les fardeaux. Son rôle principal est de rendre agréable le port des charges sur la tête. Depuis des décennies cette pratique existe en l’Afrique.
Sérigraphie " Finsiguilan " photo 1

Le finsiguilan, ou amortisseur des charges correspond aux rouleaux de pagnes que les femmes mettent entre la charge et leur tête.

Actuellement je prépare surtout la Biennale de la photographie de Bamako. Bamako est la capitale de la photographie africaine. L’Institut Français et le Ministère de la Culture du Mali l’organisent tous les deux ans. Il y a deux ans, le thème était « pour un monde durable ». Cette année c’est « telling time ». Mon projet photographique est d’immobiliser le temps avec des clichés pris de différentes scènes de vie à Bamako.

Actuellement

  • Exposition « Pagnes Folies », Médina Galerie Médiathèque, Bamako, Mali
  • Exposition collective le dernier dimanche de chaque mois à l’Espace Partage Photos de Bamako, Mali
  • Festival EMOI PHOTOGRAPHIQUE d’Angoulême ,Sélectionné pour le concours Emoi, sur le thème « Mode et compagnie à Angoulême ». Les photos de ALY BARRO sont exposées dans la Galerie du 28 mars au 3 mai http://www.galerie-champdemars.com

2014

  • Lauréat du 7ème concours de photo FARM, sur le thème « Nourrir les villes », France
  • Exposition collective sur le thème « Quoi de neuf à Bamako ? », Institut Français du Mali, Bamako
  • Sélectionné pour l’expo-photos « Les trésors de la Médina », Médina Galerie Médiathèque, Bamako, Mali
  • 2013
  • Lauréat de la Maison Africaine de la Photo, sur le thème « La cité et nous », Bamako, Mali
  • 2011
  • Exposition collective, sur le thème « Le village de Lassa », Espace Siakoba, Bamako, Mali