Je m’appelle Bechir Hassan Campus universitaire : Chroniques Marocaines

, par Camille Millerand

C’est grâce à Abdoulaye, rencontré au mois de janvier dernier à Alger que j’ai connu Bechir Hassan. Ils sont cousins, tchadiens et étudiants. Bechir lui est arrivé en 2010 au Maroc après avoir fait une demande de bourse pour étudier en Algérie qu’il n’a pas obtenu. Actuellement, il termine son cursus en Master 2 Sciences de Gestion option finance des entreprises à l’Université Mohammed 5 (Agdal) de Rabat. La capitale marocaine est aussi connue internationalement parce qu’elle accueille plus de 80 nationalités d’étudiants. La majorité est issue du continent africain et vit à la cité universitaire internationale gérée par l’agence marocaine de coopération internationale. Autour de 900 étudiants y résident. Bechir, lui, vit en colocation à Salé-Tabriquet en périphérie de Rabat. Les loyers y sont plus accessibles. Au mois de juillet prochain, il sera diplômé et espère rentrer au Tchad pour travailler. Bechir n’a pas souhaité être enregistrer. D’après lui, sa maitrise de la langue française n’était pas suffisante.

Revenez sur le premier épisode des Chroniques Marocaines : Premiers jours à Ben M’Sik

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« A Rabat, la vie est un peu chère c’est pourquoi je me suis installé à Salé-Tabriquet » concède Bechir. S’il n’est pas à la bibliothèque nationale de Rabat, Bechir travaille dans sa chambre. Il partage une cuisine, une salle de bain et une connexion internet avec deux autres étudiants maliens. Il apprécie le calme de son quartier.
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Chaque mois, son logement lui revient à 700 dirhams par mois (environ 70 euros). L’état tchadien ne lui verse pas de bourse d’étude malgré son bac obtenu avec mention. C’est un cousin qui est aussi son tuteur qui l’aide. Chaque mois, il lui envoie de quoi se loger, se nourrir et imprimer des documents pour la fac.
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Bechir s’est reconstitué son espace intime dans sa chambre. Un lieu où il s‘isole de ses colocataires pour travailler et faire ses prières quotidiennes.
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Abou El Kacim, est le boutiquier de son quartier. Une relation de confiance et d’amitié s’est tissée entre Bechir et lui. Ils discutent régulièrement ensemble. Abou s’intéresse à l’évolution politique du Tchad. Il le prévient quand le climat se rafraîchit pour qu’il n’attrape pas froid. Et lui recommande des recettes de plats marocains. Bechir avoue que le fait qu’il parle arabe a facilité leur relation.
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Pour rejoindre sa faculté où le centre-ville de Rabat, Bechir emprunte quotidiennement le tramway. Une dizaine de stations sépare son quartier de sa faculté. C’est déjà arrivé qu’au cours d’un de ses trajet, qu’un rabatis lui demande de libérer sa place sans aucune justification valable. Comme il comprend l’arabe, Bechir avoue avoir déjà entendu des propos racistes à son égard.
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Aujourd’hui, il rejoint Sara et Lamia (de Gauche à Droite) au café Ryhanne, à deux pas de sa faculté. Ils ont travaillé ensemble sur une étude économique à rendre. Sara et Lamia sont les représentantes de la classe de Bechir auprès de l’administration universitaire. Leur préoccupation commune est de trouver un stage de fin d’études d’une durée de 3 mois dans une entreprise privée. Lors de leur échange sur les pistes de chacun, Lamia admet qu’il sera plus compliqué pour Bechir d’en trouver un en raison de sa nationalité étrangère.
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Quand son emploi du temps se libère, Bechir rend visite à son compatriote Idriss à la Cité Universitaire Internationale située au bout de la ligne de tramway. Après quoi, il doit encore marcher 15 minutes quand il veut économiser les 15 dirhams nécessaires pour prendre un taxi. Durant son trajet, il traverse un quartier nouveau qui se construit.
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Bechir et Idriss sont arrivés au Maroc le même jour. « C’était le 28 octobre 2010 » se rappellent-ils. Ils se sont rencontrés dans l’avion qui rejoignait la Libye. A l’époque, il n’y avait pas de coopération diplomatique entre le Tchad et le Maroc, les futurs étudiants étaient obligés de récupérer un visa étudiant de 3 mois à l’ambassade marocaine en Libye pour pouvoir atterrir au Royaume. Il est probable qu’ils rentrent au Tchad ensemble. Tous les 2 finiront leur cursus universitaire au mois de juillet 2015. Idriss rêve de devenir diplomate alors que Béchir espère être économiste.
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Concernant son avenir, Bechir sait que rien n’est joué pour le moment. Mais l’idée de rentrer diplômé au pays a d’ici le mois de juillet prochain, l’enchante. Retrouver sa famille, postuler auprès d’entreprises privées tchadiennes …Pour l’instant, sa préoccupation est de trouver un stage au Maroc pour acquérir une première expérience professionnelle.
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Bechir sait que son diplôme marocain aura de la valeur au Tchad. Pour lui, c’est impensable de s’installer au Maroc. Il pense que ce sont des jeunes diplômés comme lui qui sont susceptibles de faire avancer économiquement et politiquement son pays.

CAUSERIE DU JOUR : « Le Maroc est un carrefour économique de l’Afrique »…

Images et paroles récoltées auprès de Rita, Anas, Marouan et Otman, 4 étudiants de la faculté des Sciences juridiques, économiques et sociales d’Ain Sebaâ.

Voir en ligne : www.camillemillerand.com