Jours intranquilles, chroniques algériennes d’un retour

Jours intranquilles, chroniques algériennes d’un retour

Bruno Boudjelal

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jours tranquilles © Bruno Boudjelal

En mai 1993, je suis allé en Algérie pour la première fois pour y effectuer un reportage photographique sur Alger. C’était la première fois que je foulais la terre où était né mon père et dont je ne savais rien jusque-là. En effet, mon père est algérien et ma mère est française, mais mon origine algérienne m’a toujours été cachée et jusqu’il y a seize ans, je n’avais jamais rencontré ma famille paternelle dont je ne savais rien. Je ne connaissais que le lieu de naissance de mon père, mais cela suffit pour les retrouver, un jour de mai 1993, dans un petit village de la région de Sétif, où une rangée de femmes en pleurs m’accueillit par une volée de youyous ! Cette première prise de contact - malgré l’émotion des retrouvailles - se fit cependant dans des conditions difficiles liées à l’actualité de ce pays. C’est donc tout naturellement qu’à la quête d’identité s’est ajouté le regard documentaire posé sur l’Algérie que je découvrais alors et commençais à photographier. Ainsi, au fil du temps et de mes différents voyages, un récit s’est progressivement construit mêlant narration et documentation ; un récit en images qui tente d’approcher une réalité fort complexe. Ainsi l’autobiographique se mêle à l’écriture d’un journal photographique, sorte de carnet de bord où s’impriment mes impressions, sensations, pensées du moment ; et à une documentation sur la condition de vie des Algériens.

Bruno Boudjelal

Il ne s’agit ni de montrer, ni de démontrer. Ni de décrire, ni de prouver quoi que ce soit, ni de simplifier une situation complexe, ni de faire semblant de comprendre tout et d’en rapporter des images exemplaires. Il s’agit, d’abord, de photographier, dans un des pays où l’exercice de l’image est le plus difficile qui soit, à la limite de l’impossible. Mais il s’agit, peut-être et surtout, de dire, simplement, avec évidence et modestie, comment une histoire personnelle croise l’Histoire avec un grand H. Comment un destin ordinaire, une pratique identitaire, une réflexion sur la photographie tissent, au-delà des anecdotes factuelles, la nécessité de réaliser des images en Algérie. Algérie, trou noir et mauvaise conscience française, Algérie des massacres, des disparus, des politiques tortueuses et des civils victimisés. Algérie, aussi, qui est, pour Bruno Boudjelal, le pays des origines, connu tard dans sa vie, lorsque son père est retourné sur sa terre. Depuis cinq ans se croisent la nécessité de savoir qui il est et l’impérieuse nécessité de témoigner, fût-ce par des images volées, d’une situation qui met en danger tout et chacun. Témoigner ne signifie pas enregistrer la litanie des malheurs, Mais dire avec sensibilité, en noir et blanc et de plus en plus en couleurs comment un individu peut se situer dans une tourmente qui met en cause l’identité qu’il tente de tisser de part et d’autre de la Méditerranée. Des impressions, des séries d’impressions, de rues désertes en cafés clandestins, de lieux de massacres passés en quotidien des femmes aujourd’hui nous proposent avant tout de nous questionner sur le pourquoi d’une horreur aussi proche, sur la volonté de vivre d’une jeunesse ballottée entre désespoir et combines. Dire « je », relativiser le point de vue et assumer sa singularité, affirmer que l’on se trouve confronté à une tourmente qui, bien au-delà des faits interroge la nature profonde de chacun est, certainement, la dimension la plus exemplaire du « témoignage engagé ». Sans pathos, sans appel aux bonnes et mauvaises consciences, savoir dire : « J’ai vu cela, je vous le montre », évoquer plutôt que décrire, reconnaître que l’on est inscrit, malgré soi, dans une histoire qui dépasse l’individu, voilà ce qui fait certainement aujourd’hui la grandeur d’un témoignage qui cherche davantage à poser des questions qu’à donner des leçons. En cela, Bruno Boudjelal est évidemment exemplaire.

Christian Caujolle

| Exposition

Lieu

Le pavillon carré de Baudouin

  • France

Situé à l’angle de la rue des Pyrénées et de la rue de Ménilmontant, le pavillon Carré de Baudouin est une "folie" construite au XVIIIe siècle pour servir de lieu de plaisir, de fêtes et de villégiature. Racheté par la Mairie de Paris en 2003, cet espace culturel est géré administrativement et artistiquement par la mairie du 20e.

Le pavillon Carré de Baudouin s’affirme aujourd’hui comme le plus important lieu culturel de l’arrondissement proposant régulièrement des expositions s’inscrivant à la fois dans l’actualité créative de l’arrondissement, mais aussi dans celle de la création nationale et internationale. L’auditorium, insonorisé et également accessible aux personnes handicapées, accueille également des conférences qui font le lien avec les expositions présentées dans les salles.

L’entrée à toutes les expositions et aux conférences est gratuite, favorisant ainsi l’accès à la culture au plus grand nombre.

du mardi au samedi de 11h à 18 h. Entrée libre