Kinshasa, ville des couleurs "Le voyeur que je suis est aussi un voleur, voleur d’images"

, par Baudouin Bikoko

Kinshasa, ville des couleurs.
Couleurs alliées aux bruits et aux odeurs multiples.
L’ensemble donnant naissance au rythme.
Rythme entrainant des foules.
Foules nombreuses sur toutes les artères.
Des artères ou défilent des femmes aux déhanchés endiablés.
Et, à coté de ces belles créatures, on retrouve des étalons roulant les mécaniques.
Tel est le spectacle de cette ville caractérisée par un seul mot d’ordre : le plaisir.
Kiesse na Kiesse autrement dit ; plaisir sur plaisir.
C’est ça Kinshasa, côté face.
Côté pile, c’est Kinshasa des enfants de la rue.
Des rues regorgeant aussi de commerçants ambulants et de voleurs à la tire.
Constamment à la recherche d’une survie, on y retrouve également des débrouillards de tout genre.
La survie dont il est question ici est somme toute précaire.
C’est en fait une routine car, les jours passent mais ils se ressemblent.
Kinshasa, cela saute aux yeux, est un ensemble des petites villes enclavées ; les unes à coté des autres.
Et, se déplacer dans cette ville mégalopole, c’est toute une gageure.
On se croirait dans un pays en guerre mais une guerre qui ne dit pas son nom.
Mais à y voir de très près, il s’agit ici des signes visibles de la pauvreté, de la misère.
Attraper un moyen de transport qui circule toujours bondé, cela rime avec les douze travaux d’Hercule.
Pour ne pas se tromper de destination, des « chargeurs » crient à tue-tête et indiquent les différentes directions à prendre.
Gare aux distraits, c’est la nuit à la belle étoile ou emprunter la ligne onze : la marche à pied.
L’autre décor visible et choquant, c’est la chasse au fric.
Chasse orchestrée par les flics à chaque carrefour.
Des flics prêt à sanctionner ou plus tôt à rançonner.
Infraction ou non, il n’y a que la main à la poche qui sert de laissez-passer.
Merci patron, au revoir patron ; et cela dès l’aube jusqu’à la tombée de la nuit.
Oui, la nuit est le moment idéal des retrouvailles pour riches et pauvres .
Lieux indiqués de ces retrouvailles : les bistrots aux abords de routes aux couleurs claire-obscures.
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© Baudouin Bikoko
La fringue est le seul signe distinctif : made in China pour les uns et, made in France pour les autres.
Immortaliser ces instants magiques relève de beaucoup d’audace.
Jaloux de son image, le kinois n’aime pas qu’on la lui vole.
Il se peut qu’on aille faire fortune en vendant ses photos à des prix fous.
Une vraie histoire de fou au pays de la rumeur.
Comme un voyeur, l’œil rivé derrière le trou d’une serrure, je fixe ces ambiances.
Ma voiture servant de planque et mes rétroviseurs de champ.
Champ à grande et petite échelle.
Continuellement en mouvement, les foules autour de moi restent sans réaction et me laissent les mitrailler.
On dirait que mon objectif à un effet hypnotiseur.
Le voyeur que je suis est aussi un voleur, voleur d’images.
L’effet rétroviseur aidant, les images de derrière, suite à un jeu de superposition, sont ramenées au même niveau que celles de devant.
Résultat, des pertes de repères, des lectures multiples et des jeux de reflet, de couleur et de lumière occasionnés par ces superpositions.
Pour finir , des photos à deux voire trois dimensions, sur prise directe.
Elles reproduisent des instants vécus quotidiennement et les rendent scintillant et brillant.
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© Baudouin Bikoko