Koudjina en héritages Rendu de workshop

, par Philippe Guionie

Après deux workshops photographiques réalisés à Niamey en 2012 et 2013, je suis revenu au Niger en février 2015 dans le cadre d’un nouveau projet en étroite collaboration avec Pauline Pigeon, responsable de la production et conseillère artistique au Centre culturel franco-nigérien Jean-Rouch : rendre un hommage inédit au célèbre photographe nigérien Philippe Koudjina Ayi décédé en 2014 en accompagnant pendant 15 jours une sélection de photographes nigériens dont la plupart sont issus de cette double formation initiale.

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Philippe Koudjina © Didier Frappier

Photographe de l’indépendance du Niger, célèbre chroniqueur des nuits “folles” à Niamey dans les années 60 et 70, Philippe Koudjina Ayi est l’auteur d’une œuvre remarquable. Durant ce workshop, chaque stagiaire a produit une série autour d’un thème traité à l’époque par Philippe Koudjina Ayi : les fêtes, le monde de la nuit, le portrait en studio, le portrait documentaire en situation, la vie quotidienne,… Chaque série ainsi réalisée constitue à la fois un hommage singulier à ce photographe nigérien pourtant encore largement méconnu en Europe et un regard d’auteur sur les multiples facettes du Niger contemporain.
Philippe Guionie

TOTEMS

Apsatou Bagaya

Les portraits d’Apsatou Bagaya sont d’une étrangeté déconcertante. Ils nous interrogent sur la nature même du sujet photographié. Pourtant, même si les visages et les corps sont cachés au regard du spectateur, ces portraits décontextualisés racontent une histoire bien singulière, celles de jeunes étudiantes nigériennes, photographiées chaque matin sur le campus de l’Université Abdou Moumouni à Niamey. En recréant les conditions d’un studio photographique in situ (portraits réalisés sur fond blanc), Apsatou nous propose un arrêt sur images inédit sur les modes de représentation de la femme nigérienne contemporaine à un moment où ce pays sahélien est traversé par de nombreuses tensions sociales et religieuses.
Apsatou a développé pendant de nombreuses années une activité de photographe de studio à Cotonou, capitale du Bénin. De retour au Niger, elle alterne sujets de commande et sujets personnels.

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Totems, Niger 2015 © Apsatou Bagaya
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Totems, Niger 2015 © Apsatou Bagaya
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Totems, Niger 2015 © Apsatou Bagaya

LES NUITS D’OUMAROU

Oumarou Kadry

Philippe Koudjina Ayi était le célèbre chroniqueur des nuits “folles” à Niamey dans les années 60 et 70. Cinquante ans plus tard, Oumarou Kadry, écrivain et scénariste, adepte de la Street Photography, revisite à sa façon la vie nocturne de Niamey en associant flous évanescents, formes improbables et couleurs suggestives.

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Les nuits d’Oumarou, Niger 2015 © Oumarou Kadry
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Les nuits d’Oumarou, Niger 2015 © Oumarou Kadry
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Les nuits d’Oumarou, Niger 2015 © Oumarou Kadry

MONOLITHES

Souley Abdoulaye

Frontalité et netteté sont les deux mots d’ordre de Souley Abdoulaye dans cette série intitulée « Monolithes ». Photographe free-lance adepte d’une approche plus « plasticienne » de la photographie, il photographie, sur le mode de l’inventaire systématique (même cadrage, même distance au sujet), les nombreuses carcasses de véhicules en tout genre, abandonnées dans les quartiers périphériques de la capitale : automobile, camion, tracteur,… proposant ainsi un regard décalé à la fois sur le quotidien de la population et son espace environnant. A y regarder de plus près, le propos du photographe est bien plus précis. En photographiant systématiquement les carcasses en état de décomposition avancée, à mi-chemin entre abandon et revisitation par les actions conjuguées de l’Homme et de la Nature, Souley nous propose une chorégraphie urbaine improbable. Chaque photographie est le constat d’une performance visuelle, le tableau vivant d’une réalité urbaine marquée par l’emprise du temps. Le temps qui déforme la matière et détourne les formes géométriques de leur sens originel. En adoptant les codes de la photographie de paysage et de patrimoine, la série « Monolithes » nous invite à nous questionner sur le temps qui passe.

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Monolithes, Niger 2015 © Souley Abdoulaye
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Monolithes, Niger 2015 © Souley Abdoulaye
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Monolithes, Niger 2015 © Souley Abdoulaye

NIAMEY BLUES

Dourfaye Zourkalleyni

« Niamey Blues » est un voyage unique au coeur de Niamey, au coeur de la nuit. Peu ou prou de présence humaine mais quelques silhouettes à connotation iconique. Les photographies de Dourfaye sont floues pour la plupart. Peu importe car le propos n’est pas de restituer fidèlement l’architecture débridée ou l’agitation urbaine de Niamey mais d’en proposer un regard subjectif dans une sorte de temps suspendu. Dourfaye nous laisse deviner la ville où il a grandi et où il vit aujourd’hui. Il photographie le réel pour mieux en proposer une vision irréelle, sensible et distanciée. Il photographie comme il vit. A l’instinct. Cette série s’inscrit pleinement dans la grande famille des photographes au regard d’auteur. Suggérer à défaut de vouloir tout montrer. Donner à voir. Une invitation aux rêves.
Âgé de 26 ans, Dourfaye revendique une photographie sociale sensible aux réalités méconnues de la société nigérienne. Suite à un workshop réalisé en 2012 à Niamey sous le titre « Identifier et développer sa propre photographie », il a bénéficié d’une bourse pendant deux ans pour étudier au centre de formation en photographie de Bamako (CFP/www.cfp-bamako.org).

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Niamey blues, Niger 2015 © Dourfaye Zourkalleyn
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Niamey blues, Niger 2015 © Dourfaye Zourkalleyni
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Niamey blues, Niger 2015 © Dourfaye Zourkalleyn

FACES

Tagaza Djibo

La série « Faces » est une déclaration d’amour à la femme nigérienne. Tagaza Djibo nous en montre la subtile beauté à travers le filtre du voile religieux, à la fois frontière interdite et sujet de toutes les curiosités. Dans un face-à-face frontal et respectueux, son regard focalise sur les visages, représentés partiellement ou en totalité. Pas totalement net, pas réellement flou, ces portraits atemporels, interrogent autant l’existence même de ces femmes que leur anonymat dans la sphère publique.
Tagaza développe une activité de photojournaliste pour des supports de presse nationaux et internationaux. Il est l’auteur de plusieurs expositions sur des sujets personnels souvent liés au quotidien des populations nigériennes.

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Faces, Niger 2015 © Tagaza Djibo
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Faces, Niger 2015 © Tagaza Djibo
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Faces, Niger 2015 © Tagaza Djibo

RYTHMES URBAINS

Ousmane Ibrahim

Serait-ce les pas d’un géant ? Cette série « Rythmes urbains » réalisée par Ousmane Ibrahim nous interpelle au premier regard. Où suis-je ?. Nous n’avons pas l’habitude de voir la ville de cette manière. Vu du sol, le monde est différent. Ousmane nous en propose ici quelques extraits tels les morceaux choisis d’une chorégraphie urbaine encore incomplète. Il nous montre Niamey comme personne l’avait dévoilé avant lui. En assumant un point de vue photographique fort et singulier, il revisite chaque geste de la vie quotidienne avec malice et audace.
Ancien photographe ambulant à Tillabéry, une ville fluviale au nord de la capitale dont il est originaire, Ousmane a étudié pendant deux ans au centre de formation en photographie de Bamako (CFP/www.cfp-bamako.org) suite à un workshop réalisé en 2012 à Niamey sous le titre « Identifier et développer sa propre photographie ».

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Rythmes urbains, Niger 2015 © Ousmane Ibrahim
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Rythmes urbains, Niger 2015 © Ousmane Ibrahim
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Rythmes urbains, Niger 2015 © Ousmane Ibrahim

INFOS PRATIQUES

L’exposition « Koudjina en héritages » aura lieu au CCFN Jean Rouch à Niamey (Niger) du 9 mai au 20 juin 2015. Vernissage le vendredi 08 mai à 18h30.