Kouroubi, Sakraboutou : chantons, dansons !

/ Raymond Dakoua

La ville de Boudoukou et ses grandes fêtes mystiques

Photographe ivoirien établi à Bruxelles, Raymond Dakoua n’a jamais perdu de vue la terre qui le vit grandir. L’éloignement géographique, l’expérience existentielle et le temps n’ont fait que nourrir son regard et enrichir son imaginaire. En sont issus plusieurs retours critiques, attentifs et bienveillants vers son pays d’origine. Le photographe montre un intérêt particulier pour la diversité culturelle, religieuse et sociale de la Côte d’Ivoire - diversité hélas souvent mal menée par le passé.

Prenons le reportage qu’il réalisa dans sa ville d’enfance, Bondoukou la chaleureuse, la multilingue, la multiculturelle surtout, dans le département de l’Est, à quelques kilomètres à peine des frontières ghanéennes. Les images qu’il y a faites du Kouroubi et du Sakraboutou, deux fêtes traditionnelles au parfum carnavalesque, illustrent bien son approche : les photos sont empathiques, certes, sans pour autant jamais devenir invasives ou intimidantes. Si l’un ou l’autre participant peut se montrer surpris par la caméra, dans les mains subtiles de Raymond Dakoua jamais celle-ci ne lui manquera de respect.

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Sakra kouroubi © Raymond Dakoua

Car le photographe connaît très bien ces fêtes : jeune garçon, accompagné par tel grand frère ou tel parent, il a souvent assisté à ces célébrations. D’abord, de minuit à midi, le Kouroubi, étonnant rituel de fin de ramadan où, au milieu de la liesse populaire, des danses, de la musique et de la joie, l’on tient éveillées les filles vierges ou les jeunes femmes n’ayant jamais enfanté ; puis, juste après, le Sakraboutou, fête des chasseurs Dozo originaires de la ville de Kong et qui se disent habillés d’un gilet pare-balles mystique. Même si les deux célébrations sont aujourd’hui associées au monde musulman, elles ne le sont pas à l’origine et sont largement partagées par les autres populations. Si Boudoukou compte bon nombre de fonctionnaires ivoiriens, très nombreux y sont aussi les citoyens maliens, ghanéens et burkinabé.

Notre monde divers, complexe et composite, le photographe le connaît bien. Il le respecte pour y être né et l’avoir parcouru. Partout où il pose son objectif, Raymond Dakoua regarde les traditions d’une part, l’évolution des sociétés et des cultures de l’autre. En témoignent lese nombreux projets qu’il a réalisés jusqu’à présent : sa série Effervescences (2007), très remarquée, sur les églises du réveil à Bruxelles, où il exécuta de nombreuses commandes ; son travail au Kosovo ; l’exposition Djoliba (2009), dans la ville portuaire d’ Anvers, où il invitait son spectateur pour un extraordinaire voyage le long du fleuve Niger, le plus puissant de l’Afrique de l’Ouest, le troisième de tout le continent, après le Nil et le fleuve Congo.

Ce que Raymond Dakoua a réalisé à Bondoukou n’est pas différent. Son oeil enregistre ce qu’il voit, mais veut aussi le partager : la foule en liesse. Si ses instantanés ne prétendent pas d’être des copies conformes d’une réalité objective, ils offrent bel et bien un moment de vérité : la sienne, celle qu’il a observée, puis captée. Le photographe espère que ses clichés invitent au débat et au jeu démocratique, qu’ils se présentent comme communication, écriture, témoignage et possibilité d’échange.

Montrer les photos de Bondoukou, c’est aussi faire perdurer des fêtes qui, depuis son jeune âge, ont quelque peu perdu de leur vigueur. Y sont passées non seulement la modernité avec son nouveau style de vie, mais aussi la crise ivoirienne. Pour Raymond Dakoua, ces fêtes sont une opportunité pour la ville, une fenêtre ouverte sur un monde qui n’attend qu’à découvrir sa beauté et l’ambiance festive qui, à chaque fin de ramadan, colore son âme.

Le photographe enregistre, fixe, laisse parler. Avec ses images à visage humain, il raconte l’histoire d’un lieu, d’un peuple. Fin antropologue, il nous laisse entrevoir un monde d’un ordre plus ancien, un monde, néanmoins, qui vit bien à l’heure d’aujourd’hui, le 21ième siècle. Un monde, surtout, sans lequel notre monde à nous tous serait moins riche. Parce que le Kouroubi et le Sakraboutou, c’est ça aussi : ce sont les gens de Bondoukou, c’est eux, c’est nous, c’est vous - spectateurs.

Lode Delputte

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