L’approche photographique de la survie et de la lutte Un témoignage d’Abdelghafour Essafi

, par Abdelghafour Essafi

La survie et la lutte occupent une place centrale dans ma pratique artistique à travers desquelles j’aborde le phénomène du changement caractérisant la vie humaine. La guerre permanente que l’homme doit mener pour s’adapter à ce phénomène prend donc toute son importance dans mon travail et s’y présente sous ses aspects les plus divers.

Le récit métaphysique de la Chute nourrit ma réflexion esthétique et oriente mon travail y compris la recherche photographique. C’est l’idée universelle de la chute d’Adam, largement traitée dans la peinture occidentale, dans les théologies chrétienne et musulmane ainsi que par la mythologie grecque. D’où la question de la "blessure" ainsi que celle de la "rupture" qui en résultent et qui font de cet instinct de survie le trait ontologique de l’humain.
La couleur noire apparaît comme étant le trait le plus visible et le plus constant dans ma pratique artistique. Symboliquement, je considère le noir comme l’origine mystérieuse, la source obscure de laquelle les récits et les mythes anciens puisent leurs histoires pour raconter le monde. Le noir apparait doublement dans mon travail comme la part d’ombre, ce lieu obscur où se joue et s’organise cet instinct de survie comme dans un " maquis", et un signe visuel fort permettant au regard du spectateur de pointer les œuvres sans se soucier de l’accessoire.

En référence à cette part d’ombre, je crée justement mes photographies dans un espace noir, un bac d’acrylique et d’encre de chine, également comme une référence lointaine à la procédure de la photographie argentique. Ce travail photographique s’inscrit dans la continuité du tannage des journaux et permet d’enrichir l’approche de la question de survie par le principe de l’inclusion, de l’immersion des clichés de récupération dans un espace liquéfié et la transcription de leur réaction.

Cette procédure me permet d’opérer une transition visuelle de ces clichés argentiques par le basculement de leur forme, de leur contenu iconique et en fin par leur mise en rapport avec les autres éléments, particules et insectes, piégés dans le liquide noir. Ce sont autant de leviers plastiques : le détournement, le déplacement, la juxtaposition, le renversement des rapports d’échelle et de proportions qui conduisent à la transfiguration de l’ensemble des éléments en présence.

Témoigner de la fragilité humaine par le biais photographique en jouant sur la métaphore du moustique et de la personne humaine, frappés tous les deux par un destin commun, est un enjeu artistique important. La photographie est d’abord un témoignage de la chute littérale des photographies dans le liquide noir ainsi que les autres éléments en présence, particules et moustiques, mais elle est aussi un témoignage d’une chute symbolique des figures humaines donnant l’impression de sombrer inexorablement dans un fond infini.

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