L’art en partage à la Fondation Donwahi

, par Olivia Marsaud

Impossible de la rater. En bordure d’un boulevard embouteillé à pratiquement toutes les heures de la journée, s’étale un long mur couleur de framboise écrasée. C’est là que se trouve la Fondation Donwahi. Un lieu dédié à l’art contemporain en plein cœur d’Abidjan, née de la volonté d’Illa Donwahi, femme d’affaires et collectionneuse. Fermée pendant deux ans, à cause des événements en Côte d’Ivoire, la Fondation avait été inaugurée en 2008 avec l’exposition « Passion secrète », rassemblant les œuvres issues de plusieurs collections privées ivoiriennes.

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L’année 2013 est comme une renaissance pour ce lieu épuré de 1 500 m2 qui compte plusieurs salles d’exposition, un cybercafé géré par les étudiants de l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (Insaac), un bar lounge dont les murs accueillent des plexiglass du Camerounais Joël Mpa Doh, une terrasse, une bibliothèque, une salle de projection et même une boutique où l’on trouve des objets à l’effigie du lieu. « Nous avons fait beaucoup d’efforts sur l’aménagement, l’éclairage. Je me suis transformée en designer ! », sourit Illa Donwahi. Le résultat est réussi. La propriété familiale, construite dans les années 70, est devenu un véritable écrin pour accueillir la création contemporaine.

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Au début de l’aventure, il y a la passion pour l’art contemporain d’Illa : « Mes parents y étaient sensibles. Ils étaient collectionneurs mais j’ai toujours eu des goûts moins classiques qu’eux ! » Cette économiste de formation écume les musées et les grand rendez-vous : Dakart’t, Biennale de Venise, MoMa, Guggenheim de Bilbao… Il y a 15 ans, elle rencontre au Dakar’t la Camerounaise Marème Malong, fondatrice de la galerie MAM à Douala. C’est avec elle que naît l’idée de la Fondation car, à l’époque, peu de lieux montrent de l’art contemporain à Abidjan. En 2012, le commissaire d’exposition Simon Njami est venu compléter l’équipe en tant que directeur artistique. On lui doit la première exposition de 2013 : un panorama de l’histoire du portrait photo en Afrique, par le biais d’œuvres issues de la collection d’art contemporain Sindika Dokolo.

« Nous avons souhaité ouvrir l’année 2013 avec de la photographie, un art à part entière », insiste Illa Donwahi. Quelques 70 œuvres y forment un parcours à travers les pays et les époques. Un voyage dans le temps, les styles, les modes, les techniques photographiques, qui débute à St-Louis du Sénégal avec des photos anonymes de la fin du 19e. A l’époque, les prises de vue se font à l’intérieur des maisons. St-Louis est la ville où, dès 1860, s’implante le premier studio de daguerréotypie. C’est aussi la ville natale du plus vieux photographe du pays, Meissa Gaye. Ensuite, on part pour la Côte d’Ivoire, avec Daniel Attoumo Amichia (1908-1994), photographe ambulant qui réalise des portraits de famille en lumière naturelle dans la ville de Grand-Bassam (où il ouvrira un studio après la seconde guerre mondiale). Les poses sont sculpturales, figées. Il y a des photos de groupe mais aussi inviduelles, qui servaient alors de photos d’identité.

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On suit les premiers pas de la prise de vue en studio avec le Béninois Joseph Moïse Agbodjelou, dans les années 30, et Mama Casset, au Sénégal, qui immortalise la bourgeoisie dakaroise façon Harcourt dans son studio de la médina à partir de 1946. Suivent Abdourahmane Sakaly (Mali), ou encore les étonnants portraits de l‘Ivoirien Cornélius Yao August Azaglo, qui partait à vélo dans les campagnes avec sa « box caméra ». Sous son objectif, les villageois se révèlent sans artifice, avec leurs visages marqués par les années, les cicatrices et les soucis.

Avec Jean Depara à Kinshasa, c’est ambiance indépendance cha-cha, les soirées des garçons et des filles dans le vent du changement, tandis que Koudjina, au Togo, est le photographe des bars mais aussi des faits divers et des stars de passage dans les turbulentes années 60. Samuel Fosso, habitué des « hold-up » photographiques, se met en scène dans des détournements de prises de vue de studio, revisitant avec humour les grands maîtres comme Malick Sidibé. C’est décalé, drôle, irrésistible. En face, la photographie documentaire de Doris Harou Kasco s’intéresse aux fous d’Abidjan, aux laissés pour compte, aux enfants de la rue. Du documentaire, encore, avec la première série en couleur de l’exposition, celle du Sud-africain Zwelethu Mthethwa, qui réalise les portraits des habitants des townships dans leurs intérieurs étonnamment colorés et gais. Cache-misère imparfaits, qui transpirent le dénuement mais aussi la dignité. Son choix de la couleur est militant : pas question de se plier au diktat du tragique en noir et blanc, lorsqu’il s’agit de travailler sur ce genre d’habitat informel.

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Enfin, le panorama se termine sur les « tableaux-photos » de Joel Andrianomearisoa. De magnifique formats carré de photographies numériques couleur tirées sur toile. Une vision de Madagascar intime et intense, où les textures des peaux, des ciels et des pénombres révèlent une Tananarive où l’ombre et la lumière semblent se battre entre elles. Magnifique point final.

La collection Dokolo. Une collection africaine d’art contemporain. Jusqu’au 30 avril.
Fondation Donwahi – Deux-Plateaux, boulevard Latrille

Voir en ligne : www.fondationdonwahi.org