La Grande fête – l’AID EL K’BIR Un témoignage de Léna Maria

, par Léna Maria

« Demain, c’est la fête. La Grande fête. Sois la bienvenue. »
Voilà, j’étais conviée à l‘Aid el K’bir.
Trois jours fériés durant lesquels j’ai suivi le déroulement de ce rituel musulman, avec pour toile de fond l’agitation des marchés locaux, le bêlement des moutons, les prières des mosquées, l’effervescence des médinas et, surtout, le rôle primordial de ces familles qui m’ont permis une immersion dans leur intimité.

Commémoration du sacrifice d’Abraham [1] , L’Aid el K’bir marque chaque année la fin du pèlerinage (hajj) à la Mecque. Cette grande fête, centrée sur le sacrifice d’un mouton, se déroule sur plusieurs jours au cours du dernier mois lunaire du calendrier islamique.
Fort est de constater que L’Aïd dépasse le cadre strictement religieux, devenant un défi d’ordre socio-économique : certains ménages choisissent souvent l’endettement pour honorer cette pratique. C’est aussi, et surtout, une tradition communautaire productrice de liens et d’unité sociale : forte cohésion et solidarité au sein de la cellule familiale, partage et distribution de la viande aux voisins et aux plus démunis.

A l’heure où l’on peut désormais acheter son mouton sur internet, cette série tente de retranscrire les réalités plurielles de l’Aïd el K’bir, en reflétant les ambiances du cadre intimiste de la famille débordant sur celles de l’espace urbain. Souvent décrié en Occident et au sein même du territoire marocain, j’ai choisi de voir l’Aid el K’bir dans son ensemble, sans faire l’impasse sur l’aspect sacrificiel.

JPEG - 242.6 ko
Le sacrifice se déroule principalement dans les maisons : sur les toits, dans les cours intérieures, dans les cuisines … les postes de télévision trônent dans les salons où l’on regarde l’accomplissement du sacrifice par le roi, retransmis en direct. © Maria Léna
JPEG - 146.6 ko
Le sacrifice se déroule principalement dans les maisons : sur les toits, dans les cours intérieures, dans les cuisines … les postes de télévision trônent dans les salons où l’on regarde l’accomplissement du sacrifice par le roi, retransmis en direct. © Maria Léna
JPEG - 117.2 ko
La réussite du sacrifice dépend du bon déroulement de chaque étape. La précision des gestes est primordiale, notamment lors de l’égorgement, idéal s’il se fait en un seul passage de lame. © Maria Léna
JPEG - 222.5 ko
© Maria Léna
JPEG - 179.8 ko
© Maria Léna
JPEG - 160.2 ko
Pour le chef de famille, en général responsable de la mise à mort du mouton, l’Aïd el K’bir est l’occasion d’accroître son prestige dans le cadre familial et au sein du voisinage. © Maria Léna
JPEG - 169.4 ko
Le jour du sacrifice des petits feux sont tenus par les adolescents et jeunes hommes du quartier ; chacun accourt chargé de têtes et de pattes à faire griller. © Maria Léna
JPEG - 142.4 ko
Le jour du sacrifice des petits feux sont tenus par les adolescents et jeunes hommes du quartier ; chacun accourt chargé de têtes et de pattes à faire griller. © Maria Léna
JPEG - 153 ko
© Maria Léna
JPEG - 251.1 ko
© Maria Léna
JPEG - 98.8 ko
C’est la plupart du temps à partir du dépeçage que la femme joue un rôle plus actif, participant à la découpe des carcasses, au partage et don de viandes, aux préparatifs culinaires, à l’accueil des nombreux visiteurs… © Maria Léna
JPEG - 139.1 ko
L’état d’excitation tombe d’un cran suite au sacrifice, laissant place à la fête et à l’agitation des cuisines d’où émanent de fortes odeurs de viandes, notamment les bulfaf (brochettes de foie cuite sur le kanun). © Maria Léna

Voir en ligne : lenamariaphotography.jimdo.com

Notes

[1L’Aïd el k’bir commémore la soumission d’Abraham lorsque Dieu lui demande de sacrifier son fils (Isaac/Ismael), au dernier moment un ange retient la main du prophète et substitue à l’enfant un bélier. Sourate XXXVII