La nouvelle agence de photo pour l’Afrique de l’Ouest Orion images

, par Afrique in visu

Nous nous sommes rendus aux Halles de Bamako, dans lesquelles se trouve l’agence de photo "Orion images" dirigée par Samba N’diaye , photographe ivoirien.
L’interview de ce photographe nous permet d’aborder un sujet peu développé dans notre blog, la photo publicitaire. Contrairement à ce que l’on peut penser, les professionnels du secteur peuvent s’adresser à des photographes sur place en Afrique.
Lorsqu’on entre dans le studio de Samba N’diaye nous avons l’impression d’être de retour à Paris, ou à New York… Des photos publicitaires au mur, cigarettes, calendriers d’entreprises, médicaments nous amènent dans un autre versant de la photographie en Afrique.

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© Orion images

Pourquoi ton agence a-t-elle le nom d’« Orion images » ?
Ce n’est pas un choix très réfléchi mais Orion est une constellation de 4 étoiles, cela m’a fait penser à un studio du fait que l’on travaille avec plein de points de lumière.

Comment es-tu venu à la photographie ?
Après mon baccalauréat à Abidjan en Côte d’Ivoire, je suis allé aux Etats-Unis durant 14 ans. J’ai d’abord réalisé des études sur l’environnement à Washington. Quand mon fils Malick est né, j’ai acheté un appareil pour le prendre en photo.
Ces photos étaient tellement mauvaises que j’ai alors décidé de prendre des cours de photo.
Je prenais d’abord des cours par correspondance puis je me suis déplacé à l’Institut national de photographie à New York.

Tu as réalisé des photos en rapport avec tes études sur l’environnement en parallèle ?
J’ai énormément travaillé sur la conservation des écosystèmes faune et flore et puis lors de mes week-ends j’allais dans des zoos réaliser le portrait des animaux.

Quand es-tu devenu professionnel ?
La première année où j’ai appris à faire des photos, j’ai commencé a faire des photos de mariage puis Picture corporation international (agence spécialisée en portait), m’a sollicité car j’avais une bonne expérience des éclairages , et des photos de studio.
Cela marchait bien mieux financièrement que quand je faisais mes petits boulots d’étudiant, alors je me suis lancé.

Comment ton travail s’est-il tourné vers la photo publicitaire ?
J’ai continué à prendre des portraits pendant 2 ou 3 ans : j’ai travaillé pour les portraits scolaires, les "Year Book" des écoles. J’ai pris aussi des photos des équipes de football…
Je suis ensuite parti pendant 3 ans et demi en Caroline du Nord où j’ai commencé la photo publicitaire.
J’ai d’abord été l’assistant d’un photographe pendant moins d’un an et je me suis ensuite lancé en free lance.
Je travaillais pour diverses agences de communication, des magazines, des publicitaires…
Je réalisais des photos d’hôtels, de restaurants etc…

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© Orion images

Quand es-tu revenu vivre et travailler en Afrique ? Et pour quelle raison ?
A cette époque, je regardais beaucoup de documentaires de National Geographic , et cela m’a donné envie de rentrer , de continuer à travailler en Afrique.
Je suis d’abord rentré à Abidjan où j’ai ouvert le "Studio F64" .
Je travaillais pour des agences publicitaires d’Abidjan, des ONG. J’étais aussi chargé par l’agence Reuters de réaliser des photoreportages sur les évènements politiques en Côte d’Ivoire de 2001 à 2003.

Pourquoi as-tu quitté Abidjan pour Bamako ?
En septembre 2003, une agence m’appelle pour couvrir la rentrée scolaire des enfants d’un quartier d’ Abidjan, c’était au même moment où il y avait le remue-ménage politique. Ce jour là la police ivoirienne m’a arrêté et m’a enfermé durant 48h. Il me prenait pour un espion sous prétexte que mon nom de famille soit sénégalais et que j’ai des papiers ivoiriens.
Je me suis rendu compte que ce genre de problèmes ne faisait que s’accroître alors j’ai décidé de quitter la Côte d’ Ivoire.

Pourquoi n’es-tu pas rentré en occident ?
J’aime l’Afrique et je souhaitais travailler sur ce continent

Pourquoi le choix du Mali ?
J’ai de la famille au Mali car ma mère est malienne, puis je venais de réaliser un reportage pour Air Ivoire sur le pays dogon.
Je suis arrivé en Juin-juillet 2003.

Cela a tout de suite fonctionné, ton agence ?
J’ai au départ un peu galéré mais finalement cela a été très rapide.
J’étais d’abord en free lance, je bossais de chez moi.

Combien êtes-vous de photographes sur Bamako à avoir ce type d’agence de photo publicitaire ?
Nous sommes deux je crois, un français et moi-même.

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Manifestations à Bamako © Orion images

Quand as-tu monté ce studio ?
Je l’ai monté il y a 7 ou 8 mois. J’ai choisi les Halles de Bamako car ce lieu est connu de tout le monde. J’avais ramené tout le matériel des USA.
J’ai des clients dans toute l’Afrique de l’Ouest. Ils me sollicitent directement ici ou je me déplace chez eux.
Je ne travaille plus qu’en numérique actuellement et 80 % de mon travail est de la commande, de la publicité.

Continues-tu à réaliser d’autres types de photographies ?
Je réalise toujours des reportages, je suis chargé par l’ AFP de couvrir les évènements importants de Bamako.
J’ai par exemple couvert l’arrivée de Sarkozy à Bamako ou encore celles de nombreux chefs d’Etat.
Puis je réalise des séries plus personnelles comme "mains et merveilles" car pour moi la main symbolise le destin.

As-tu déjà exposé ?
Je n’ai pour l’instant pas eu l’occasion d’exposer car je me dis toujours que je ne suis pas prêt mais je vais me lancer.

Comment te définirais-tu ?
Samba, opportuniste en photographie. Rire.

Vous pourrez voir un grand nombre d’images de Samba N’ Diaye sur le site d’Afrikimage le 12 décembre, nous y consacrerons un article…