Le rituel de la pose

/ Malick Sidibé & Omar Ly

L’Afrique en noir et blanc dans les années 1970
Exposition du parcours du Mois de la Photo (Sélection de la MEP
Maison européenne de la photographie)

La photographie est apparue en Afrique dès le milieu du xıxe siècle et pourtant sa reconnaissance en tant qu’art est un phénomène récent. Dans les années 1950, l’apparition du studio photo établit un lien très solennel entre le photographe et son modèle.

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© Omar Ly

_ La photographie africaine étant avant tout à destination du marché local et non d’un regard extérieur, sa particularité est qu’elle révèle avant tout les aspirations du sujet.
Petit a petit les photographes intègrent la recherche esthétique dans leur travail. D’emblée, ces photographies de studio frappent par la solennité
des poses et par le respect mutuel entre le photographe et son modèle qui transparait dans les cliches.
Cette relation s’explique par deux particularités récurrentes chez
nombre de photographes africains :

  • en Afrique, le photographe de studio est un professionnel respecté, au statut social élevé. Il est le gardien de la mémoire visuelle d’une communauté, le garant à la fois de l’identité de l’individu, et le témoin de l’évolution de la société.
  • la confrontation rituelle et codifiée entre l’homme et le médium. Le photographe est choisi pour ses qualités de médiateur, d’interprète social, d’intercesseur qui en font plus qu’un habile technicien, un fabricant d’icônes.

Le prix de la séance est assez élevé, et il s’agit souvent du premier portrait. Le photographe doit souligner la position sociale du modèle et introduire par son style cette part de rêve et de fantaisie constitutive de son écriture. Les accessoires (lunettes, montre, téléphone, radio, chaussures, cigarette, chapeau, mobylette) ont une très grande importance : il s’agit sans doute moins de montrer ce qu’on est que ce que l’on est prêt à devenir.
Le portrait doit être compris comme une fabrication rituelle condensée de la réalité, de l’image sociale. La famille, la collectivité en sont souvent les premiers destinataires (on sait l’importance de la famille élargie en Afrique, une collectivité à l’intérieur de laquelle le portrait photographique vient prendre sa place).
Pour le photographe, il s’agit souvent de deviner, de révéler les rêves, les aspirations profondes de son modèle. Ainsi, à la fin des années 1960, les jeunes yé-yé de Bamako ou de Dakar dévoilent leurs pantalons “pattes d’éléphant” ou leurs jupes courtes pour la première fois dans le studio de Malick Sidibé.

À travers cette série de photos en noir et blanc, nous souhaitons mettre en lumière ces photographes passés en quelques années du studio au musée d’art contemporain.

Catalogue aux éditions Autrement
La MEP prête une œuvre issue de sa collection et choisie en
regard de l’exposition.

Commissaire : Olivier Sultan

| Exposition

Lieu

Musée des arts derniers

  • France

Ouvert en 2003 dans le XVe arrondissement de Paris par Olivier Sultan, le Musée des Arts Derniers se donne pour mission d’offrir une autre vision de la création africaine, actuellement en plein renouveau.
Les artistes africains d’aujourd’hui s’approprient les techniques contemporaines (vidéo, photo, installation, performance) et opèrent un mouvement constant entre leur continent et l’occident, rencontrant ainsi un nouveau public international.
S’ils sont déjà connus dans les pays anglo-saxons et par les amateurs d’art africain, ces créateurs sont parfois promus sous une étiquette ethnique, comme si l’origine était ici le seul critère d’appréciation d’un artiste, avant même que l’on se pose la question : quelle est leur démarche artistique singulière ?

Il nous a semblé urgent d’ouvrir un espace de qualité qui leur soit consacré, afin de renforcer la place de la production artistique des plasticiens africains et surtout contemporains sur la scène internationale.
Alors que les institutions et galeries d’art s’attachent souvent plus au passé artistique de l’Afrique qu’à son présent, au Musée des Arts Derniers les expositions sont pensées en tâchant d’éviter certains écueils : la réduction des artistes et des oeuvres à des origines culturelles et géographiques stigmatisées dans la différence, l’exotisme, l’ethnocentrisme ou le paternalisme : autant de mauvais réflexes qui aboutissent à l’isolement de la production plastique africaine vis-à-vis de l’ensemble de la scène internationale.

S’appuyant sur une expérience de 15 ans dans le domaine de l’art contemporain africain, le Musée des Arts Derniers et son équipe ont développé un réseau d’amateurs d’art, de galeries d’art, d’institutions et de sponsors, organisation de nombreuses expositions en France et à l’étranger, aide à l’élaboration du Guide de l’Art Africain Contemporain avec « Afrique en Créations », éditions de livres (Les Afriques éd. Autrement 2004, Africa Urbis éd. Sépia 2005).

En effet le Musée s’attache à tisser des liens privilégiés avec les artistes représentés (africains ou non),et à établir une étroite collaboration avec des institutions telles que le British Council, les ambassades africaines, l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie, la Mairie du XVème, l’UNESCO, etc…, et des galeries ou centres d’art tels que la Skoto gallery (NY), Africa Center (Londres), 198 Gallery (Brixton), Enart (Barcelone), Iwalawa - Haus (Bayreuth)…

D’autre part, Depuis deux ans le Musée des Arts Derniers développe une politique de partenariat avec des organismes et médias de la communauté africaine tels que Africultures, Cité Black, Grioo, Image d’Ailleurs, Jeune Afrique, RFI, Africa N°1, Safoul Production, NAWAO (projet Broken Memory : éclairage original sur l’actualité de l’histoire par une réflexion sur les conséquences actuelles des pillages coloniaux).

Lieu ouvert à l’inconnu, à l’inclassable parfois, au risque consenti, le Musée des Arts Derniers accueille également conférences, débats, lectures pour tous publics, visites de scolaires, mais aussi des concerts (Les Cool Crooners en 2004), des spectacles de danse contemporaine (Cie Samuel Mwame), autour de l’art « dernier » au sens d’actuel, en petit séisme avec pour épicentre l’Afrique.

INFORMATIONS PRATIQUES

- ADRESSE
28, rue Saint Gilles - 75003 paris
T/F : 01 44 49 95 70

- EQUIPE
Directeur : Olivier Sultan / museedesartsderniers@wanadoo.fr

- ACCES
Métro Chemin Vert - ligne 8
Bus 29

- HORAIRES
Ouvert du mardi au samedi de 11H - 19H

- TARIFS
Entrée libre
Pour des visites de groupe ou scolaires nous contacter

Voir en ligne : www.art-z.net