Les portraits de Nabila Halim la très jeune scène photographique marocaine

, par Afrique in visu

En mai 2009, lors du 1er festival de la photographie d’Oujda, nous rencontrons une équipe de jeunes photographes de différentes villes du Maroc, rabat, Casablanca, Marrakech... et d’ailleurs.
Tous profitent de ces quelques jours pour échanger, montrer leurs travaux et constituer un petit réseau de photographes marocains pour réaliser des projets en commun. Depuis cet évènement, ces jeunes photographes se retrouvent à Rabat pour des journées photos, réalisent des collaborations, des expositions et se rendent à des festivals ensembles.
Nabila Halim était la plus jeune participante du festival d’Oujda. Elle est depuis l’un des moteurs de cette toute jeune scène photographique au Maroc. Encore étudiante, elle nous raconte son parcours et nous montre ses derniers sujets détonants réalisés avec l’aide du photographe Oussama Rhaleb. Place à Einstein et au joker !

Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Je suis Nabila Halim, jeune fille marocaine âgée de 21ans, après avoir eu mon bac en sciences expérimentales en 2007 j’ai choisi de suivre des études artistiques, spécialement l’architecture d’intérieur. En même temps je pratique la photographie assez souvent, comme hobby au début lorsque j’assistais aux concerts musicaux sur Rabat et Casablanca mais petit à petit je me suis retrouvée dans la photo et ma première participation dans un festival a été en mai 2009 à Oujda au Festival international de la photographie ou j’ai pu rencontrer plusieurs photographes professionnels arabes et européens. Neuf mois après j’ai exposé aux Rencontres de l’art plastique et de la photographie de Meknès et en avril de cette année j’ai animé des ateliers photo pour les étudiants d’un lycée qui fut suivi d’une exposition collective dans le cadres des Journées photographiques de la ville de Safi.

Parlons un peu de la photographie au Maroc. Entre jeunes photographes vous semblez organiser pas mal de choses ensemble ( festivals, séances photo) et aussi travailler à plusieurs. Peux-tu nous parler un peu plus de la situation des jeunes photographes au Maroc ?

Grâce aux festivals auxquels j’ai participé ces deux dernières années j’ai rencontré plusieurs jeunes photographes du Maroc et c’est à cette occasion qu’on a pensé à nous unir et à fonder l’Association des Jeunes Photographes Marocains qui constitua le début de plusieurs projets.
L’étape de la fondation de l’association nous a pris énormément de temps vu les difficultés qu’on a rencontrées sur le plan administratif. On a alors commencé à faire quelques rencontres hors du cadre de l’association , des sorties et des rassemblements pour la photographie de concerts.
ça nous arrive aussi de partager un travail photographique (rémunéré) entre nous... à part ça je constate après cette petite expérience qu’il n’y a pas assez de programmes de soutien pour les jeunes artistes photographes , au niveau du sponsoring mais aussi pour les activités c’est difficile de trouver des aides...
Mais ces dernières années je trouve qu’il y a plus d’ouverture aux arts visuels et à la photographie spécialement, beaucoup de jeunes deviennent exigeants et achètent du matériel professionnel pour faire des photos.Nous commençons à développer la qualité de l’image avec la critique et le partage grâce à Facebook qui, après Flickr, est le réseau le plus populaire entre photographes au Maroc.

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série Einstein © Nabila Halim

Revenons sur ton dernier travail, peux-tu nous le présenter ? Comment choisis-tu ces personnages ?

Concernant mon dernier travail photographique, c’était une récolte d’idées de plusieurs amis qui se voyaient dans des personnages , et le premier c’était un ami qui a refait le design de son blog et qui voulait avoir des portraits exceptionnels. Après plusieurs réflexion on s’est mis d’accord sur le personnage du Maestro Joker qui est la reprise du personnage joué par Johnny Deep dans Alice au Pays des Merveilles et qui nous a inspirés avant la sortie du film. On avait vu juste les photos du tournage.
L’idée en fait c’était de créer des personnages imaginaires, fantastiques, ou bien de refaire vivre un personnage et son histoire à notre époque comme le personnage d’Einstein que j’ai réalisé avec un ami photographe qui devait partir à l’étranger et qui m’a demandé de lui faire des photos portraits qui sortent de l’ordinaire... !

C’est un travail très mis en scène, peux-tu nous expliquer comment se sont déroulées les prises de vues ?

Après avoir choisi le personnage du Maestro Joker, les préparations ont commencé : nous étions une équipe de 4 personnes, moi, un autre photographe, une amie qui nous a aidé pour les accessoires et le modèle, nous avons cherché le tissu, les boutons, la dentelle, avons fabriqué le chapeau, acheté du make-up…, mais vraiment depuis les ongles jusqu’aux boutons de la veste, tout les détails ont été travaillés par nous même, le costume est fait sur mesure par une couturière que je remercie de sa patience.
Après les préparations on s’est mis d’accord sur le jour du shooting, c’était un samedi. Il y avait moi et Oussama, le photographe qui m’a beaucoup aidée pour la séance et Ahmed le modèle qui était prêt pour l’aventure. On s’est retrouvé pour préparer les scènes, commençant par le make-up, les dernières touches sur le chapeau et surtout la pose de lentilles qui était pas si évidente pour un garçon qui n’a pas eu l’occasion d’essayer ça auparavant !
On a fait les prises dans le centre de la ville, à Rabat la capitale du Maroc où les gens sont habitués à sortir le samedi soir, alors imaginez leur réaction face à un homme habillé ‘en clown’. Les uns demandaient une photo avec le personnage, les autres se moquaient, à part ceux qui regardent avec mépris un homme maquillé le samedi soir...

Quels sont les futurs personnages de cette série ?

Prochainement je compte travailler sur des personnages de l’histoire arabo-musulmane, spécialement des marocains, parce que j’ai eu des critiques par rapport aux choix du Maestro et Einstein qui sont occidentaux et j’essayerai de mettre en avant des personnages de notre culture par le billet de la technique photographique et le jeu de mise en scène

Et tes projets dans le futur ?

Mes études d’architecture d’intérieur m’ont beaucoup influencée en photographie, surtout par rapport aux prises de vues je me retrouve dans tout ce qui est droit et architecturé, les formes, les ombres et les couleurs commencent à être mes principaux sujets, plus que les scènes de vie quotidienne et les photos portraits. Alors je compte me focaliser surtout sur la photographie d’architecture et bien sûr toujours sur mon travail de personnages

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série Joker © Nabila Halim

Voir en ligne : Photographies de Nabila Halim