Malick Sidibé O8

"Le lion et l’or de Malick"

La Biennale d’Art de Venise, en 2007, a exposé, pour la première fois, des œuvres contemporaines de l’Afrique Noire. Et pour cette grande première, le jury, qui couronne chaque année un artiste comme le meilleur de ses contemporains, a couronné un africain. Ou plutôt il lui a remis un trophée, sa plus haute récompense : un Lion d’or. Cet homme, celui qui ouvre la voie, c’est Malick Sidibé.

Dans ses mains un trophée d’Afrique. Evidemment les lions qui forment les armoiries de Venise, viennent d’Afrique. Il n’y avait déjà plus de fauves en Italie quand les navires byzantins ont touché à Torcello pour fonder la capitale de la lagune. Et l’or de la Venise naissante, qui couvre les absides de la première cathédrale puis de celle de Saint-Marc, ne vient pas encore de Manille ni de l’Amérique inconnue, mais il vient du Mali. La ville a vécu, dès le XVIIème siècle, de l’exportation du verre des fours de Murano vers l’Afrique tropicale. Puis elle est devenue moderne et elle a abandonné l’Afrique. Il n’est plus resté que les lions et l’or dont on avait oublié l’origine. Et c’est avec un parfum de scandale et de surprise qu’en 2007, comme si c’était une première fois, dans la mémoire abolie, Venise a rouvert les portes de son Arsenal à l’Afrique. Et elle les a rouvertes sur Malick, pour lui rendre l’or du Mali. Les italiens se sont trouvé audacieux, et les africains on trouvé cela plutôt naturel. Que fera Cotonou en 2008 qui pourrait surpasser Venise en 2007 dans l’hommage à Malick ?

Cotonou se donnera à lui.

Elle installe Malick dans quatre lieux d’exposition permanents et elle fait déplacer ses œuvres dans toute la vilLe, offertes aux entreprises, aux écoles, aux places qui les demandent.

Chaque fois que Malick est venu à Cotonou, et encore en 2005, il s’est fait une fusion entre lui et la ville, provoquée par son rire, sa sagesse, son optimisme, sa profondeur jeune et joyeuse. S’il est l’un des nôtres, c’est parce qu’au fond nous sommes tous maliens. Mais il est meilleur que nous parce qu’au fond nous ne sommes pas tous des créateurs et parce que lui crée depuis plus de soixante années. Il nous apporte plusieurs centaines de ses œuvres, méticuleusement triées parmi plusieurs milliers de négatifs, avec la rigueur de l’artisan qu’il est resté, et la fulgurance des jugements de l’artiste qu’il a toujours été. Cotonou veut juste se donner à lui. Se livrer à l’homme et à son œuvre. Comme l’autre Biennale, celle de la photographie africaine , celle de Bamako, qui le célèbre depuis des années. Cotonou, après Bamako et Venise. C’est quand même ici, en Afrique, qu’on aurait dû d’abord lui donner de l’or et des lions. Alors on posera la question séculaire et inutile : la photographie est-elle un art ? Qui croirait qu’elle n’est que la reproduction fidèle de la réalité, et un procédé physique et chimique pour fixer sur une surface sensible la trace d’un objet qui s’est formée dans un objectif ? Tous les portraits que Malick fait depuis soixante ans ne sont pas la reproduction fidèle de ses modèles ; ils sont tous comme des autoportraits.

Tous ses instantanés, pris dans les pique-niques et les surprises-parties, sont des portraits de la jeunesse d’Afrique, telle qu’il a toujours voulu la peindre, pour émerveiller le monde. Ils sont aux antipodes d’un reportage social ou journalistique. Malick prend les images, posées ou volées, qu’il aime prendre de l’Afrique qu’il aime. « Elle n’est pas pauvre, si ce n’est peut-être matériellement, puisqu’elle danse ». « Voyons, si elle était pauvre, elle ne danserait pas » . On entend Malick convaincre et rire, en regardant chacune de ses photos. Et vous verrez : quand vous vous en approcherez, vous-même vous sourirez. D’un sourire de bonté. Chacune est un produit très pensé, très achevé. Malick est d’abord dans la tradition lente et méticuleuse des portraitistes de studio. Il est aussi dans celle des artisans – réparateurs des appareils de leurs clients. Il est enfin un homme de développement. C’est un technicien, un physicien et un chimiste. Et c’est parce qu’il sait tout faire de son appareil et d’abord le fabriquer de ses mains et qu’il en a une maîtrise totale, comme des lumières, comme des fonds, que Malick peut se consacrer, avec une générosité et une allégresse infinies, tout entier à ses sujets. Il est en dehors des courants et des modes. Certaines des photographies de 1957 semblent être de 2007. Non pas que les coutumes ou les poses se confondent, mais parce que Malick photographie l’idéal au travers de ses modèles. Cet idéal est le sien, immuable, il n’a pas changé et il lui donne une énergie prodigieuse et renouvelée, celle d’un photographe parmi les plus féconds de l’histoire de l’art, et d’un archiviste hors pair de son grand œuvre. Or cet idéal, cette illumination des sujets les plus simples, cette jeunesse, cette beauté, cette élégance, est une transfiguration à la fois légère et grave, festive et tendre, ironique et mystique, du seul objet qui vaille pour lui et qui est au fond, l’Afrique, c’est-à-dire sa vie, sa joie, sa fierté, ses désirs, de face, de dos, de profil. Elle l’emplit, elle s’empare de lui. Long autoportrait de l’Afrique par elle-même. Periclès avait construit l’Acropole « pour qu’elle dise aux générations futures qu’Athènes avait toujours été plus heureuse et la plus fière des Cités ».

Quand il ne restera plus d’autres souvenirs de l’Afrique d’aujourd’hui, aux enfants de nos enfants, que les photos de Malick Sidibé, protégées dans les Musées, alors ses portraits viendront dire l’idéal qu’il avait rêvé et le bonheur qu’il avait annoncé, celui d’une grande nation heureuse et fière."

Marie-Cécile Zinsou,(Présidente de la Fondation Zinsou)

| Exposition

Lieu

Fondation Zinsou

  • Bénin

En Juin 2005 la « Fondation Zinsou » a ouvert ses portes à Cotonou, au Bénin. Tout d’abord principalement un lieu d’exposition pour les artistes contemporains africains, celle-ci a vu ses horizons s’élargir et son action se renforcer au cours des 4 dernières années. Désormais l’action de la Fondation est aussi bien artistique que culturelle, pédagogique et social.

La mise en valeur du patrimoine artistique touchant à l’Afrique, l’éducation, le développement et la réduction de la pauvreté sont au cœur du projet. La méthode recherchée est de réaliser des « actions témoins » susceptibles d’être répliquées avec le concours d’entreprises et de particuliers.

Au fil du temps, et grâce aux actions de mécénat et aux partenariats qui ont vu le jour, la Fondation a pu concevoir, exécuter, suivre, analyser et perfectionner les programmes sur le terrain.

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