Marrakech : Shooting Light

/ Daido Moriyama

Daido Moriyama (né en 1938 à Osaka, Japon) est largement reconnu comme l’un des photographes prééminents au monde. Sa carrière débute dans les années 1960 sous l’influence des maîtres photographes japonais Shomei Tomatsu et Eikoh Hosoe. Il est également une figure de proue de l’avant-garde qui se forme à Tokyo autour du magazine “Provoke”. Influencé non seulement par la photographie au Japon, mais aussi par un large éventail d’auteurs américains et européens, de Jack Kerouac à Nicéphore Niépce (l’inventeur de la photographie en France) en passant par William Klein, Andy Warhol et Eugène Atget, Moriyama s’est rapidement établi un style radical et original. Photographiant rapidement et librement dans les rues de Tokyo, s’accommodant au grain et au flou de la vie urbaine, il définit son propre langage photographique et, en 1972, moins d’une décennie après le début de sa carrière, publie trois des livres de photographie les plus influents de la période d’après-guerre : “Japan A Photo Theatre” (1968), “Farewell Photography” (1972) et “A Hunter” (1972). Tout au long de sa carrière, Moriyama n’a cessé de renouveler sa pratique, voyageant abondamment et multipliant les retours aux limites et aux possibilités des composantes essentielles de la photographie en noir et blanc que sont l’ombre et la lumière.

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© Daido Moriyama, Marrakech, 1989.

Marrakech : Shooting Light comprend trois séries de travaux, exposées en trois espaces. Dans la salle 1, une sélection de photographies du Japon des années 1970 et 80 parmi les images les plus emblématiques de Moriyama, notamment celles de ses publications majeures “A Hunter”, “Light and Shadow” et “Lettre à St-Loup”. Dans la salle 2, deux diaporamas : Hokkaido, une large collection de travaux réalisés dans le nord du Japon depuis la fin des années 1970 ; et Record, un ensemble de photographies prises par Moriyama dans différentes villes autour du monde, de 1972 à aujourd’hui. Enfin, dans la salle 3, Marrakech, une installation de photographies prises dans la ville lors de la première visite de Moriyama au Maroc, en 1989.

Marrakech n’est qu’une des nombreuses villes que Moriyama ait visitées comme étranger, par opposition à son engagement continu à photographier à l’infini les rues de Tokyo, où il a vécu pendant un demi­siècle. Moriyama arrive à Marrakech en 1989, invité par un magazine japonais à réaliser des photos de la ville à titre de commande. À cette époque­là, il vit le plus clair du temps à Paris (malgré un français ou un anglais mediocre), explorant une ville qui occupe ses pensées et son imaginaire depuis sa découverte du cinéma français. Inspiré autant par une vision idéalisée et romantique de Paris que par les documents photographiques atones de la ville historique par Eugène Atget à la fin du XIXe siècle, Moriyama développe sa propre réflexions sur un lieu qu’il ne connaissait alors que de très loin. Avant 1988, malgré quelques voyages en Europe, Moriyama n’y travaille que très peu et publie un seul livre sur une ville située hors du Japon : une auto­-édition intitulée “Another Country in New York” (1974). Cependant, depuis la fin des années 1980, Moriyama multipliera les voyages et fera de quelques unes des plus grandes villes d’Europe, d’Asie, d’Amérique du Nord et d’Amérique latine des sujets photographiques de prédilections.

Qu’il se soit trouvé dans un lieu par sa volonté ou par accident, les milieux urbains ont toujours été au cœur de la pratique de Moriyama, des bars et clubs clandestins de Shinjuku aux ruelles calmes et parfois désertes de petites villes du Japon. Sensible à l’idée d’errer dans la ville, de s’abandonner au flux et reflux de la foule, et à des moments apparemment insignifiants de la vie quotidienne, Moriyama est un maître dans l’art de dénicher les scènes anodines et des images qui cristallisent parfaitement ses souvenirs d’un moment particulier et d’un lieu. En intitulant son retour à Marrakech “Shooting Light” (litt. Photographier la lumière), Moriyama attire l’attention sur la chose même qui l’a frappé à propos de la ville lors de sa visite en 1989 : cette lumière éblouissante et saturée et, par extension, les ombres profondes qu’elle projette ; mais aussi sur l’intérêt qu’il a pour la naissance de la photographie et le “mythe de la lumière” qui naît avec son avènement. Il est tout aussi significatif que le travail de Moriyama à Marrakech s’inscrive dans la suite de ses séries clés des années 1980. Les ensembles “Light and Shadow” et “Lettre à St-Loup”, ont vu Moriyama revenir à une exaltation du contraste, transformant les scènes et les objets de tous les jours en des compositions extraordinaires.

Texte de Simon Baker traduit par Yvon Langue.

| Exposition

Lieu

Musée de la Photographie et des Arts Visuels de Marrakech - MMP+

  • Maroc
  • Musée

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