"Mauvais air", fenêtre sur l’état des lieux d’une pandémie. Interview de William Daniels

, par Afrique in visu

Aujourd’hui nous vous parlons d’un travail qui nous est cher, à la fois par son esthétisme indéniable mais aussi par son sujet... La Malaria, une pandémie souvent méconnue ou mal connue sous nos horizons. Pourtant en Afrique, en Asie, chacun le connait.

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Malaria, India © William Daniels

Les photographies de "Mauvais air" du photographe français William Daniels nous ont saisis, nous ont touchés. Au-delà d’une maladie qui tue un enfant toute les 30 secondes, ce travail documentaire entre dans le vif du sujet sans larmes et transparait par sa beauté. Attendons impatiemment les nouveaux reportages de ce photographe qui sans aucun doute seront tout aussi puissants.

Peux-tu te présenter et expliquer comment tu en es venu à la photographie documentaire ?
J’ai 31 ans.
Comment j’en suis venu à la photographie documentaire…
A mes 18 ans, j’ai fait des études scientifiques et techniques pas vraiment par choix mais je me suis vite rendu compte que cela manquait d’humanisme et de sensibilité. En parallèle, j’ai commencé la photographie, sûrement pour palier ce manque.
A la fin de mon IUT, j’ai réussi à partir loin pour faire un stage en Guadeloupe. Après ce stage, je suis resté en Guadeloupe qui est un endroit stratégique pour voyager et j’ai trouvé un travail dans un magasin photo pour vivre.
Dès que j’ai eu assez de sous, je suis parti voyager en Amérique latine pendant lequel la photo s’est imposée d’elle-même… Ensuite, je suis rentré en France où j’ai vivoté entre la photo et des petits boulots.
J’ai ensuite eu une chance énorme : on m’a proposé de partir pour une ONG aux Philippines, où il fallait mener un atelier « labo photo » pendant quelques mois avec des petites filles issues de milieux très défavorisés. Cet atelier a donné lieu à une exposition.
Le sujet des enfants des rues aux Philippines m’intéressait énormément, en rentrant en France, j’avais envie de repartir réaliser un vrai reportage.

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Malaria, India © William Daniels

Finalement, en rentrant, j’ai commencé une formation photo au Centre Iris.
En 2004, à la sortie du centre, j’ai gagné la Bourse défi jeune qui m’a permis de réaliser mon premier travail professionnel en repartant pour faire ce reportage aux Philippines intitulé « Les petits fantômes de Manille » .
Ce sujet sur les enfants des rues aux Philippines a remporté le prix de la photo sociale et documentaire et m’a ouvert des portes.
Suite à cette expérience, en rentrant en France, j’ai commencé à travailler pour plusieurs journaux comme l’Express. Puis je me suis très vite rendu compte que ce que je voulais photographier, c’était des sujets liés aux crises humanitaires et au développement.
Alors je suis parti pour l’ONG française Solidarités au Darfour puis en Asie sur l’après Tsunami….
Le travail que j’avais fait au Darfour a été publié et exposé avec Bayard Presse et n’a cessé de tourner depuis 2004… En parallèle, j’ai fait parti du collectif Dolce Vita. On a monté pas mal de projet ensemble…
Entre autre, on a exposé un travail en Syrie à Tartous avec une grande expo en extérieur.

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Malaria, Sierra Leone © William Daniels

Depuis 2006 tu mènes un travail documentaire en Asie et en Afrique sur le Paludisme, comment est né ce projet et comment choisis-tu les pays dans lesquels tu travailles ?
Le projet est né de la rencontre avec Michèle Barzach , ancienne ministre de la santé, très engagée dans lutte contre les pandémies.
Comme j’avais un travail très axé sur les thématiques de développement, de nos discussions, est né l’idée qu’il y avait un grand manque de communications et de connaissances sur le paludisme.
Michèle Barzach est présidente des Amis du Fonds Mondial Europe qui a pour but d’alerter le public et les autorités et de rappeler qu’il faut lutter contre les pandémies.
Entre autres, la pandémie du paludisme, qui on l’oublie souvent cause 12 milliards de dollars de pertes dans les pays en développement mais aussi tue entre 1 et 3 millions de personnes par an.
Je lui ai donc proposé un projet sur deux continents, Asie et Afrique, faire une sorte d’ état des lieux de cette maladie…
J’ai commencé ce projet de mon côté en participant à des voyages de presse ou en profitant de commande sur d’autres sujets pour réaliser les premières images qui nous ont aidé à trouver des financements.
J’ai débuté alors ce travail documentaire. J’avais repéré des pays où je souhaitais travailler. Je voulais aussi aborder l’aspect mortel de cette maladie, j’ai donc travaillé avec MSF qui m’a accueilli au Sierra Leone.
Ce n’est pas la maladie en tant que telle qui m’intéresse mais ses différentes facettes.
J’ai donc abordé chaque pays avec un angle différent, par exemple pour le Burkina Faso, j’ai suivi une troupe de théâtre qui sensibilise au danger du paludisme par le théâtre avec l’ONG Plan.
En Thaïlande où le parasite présent est l’un des plus puissants, j’ai travaillé sur les problèmes de frontière et la circulation entre la Thaïlande et la Birmanie.
En Ouganda, j’ai travaillé autour de la distribution de moustiquaire avec l’ONG Malaria Consortium.
En Tanzanie, j’ai été dans une usine de fabrication de moustiquaire.
Puis à Calcutta, j’ai travaillé avec une journaliste qui m’a aidé à trouver des malades acceptant de se faire photographier chez eux…
Ce travail sur le paludisme est terminé et se concrétise par l’exposition sur le Ponts des arts, la publication du livre ( Mauvais air, William Daniels, Images En Manœuvres Editions, 2008).
Désormais, il faut le faire vivre et présenter l’exposition un peu partout.

Tu as été lauréat du 3ème prix du Word Press Photo cette année pour ton travail sur la Malaria et aussi le premier prix du Picture of the year. Cela t’a-t-il permis de nouvelles choses ?
Cela a donné un peu de garantie et de poids au travail. J’ai eu ces prix en janvier et cela m’a permis de me faire publier et de monter l’exposition peut être plus facilement.

Tu as travaillé au Mali, où le sida est un sujet tabou, tu as réussi à réaliser un grand nombre de portraits. Peux-tu nous en parler ?
J’ai réalisé un travail en collaboration avec le CESAC, la plus grande association qui lutte contre le sida au Mali en 2006. Je voulais réaliser un reportage sur les malades et les personnes qui travaillent avec les malades.
Cela a été très délicat car la stigmatisation est très dure.
C’est donc moins un travail de reportage, plus de portraits car je n’ai photographié que des gens qui ont accepté de se revendiquer comme séropositif ou le personnel du CESAC.
J’ai suivi un médecin et un infirmier qui vont chez les gens pour les soigner, où j’ai photographié ces personnes en train de travailler ou les malades chez eux. Cela m’a beaucoup intéressé et j’ai beaucoup aimé car il y avait une ambiance d’intimité. Pour découvrir la série cliquez ici.

As-tu déjà exposé ton travail en Asie ou Afrique ?
Pas vraiment.
Au Mali, tous les portraits des gens du CESAC ont été envoyés au personnel et ont été exposés au CESAC.
Le travail sur la Malaria quant à lui, est censé être exposé à Londres, Berlin et peut être aux Etats Unis.

Pour finir, quels sont tes projets dans le futur ?
J’ai gagné la Bourse de la fondation Lagardère pour un projet sur le Kirghizstan, sur une démocratie naissante… Je m’y suis déjà rendu en Décembre dernier et je vais bientôt y retourner, cet automne.
J’ai aussi envie de continuer à travailler sur des sujets liés au développement. Je voudrais poursuivre mon travail sur les pandémies mais sans le restreindre à l’univers médical qui ne me fascine pas…

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Malaria, Uganda © William Daniels
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Malaria, Uganda © William Daniels