Pieter Hugo en quête de l’identité africaine « On reality and other stories » au Brass de Forest (Bruxelles)

, par Damien Roulette

En rassemblant ses 3 séries les plus connues, et sans doute les plus représentatives, Albinism, Hyena Men et Nollywood, le Brass rend hommage au photographe sud-africain Pieter Hugo. Voyage réflexif sur l’identité africaine, tant collective qu’individuelle, le travail de Pieter Hugo explore des contrées du continent souvent inconnues pour l’étranger.

Avec Albinism, la question de la couleur est dépeinte au travers de mises en scène ou de portraits. Clichés frontaux comme pour être certain de la confrontation ainsi provoquée : Suis-je blanc ? Suis-je noir ? Je suis l’un d’eux sans vraiment l’être ! Autant de questions qui ne trouvent que peu de réponses satisfaisantes lors des transhumances psychologiques incitées par une existence non-choisie.

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Sam, Klein Karoo, South Africa, 2003 © Pieter Hugo. Courtesy Michael Stevenson, Cape Town & Yossi Milo, New York

En vis-à-vis, presque comme une provocation, se dressent trois juges du Botswana, noirs, eux. Ça n’est pas leur peau qui se dépigmente mais bien leur personnage. Ils ont fait le choix de ne plus tout à fait être noirs en arborant ces toges et perruques de magistrats, sceaux du passé colonial. Retour au point de départ : Suis-je blanc ou noir ?

Un peu plus loin, c’est une nouvelle trace du phantasme du blanc qui s’érige avec la 3e industrie cinématographique mondiale : Nollywood. Les références aux autres industries (Hollywood, Bollywood) sont bien présentes, mixées aux traditions ancestrales et une monstration sans commune mesure de la déglingue. Pieter Hugo est allé promener ses objectifs parmi ces acteurs caricaturaux d’un cinéma né dans les années 1990 et qui a aujourd’hui le vent en poupe. Nain musculeux, personnages tirés de la mythologie africaine, maquillages dignes de l’univers de Tim Burton pour autant de petits budgets et des films que l’on regarde avec le son poussé au maximum.

De l’univers fantastique du cinéma, on accède au quotidien bien moins reluisant des collecteurs de miel ghanéens et des boy-scouts du Libéria. Deux milieux mis en relation avec l’Occident par ce t-shirt Mickey arboré par l’un des apiculteurs ou par cet uniforme sauce Baden-Powell.

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Chris Nkulo and Patience Umeh. Enugu, Nigeria, 2008 © Pieter Hugo. Courtesy Michael Stevenson, Cape Town & Yossi Milo, New York

Ces ex-enfants soldats libériens passent d’un monde de désordre et de chaos à une vie où leur uniforme est le symbole d’une rigueur qu’on leur demande de respecter désormais. On se perd dans ces portraits dont le regard de l’immortalisé ne permet d’imaginer que des bribes de vie.
Les apiculteurs improvisés du Ghana, emmitouflés dans des branchages et mettant le feu aux alentours du nid d’abeilles repéré, sont habillés de ces guenilles aux accents d’une société pourtant bien lointaines. Comment ces quelques vêtements sont-ils arrivés là ?

Et dans ces deux cas, dans quelle catégorie évolue-t-on ? De quel chaos tente-t-on de se sortir ?

Retour au Nigéria avec les derniers clichés de cette exposition présentant le travail le plus connu d’Hugo, Hyena Men. Muselière sur la gueule, laisse autour du cou, une petite fille sur le dos, les crocs exhibés par leur maître, ces hyènes sont devenues des animaux de compagnie…sans l’être ! Instants de vie de ces dresseurs itinérants d’hyènes et de chimpanzés qui choqueront les esprits les plus policés.

Bonnet Fila vissé sur la tête, exhibitions de muscles bandés tenant bien en laisse les animaux, chimpanzé habillé tel un homme rappelant que chez d’autres, il est commun de vêtir son petit chihuahua...

Une quête d’identité donc, qui finalement pose beaucoup de questions auxquelles il est presque impossible de répondre. Et ces réponses, Pieter Hugo, enfant de l’apartheid, grand blanc aux cheveux blonds peut, peut-être, nous les apporter.

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Mallam Galadima Ahmadu with Jamis, Nigeria, 2007 © Pieter Hugo. Courtesy Michael Stevenson, Cape Town & Yossi Milo, New York

Voir en ligne : www.pieterhugo.com