Rencontres de Bamako 09 : édition du 9 novembre La 8ème biennale africaine de la photographie au jour le jour...

, par Afrique in visu

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Dimanche, les Rencontres de Bamako nous en ont mis plein les yeux !
Un superbe vernissage le matin dans la galerie de l’INA toute rénovée en plein cœur du centre ville de Bamako près de la maison des artisans, où nous avons pu découvrir la magnifique exposition du photographe d’origine marocaine Hassan Hajjaj « Dakka Marrakech ». Notre correspondante Perrine Del Jesus nous plonge dans l’ambiance marocaine de cette exposition transculturelle et nous en fait un récit décapant.

L’après-midi s’est poursuivie au Musée du District où plusieurs expositions en noir et blanc nous ont fait revivre l’histoire des portraits au Sénégal, à travers le travail d’ Oumar Ly, et la mémoire du Ghana avec les photos du pionnier J.K Bruce Vanderpuije.
A l’étage, la très remarquée exposition de Fazal Sheikh a fait sensation. Il y montre son travail sur les populations déplacées en Afrique. Un acte de mémoire et de résistance pour ses populations souvent tombées dans l’oubli.

A la tombée de la nuit, le CCF présentait le travail tout en douceur jouant avec des clairs-obscurs du photographe français Alain Turpault « Albinos ». Un projet réalisé avec la participation de la fondation Salif Keita.

Un programme très dense pour cette deuxième journée entrecoupée de discussions autour d’un verre afin que la soixantaine de photographes et vidéastes exposés et les festivaliers fassent connaissance et tissent des liens pour le futur. On espère que des collaborations naîtront de ces Rencontres !

Pour le portrait du jour, nous rencontrons un talent prometteur malien, Seydou Camara, dont on retrouve une série dans le cadre de l’exposition internationale « Bibiana » au Musée National et son travail « Poubelles d’Or » au CFP dès ce soir.

Encore plein de choses à suivre sur www.afriqueinvisu.org dans les jours à venir !

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Un jeune ségovien sur la place de la photo

Portrait de Seydou Camara

Il y a quelques jours, nous rencontrions le jeune photographe malien Seydou Camara , un talent prometteur.
Né en mai 1983 à Ségou, cité des balazans, dans la 4ème région du Mali, on peut découvrir son travail à la fois dans l’exposition internationale des Rencontres de Bamako et dans le cadre du Off du CFP.

Ce jeune homme s’est toujours intéressé à la photographie. Mais c’est en arrivant à l’Université en sciences juridiques et politiques (ex ENA) à Bamako qu’il a rencontré le photographe de la faculté, Dramane, qui l’a orienté vers le CFP, Cadre de Promotion pour la Formation en Photographie. Parallèlement à sa maitrise en droit des affaires, il a pu payer avec sa bourse d’étude sa formation au CFP en 2007.
Cette année, Seydou Camara a un contrat de 4 mois pour faire de l’archivage au ministère de l’éducation (au service SECA).

Se revendiquant comme néophyte, il souligne l’intérêt de cette formation au niveau théorique comme technique.
L’un des stages qui l’a le plus séduit est celui du photographe suisse Mario Del Curto qui les a fait travailler à partir de la pièce de théâtre de René Zahnd, sur le dictateur Mobutu. En s’inspirant de cette pièce, les stagiaires ont essayé via leurs images de raconter l’essence même de l’histoire.

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Poubelles d’or © Seydou Camara

Dans l’exposition internationale, on peut découvrir sa série sur les albinos qu’il a intitulée « Bibiana » en hommage à une jeune fille tanzanienne qui s’est fait coupée une jambe par des trafiquants d’organes d’albinos, histoire qu’il a découverte sur le net lors de ses recherches.
Une série d’images dans Bamako où il fait poser en solitude ses modèles. Pour préparer la biennale, le CFP a réalisé un atelier pour ceux qui souhaitaient y postuler :12 stagiaires s’y sont inscrits et 3 ont été retenus.
« Comme je n’avais pas de moyens, j’ai réfléchi à un sujet que je pourrais réaliser dans les parages et j’ai pensé : n’y a-t-il pas de frontière entre nous ? C’est ainsi que j’ai pensé aux albinos. Ces albinos sont regardés avec d’autres yeux, ici il y a une véritable frontière sociale. Comme j’ai fait des études de juriste, j’ai envie d’être un photographe engagé. Je veux être un photographe avocat et être au service des victimes. »

Au CFP, dans le cadre de l’exposition Bamako et ses frontières, Seydou Camara présente sa série « Poubelle d’or », un reportage sur les rastas à Bamako. En écho à la thématique de la biennale, le photographe a souhaité continuer à explorer les frontières sociales au Mali. Une belle série inspirée du travail de Christian Poveda sur les Maras.

Le mot de la fin :
Je demande à tous les jeunes photographes d’aller faire la formation au CFP. Aujourd’hui la photographie ce n’est pas d’avoir un appareil photo mais c’est de se former !

Un mot de conclusion sur tes attentes de la biennale :
J’espère rencontrer beaucoup de photographes du monde entier.

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Une exposition "transculturelle" à l’INA

Hassan Hajjaj - « Dakka Marrakech »
Galerie de l’Institut National des Arts

La galerie de l’INA, restaurée il y a peu pour accueillir des expositions, accueille la monographie de Hassan Hajjaj . En entrant dans la galerie, on est plongé dans une ambiance marocaine, avec les couleurs chatoyantes des photographies accrochées sur les murs blancs. Mais lorsqu’on s’approche, on découvre un univers très surprenant : les femmes vêtues de djellabas portent des foulards léopard ou LV pour se couvrir la bouche, et posent sur des motos rutilantes. L’ensemble de l’expo est d’une facture très soignée, on voit que rien n’est laissé au hasard.

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Hassan Hajjaj à la Galerie de l’Institut National des Arts © Baptiste de Ville d’Avray

Hassan Hajjaj est un artiste pluridisciplinaire, qui travaille aussi bien dans le domaine de la décoration que celui de la production musicale, en passant par la mode (il a créé une marque de vêtements et d’accessoires). Il mêle habilement les univers : celui des marques et des produits de consommation, la culture pop occidentale, l’atmosphère intimiste des salons marocains, les motifs décoratifs de l’art islamique, etc. Hassan Hajjaj est un artiste transculturel : son travail propose une rencontre et un mélange de différentes identités culturelles, rendus possibles par les moyens de communication modernes. C’est avec humour qu’il nous surprend et nous démontre qu’en matière d’image, tout est possible, la notion de frontière est toute relative, et peut être subtilement détournée.

Le résultat est décapant : on est enthousiasmé par les images autant que par les cadres qui forment un ensemble très original, audacieux et plein d’imagination. Dans la galerie, on peut s’asseoir et se faire photographier dans un superbe salon marocain de récupération (caisses de sodas et sacs de riz). Le public présent au vernissage a été totalement conquis par l’expo. « Trop puissant ! » ont justement dit certains. La salle bourdonnait d’exclamations et de compliments, tandis que Hassan Hajjaj était très sollicité, tant pour des échanges que des prises de vue devant ses œuvres. L’agitation de la galerie était presque aussi bruyante que celle de la rue, située en plein cœur de Bamako !

Multicolore, multifacettes, multiculturelle, une exposition à ne pas manquer à Bamako !

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Vernissage du Musée du District © Fidisoa A.J. Ramanahadray

Fidisoa A.J. Ramanahadray
Photographe malgache. Promoteur et organisateur du Mois de la photo et de la Biennale de l’Océan indien. Il a reçu plusieurs prix dont le Prix Ansel-Adams, offert par l’Ambassade américaine de Madagascar et le grand prix du portrait d’artiste lors de la 1ère Biennale de l’Océan indien.Il est actuellement exposé dans la sélection international de la Biennale de Bamako. Vous pouvez découvrir son travail au Musée National du Mali.

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Dixit : Ibrahima Bah - photographe guinéen

« Je suis à l’université des Arts et du Cinéma de Conakry et j’ai décidé de venir à mes frais pour visiter la Biennale de Bamako. J’ai découvert la Biennale via mes recherches sur Internet. J’ai voulu y participer mais l’appel à candidature était clos. Mon impression vis-à-vis de la Biennale est bonne car c’est un espace de rencontres pour les photographes non seulement africains mais du monde. C’est une vraie rencontre des cultures ! La Biennale donne la chance aux photographes de s’affirmer sur tous les domaines de la photographie et de se professionnaliser. L’exposition qui m’a le plus marqué est celle du vieux Oumar Ly car vu l’époque, ses clichés sont très contemporains. Ça fait ma fierté ! Si je devais remettre un prix à un photographe, cela lui reviendrait directement ».

Musée du District

Hier, dimanche 8, se tenait le vernissage du Musée du District où l’on pouvait découvrir la superbe monographie du photographe Fazal Sheikh , et l’exposition photo mémoire à travers les images du sénégalais Oumar Ly et du pionnier J.K Bruce Vanderpuije et de son célèbre Deo Gratias Studio .

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Expostion de Fazal Sheikh au Musée du District © Baptiste de Ville d’Avray

Monographie : Fazal Sheikh
Né en 1965 à NY, il vit et travaille entre Zurich, New York et Lamu au Kenya. Il a reçu de grands prix internationaux comme le Prix Henry Cartier-Bresson, le prix d’Arles, le prix Leica Medal de l’excellence… Il travaille avec les populations déplacées à travers l’Afrique de l’est, le Pakistan, l’Afghanistan, le Brésil, Cuba et l’Inde. A travers ses portraits d’une finesse saisissante, il fixe la vie des réfugiés soudanais, éthiopiens, au Kenya, des réfugiés mozambicains au Malawi et enregistre une partie de leurs histoires, des bribes de récits ou leurs lettres comme un acte de résistance contre l’oubli.

Et demain, Kan jumen be ?

Une journée spéciale professionnalisation au Musée National avec le matin des lectures de portfolios où les photographes pourront rencontrer des galeristes, directeurs de magazine photo ou d’actualité. En parallèle, une table-ronde sur « la Photographie africaine en réseau » . L’après-midi se tiendra un atelier sur la post-production intitulé « La vie des images après la prise de vue » et au même moment deux projections : « This day of change » sur le thème HOPE à l’occasion de l’investiture d’Obama et la projection d’Afrique Magazine qui regroupe les photos de photographes africains collaborant avec le magazine.
Et pour finir la soirée en beauté, rendez-vous au Bla Bla Club de Badalabougou pour l’exposition collective « TAMADENW, des histoires de migrants » !

Et ailleurs : Un prix

Le photographe – vidéaste tunisien, Marwen Trabelsi dont vous pourrez découvrir des vidéos lors de la soirée Clac-Tic le 13 novembre à l’ancienne briqueterie de Magnambougou vient de se voir attribuer 3 prix au Festival international du film d’Abuja au Nigéria (Meilleur Film, Caméra d’or, Meilleur direction d’acteur) pour son film Maman est une étoile .