Ruée vers l’or au Sénégal Un témoignage de Laeila Adjovi

, par Laeila Adjovi

Montrer, expliquer, échanger. Susciter l’émotion esthétique et le doute sur nos certitudes et nos modes de vie contemporains. Tel est l’objet de ma démarche photographique.

Dès lors qu’il touche à l’humain, cet art là est aussi celui du partage. Quand en 2009-2010, j’effectue un travail visuel sur les squats de Nouméa, ces bidonvilles inondés de verdures aux abords de la capitale calédonienne, j’emmène les squatteurs à la galerie où a lieu l’exposition pour pousser au maximum le jeu de miroir.

Medium du réel et du surréel, la photographie est aussi le fil d’Arianne de la mémoire. A partir de 2006, elle me sert à fixer les scarifications faciales identitaires au Bénin, à interroger le langage tégumentaire et l’appropriation du corps par la tradition.

 Adepte d’une photographie documentaire ou de reportage qui créerait du lien entre les couches sociales, entre les cultures et entre les mondes, je développe aussi une approche artistique qui mêle peinture, dessin et manipulation en chambre noire.

Dans mes prochains projets, je souhaite mêler le son et l’image, la vidéo et la photographie, pour profiter des immenses possibilités offertes par le web documentaire. Affaire à suivre...

Ruée vers l’or au Sénégal

Série réalisée en Juillet 2011.

Il y a environ cinq ans, d’importants gisements d’or étaient découverts dans la partie orientale du Sénégal. Alors que les sociétés internationales d’exploitation minière s’installaient, l’orpaillage artisanal a explosé. Des dizaines de milliers de chercheurs d’or, essentiellement venus du Mali voisin, ont traversé la frontière, transformant certains villages traditionnels en de petites villes, du jour au lendemain. Dans la région de Tambacounda, c’est ce qui s’est passé à Diabougou, devenu le plus important site d’orpaillage artisanal du coin.

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Il y a 5 ans, il n’y avait rien ici. Aujourdhui, face au village originel de Diabougou, un immense campement de mineurs accueille des milliers de migrants venus des pays voisins. © Laeïla Adjovi
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Sur le site minier de Diabougou, n’importe qui peut choisir un endroit et creuser une galerie, appelée « dama » en langue Malinké. Il faut environ une semaine pour que la galerie atteigne plusieurs mètres de profondeur, et ainsi espérer atteindre le filon découvert sur le site. © Laeïla Adjovi
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Boroma Dembélé vient du village malien de Niangassou. A 13 ans, il a quitté la maison il y a neuf mois "parce que les gens parlent de Diabougou, et disent que l’or est plus facile à trouver ici qu’au Mali". S’il n’a pas eu de chance jusque-ici, Boroma affirme préférer ce travail à l’agriculture. © Laeïla Adjovi
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Boroma Kangara a 15 ans. Lui et son ami Dembélé se relaient pour plonger dans la galerie, creuser et renvoyer les pierres supposées contenir de l’or vers la surface. © Laeïla Adjovi
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Fatoumata Keita a 12 ans. Sa grand-mère prépare des repas pour les chercheurs d’or, et elle doit tirer sur la corde qui ramène les pierres du fond du dama. "C’est un travail dur, c’est très lourd", assure-t-elle avant d’ajouter qu’elle préfère de loin aller à l’école. Elle doit y retourner à la fin des vacances scolaires. © Laeïla Adjovi
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Les galeries peuvent aller jusqu’à 20 ou 30 mètres de profondeur. Mais parfois, les damas s’effondrent. « C’est un métier risqué, selon Sidi Macalou, jeune mineur sénégalais de 20 ans (au premier plan). Les mineurs peuvent être blessés ou tués ». © Laeïla Adjovi
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Avant d’être broyées et lavées de nouveau, les pierres ramenées du fond du dama sont "testées" : Certains mineurs experts savent comment identifier une roche qui contient de l’or. © Laeïla Adjovi
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Les roches sont ensuite mises dans des sacs et partagées. Les creuseurs, qui prennent tous les risques, ne sont pas pour autant ceux qui obtiennent la plus grande part du butin. Une partie revient au propriétaire du dama-celui qui a dit où creuser- et une autre partie au chef du village. © Laeïla Adjovi
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Namori Keita est malien. En matière d’orpaillage, les Maliens ont plus d’expérience que les Sénégalais. Quand ils entendent parler d’un nouveau site informel, ils traversent la frontière pour aller tenter leur chance. © Laeïla Adjovi
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Sur le site minier, appelé "dioura", le travail se termine à 17 heures, et le vendredi est chômé. Après 18 heures, les motos ne sont pas autorisées à circuler dans le niafa, le campement où vivent les mineurs. Une vingtaine d’agents de sécurité ont été désignés parmi les villageois pour faire appliquer ces règles. © Laeïla Adjovi
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En Malinké, une des langues les plus parlées de la région, Niafa signifie "le coucher", "l’endroit pour dormir". Ce campement où vivent les mineurs est désormais beaucoup plus grand que le village originel de Diabougou. Et on trouve tout dans le niafa, des outils, de la nourriture, de l’artisanat, mais aussi des prostituées et de l’alcool. © Laeïla Adjovi
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Mamadou Diallo est arrivé du Mali il y a 6 mois. Il est creuseur dans plusieurs damas, mais aujourd’hui, il lave les pierres ramenées à la surface et passées à la broyeuse. Le mineur utilise de l’eau, du savon et du mercure pour traiter l’or. © Laeïla Adjovi
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Les mineurs lavent et traitent l’or au mercure dans la rivière voisine. En conséquence, les eaux sont polluées et la seule source d’eau propre, une pompe à l’entrée du village, ne peut fournir de l’eau potable à tout le monde. © Laeïla Adjovi

Voir en ligne : laeila-adjovi.com