Samba Soumbounou, le guide médiateur Campus universitaire : Chroniques Marocaines

, par Camille Millerand

« On voit des étudiants plutôt riches, plutôt pauvres…Dans les grandes écoles prestigieuses, dans les universités un peu moins bien cotées, dans des écoles privées qui ne sont pas à la hauteur, des boites à fric…Des vrais étudiants, des faux-étudiants, des commerçants qui font des études…tout simplement parce que c’est un carrefour…Ca bouge…Comme ça bouge, les statuts bougent aussi. Ce n’est pas figé. On ne peut pas donner une image de l’étudiant africain au Maroc, c’est pas possible il n’y en a pas qu’une... » explique Mehdi Alioua, sociologue et enseignant à l’université Internationale de Rabat depuis une dizaine d’année.

Samba Soumbounou, lui est en sans cesse en mouvement. Agé de 28 ans, mauritanien, il prépare son doctorat en gestion du patrimoine sur son pays d’enfance à l’université Hassan 2 Faculté des lettres et sciences humaines de Ben M’sik. Pour « se faire de l’expérience » comme il aime dire, il organise des visites de Casablanca pour des étrangers et des provinciaux du royaume avec l’association « Casa Mémoire ». Il complète sa connaissance du territoire avec son logement situé en périphérie de Casa. « Ici, je me sens chez moi ! » dit-il. Samba vit en colocation avec d’autres étudiants africains à Hay Moulay Rachid groupe 3, un quartier populaire, qu’on lui présentait, dès son arrivée au Maroc en 2012, comme un « coin chaud » de la mégalopole Casaoui. Sauf que c’est ici, qu’il s’entraînent au karaté, s’est fait des potes et a appris à parler le darija.

Revenez sur les précédents Chroniques Marocaines :

JPEG - 210.6 ko
© Camille Millerand
Samba vit au premier étage d’un immeuble situé à Hay Moulay Rachid Groupe 3. Un quartier populaire situé à BenM’sik, tout près de la fac de Lettres (Cf. première chronique). En colocation, il partage le loyer avec 4 autres personnes. Ce qui leur revient à 700 dirhams (environ 70 euros) par mois. Au numéro 36, plusieurs pays sont représentés : Mauritanie, Mali, Niger, Maroc...
JPEG - 205 ko
© Camille Millerand
Baraou, 20 ans et AbdoulRazak, 21 ans vivent avec Samba. Ils sont arrivés ensemble en provenance du Niger en Septembre 2014. Actuellement, ils sont inscrits en classe préparatoire au sein de l’E.N.S.A.M, une grande école d’ingénieurs Marocaine. Les autres les présentent comme étant les « têtes » de la coloc’. Ils ambitionnent de devenir ingénieur en génie électrique au Niger.
JPEG - 150.2 ko
© Camille Millerand
« Je n’oublie pas qui je suis. Il faut toujours en garder un pas dans un processus de modernité tout en gardant son âme dans un lieu sur » insiste Samba en citant comme référence deux écrivains : Amadou Hampâté Bâ et Cheikh Hamidou Kane.
JPEG - 229.5 ko
© Camille Millerand
Samba croise régulièrement Khalid, un de ses voisins du quartier qui est devenu son pote. Son « Sarbi » comme on dit ici. Pour expliquer son insertion rapide parmi les Casaouis, Samba évoque son profil de sociologue et sa maîtrise du darija, (Arabe dialectal marocain).
Extrait 1 : Paroles de Samba
JPEG - 191 ko
© Camille Millerand
JPEG - 233.7 ko
© Camille Millerand
7H30 du matin- Hormis le dimanche Sambou ne passe pas beaucoup de temps chez lui. Entre son activité au sein de l’association Casa Mémoire, sa thèse et les entrainements de karaté, il est sans cesse en mouvement. Aujourd’hui, il se rend à une formation organisée par la fondation H.E.M. Buisiness School. Il est 7h30 du matin, une heure propice pour éviter les embouteillages Casaouis.
JPEG - 363.6 ko
© Camille Millerand
Dès son arrivée en septembre 2012, Samba a habité zone 6 du quartier Hay Moulay Rachid, un quartier populaire de BenM’sik. « Au départ, ça a été difficile » avoue-t-il. Il se rappelle que les bailleurs de l’époque avaient eu peur de lui et ses amis, à la recherche d’un logement en colocation. Ils ont eu recourt à la police pour désamorcer le problème. Puis ces violences verbales et symboliques ont disparu…
Extrait 2 : Paroles de Samba
JPEG - 253.3 ko
© Camille Millerand
A l’époque, Ahmed Feiz et sa famille étaient ses voisins de palier. Depuis, elle est devenue sa seconde famille. Chaque dimanche après-midi, Samba leur rend visite. Le temps pour lui de retrouver Ahmed, avec qui il a noué de profonds liens d’amitiés. Ahmed conduit des bulldozers pour une société qui exploite du sable. Il est aussi rappeur au sein du groupe local OULAD 04.
Extrait 3 : Paroles de Samba
JPEG - 234.8 ko
© Camille Millerand
3 fois par semaine, Samba s’entraine au sein du club de Karaté Badr situé à quelques ruelles de sa maison. Il a beaucoup d’admiration pour son maître Mohamed Elmoghrani. Il l’assiste durant les entrainements des plus jeunes et écoute ses conseils techniques quand il participe à un combat. Samba peut concourir dans des compétitions régionales mais pas nationales en raison de sa nationalité étrangère.
Extrait 4 : Paroles de Samba

Entraînement au club de Karaté Badr.

JPEG - 233 ko
© Camille Millerand
Samba emprunte régulièrement le taxi collectif appelé« grand taxi » ou taxi blanc par les européens. Cela lui permet de se déplacer entre le centre de Casablanca, son club de Karaté et son appartement. Un moyen de transport moins cher que les « petits taxis » qui fonctionnement avec un compteur. Selon la distance, une course peut coûter entre 5 et 10 dirhams (moins d’un euro).
JPEG - 240.6 ko
© Camille Millerand
Après son entrainement de Karaté, Samba a l’habitude de manger dans une des sandwicheries de Moulay Rachid. Au menu, sandwich-omelette et jus d’avocat. Un repas qui lui coûte autour de 25 dirhams (environ 2 euros 50).
JPEG - 186 ko
© Camille Millerand
Il est 2 heures du matin. Samba a enfin retrouvé sa chambre. Pas un bruit ne résonne dans sa colocation. Le quartier s’est endormi aussi. Un moment propice pour appeler sa famille restée à Nouhadibou en Mauritanie.

CAUSERIE DU JOUR

Paroles extraites d’un entretien avec Mehdi Alioua, sociologue enseignant chercheur à l’université Internationale de Rabat. Il travaille sur les questions migratoires et de transnationnalisme, urbaines, d’intégration, de globalisation et de racisme depuis 2002.
Quelques unes des questions évoquées avec lui : Le Maroc a-t-il toujours été un carrefour économique et universitaire du continent africain ? Qu’en est-il de l’identité Marocaine ?

Voir en ligne : www.camillemillerand.com