Sammy Baloji à la Galerie Imane Farès

, par Claire Nini

802 That is where, as you heard, the elephant danced the malinga. The place where they now grow flowers. Tel est le titre de la première exposition personnelle de Sammy Baloji dans la galerie parisienne Imane Farès.

L’artiste nous demande de le suivre au sous-sol, nous pénétrons alors dans une pièce étroite aux murs noirs où sont accrochés sur un premier pan de mur trois tirages petits formats représentant Les vues aériennes des mines de Kolwezi, et sur un autre pan de mur un tirage grand format intitulé Vue aérienne d’Elisabethville (Lubumbashi).

« Ce qui m’intéresse dans ces prises de vues aériennes ce sont les fissures, les traces, les lignes, en lien direct à mon travail photographique sur les scarifications. » nous explique Sammy Baloji.
Ces prises de vue aériennes des zones minières de la Province de Katanga au Congo (Zaïre à cette époque) datent des années 1930-1950 et appartiennent à la collection ethnographique du Musée Royal d’Afrique Centrale de Tervuren.
« J’ai commencé par faire un travail documentaire sur le patrimoine industriel et architectural de la ville de Lubumbashi où je suis né en 1978. Au contact avec ces archives minières que j’ai rencontré pour la première fois en 2004, mon travail a littéralement changé. » nous révèle Sammy Baloji.
La ville de Lubumbashi est née autour de la zone minière aux alentours de 1910. L’artiste nous rappelle que la notion même de ville est un concept occidental qui s’implante non sans violence car l’organisation qu’elle sous entend n’est pas conçue pour les autochtones.
«  Ce qui m’intéresse c’est de comprendre comment la ville est née, d’analyser sa planification et son influence sur la ségrégation entre les occidentaux et les noirs. Je travaille sur cet état de friction et de réappropriation des plans urbanistiques des villes après les indépendances. Je m’interroge tout particulièrement sur l’existence de la ville, son organisation et son passé colonial. » nous confie l’artiste.
En 1997, c’est la fin de la guerre froide et le Congo est témoin de la chute du président Mobutu Sese Seko, ce qui a pour conséquence la fermeture immédiate des mines du Katanga jusqu’alors largement exploitées par des usines belges. Mobutu Sese Seko aimait prôner l’authenticité, l’histoire coloniale et tous les liens avec la Belgique étaient sous son règne consciemment effacés. C’est justement cette partie de l’histoire qui n’est pas racontée et volontairement ignorée qui influence le travail de cet artiste congolais.
L’artiste questionne les liens entre l’existence des villes et leurs histoires coloniales, en s’attachant aux ramifications et extensions infinies. Sammy Baloji travaille essentiellement sur l’anachronisme et sur la réappropriation des espaces, conçus et pensés comme des territoires puzzles.
C’est d’ailleurs ce qu’il propose dans la première pièce de la galerie où il a recrée un espace inédit spécialement conçu pour la galerie : un intérieur - très art déco – avec des obus pot de fleurs dans la vitrine, deux plafonniers aux motifs de scarifications martelés sur le cuivre – métal largement convoité et exploité dans l’histoire coloniale, que l’artiste s’est ici réapproprié – comme les domestiques du vocabulaire d’Elisabethville, se sont eux aussi réappropriés l’histoire de leurs villes grâce à leurs témoignages récoltés par André Yav qui constituent non seulement une mémoire collective, mais une nouvelle cartographie, une grille de lecture de la ville du point de vue du colonisé. Les histoires individuelles de ces domestiques qui travaillaient pour les colons, rassemblés dans le livre vocabulaire d’Elisabethville présenté dans l’exposition, et lus à l’occasion du vernissage par le comédien Ramcy S. Kabuya ont ampli l’espace crée par l’artiste… Toutes ces histoires individuelles semblent se graver dans les papiers peints rouges, toujours inspirés des motifs démultipliés des scarifications, comme traces de chaque existence, ornant cet espace imaginé par l’artiste.
Dans la seconde salle, une trentaine de photographies sont épinglées au mur avec un jeu de superpositions. Sammy Baloji en a ciselé certaines selon les motifs des scarifications. Ce processus de martelage sur papier est une technique très récemment utilisée par l’artiste. Certains clichés zoomés nous plongent dans des cartographies d’épiderme où des espaces faits de creux et de reliefs sont réinventés.

« Les scarifications des communautés autochtones congolaises offrent des témoignages politiques et esthétiques sur le fonctionnement de ces sociétés précoloniales. » conclut Sammy Baloji.
Avec cette exposition personnelle à la Galerie Imane Farès, Sammy Baloji sort du travail de montage et collage photographique récurrent dans sa pratique, il se confronte à d’autres médiums et d’autres techniques dans une cohérence plus globale.

Exposition

  • 802, That is where, as you heard, the elephant danced the malinga. The place where they now grow flowers, 2016 de Sammy Baloji
  • du 14 avril au 30 juillet 2016
  • à la galerie Imane Farès

Vue de l'exposition

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Vue de l’exposition
802, That is where, as you heard, the elephant danced the malinga.
The place where they now grow flowers, 2016
Plafonniers en cuivre, reprenant les motifs de scarification
Papier peint collé sur toile, aux motifs de scarifications
Courtesy de l’artiste et Imane Farès
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Vue de l’exposition
802, That is where, as you heard, the elephant danced the malinga.
The place where they now grow flowers, 2016
Plafonniers en cuivre, reprenant les motifs de scarification
Courtesy de l’artiste et Imane Farès

Voir en ligne : imanefares.com