Tanger, la Fiancée du Nord

/ Romain Carreau

De Tanger, on ne connaît que peu de choses : sa jalouse générosité envers les capteurs d’images devant lesquels elle danse malicieusement depuis des siècles, son esprit retors entortillant écrivains et poètes ou encore son dévoilement parcimonieux face aux analystes méticuleux. Tanger, la grande urbaine résiste à l’enfermement des mots et contrarie avec allure les définitions. Elle est un mouvement, des mouvements ; et pris dans un de ceux-là on la tient, on l’embrasse puis elle file. Peut-être l’avons-nous seulement frôlée.

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© Romain Carreau

Échafaudée, démontée, édifiée, elle ne se laisse néanmoins fabriquer par aucun savoir, c’est en cela que réside son pouvoir. Ecrire Tanger, la photographier n’implique pas de décoder des secrets urbains ancestraux. Saturée de secrets elle l’est, comme nos esprits le sont de récits et d’images mentales qui la racontent. Métropole et village, port, frontière, désert, lieu de transit, mer et océan, trait d’union entre Méditerranée et Atlantique, rencontre de deux continents, enfant du
mariage de l’Orient et de l’Occident, elle tire sur les chaînes de son histoire avec la rage du désespoir.

Faire le récit de cette ville impliquerait donc de faire, de se souvenir, d’accepter toute une généalogie des imaginaires et savoirs qui la disent - constructions mentales sur la ville qui, traversant les jeunes âges, sédimentent les esprits. Confondre ensuite l’histoire afin que pénètre l’inéluctable changement. Et… Tanger apparaît, une fois le dos tourné au détroit et à ses multiples imaginaires. Elle se visibilise. Ruelles ascendantes, descendantes, quartiers résidentiels, banlieues jeunes et déjà avariées, discothèques, coins et recoins où diablotins et diablesses se baratinent, performance des corps-performance des lieux, nouvelles « cités-HLM » qui laissent croire à une résurrection des rêves corbusiens,...

On est dans la ville, bientôt de la ville mais on souffre d’un étrange syndrome : la lisière. À côté tout en étant dedans. Touché avec force, plaqué à une réalité rêvée dont on est aussitôt vidé.
On l’invente et elle nous écrit en spirale sur les marges1. Des marges où se déploient, se rencontrent, s’enchevêtrent les différents univers sociaux bricolant une ville au quotidien. En tension, « nous sommes tous entiers à la surface de nous-mêmes. » (Camus, « La mort dans l’âme » in L’envers et l’endroit.)
Mériam Cheikh, anthropologue

La librairie Le 29 présente 26 images de la série « Tanger, la Fiancée du Nord ». Romain Carreau y livre sa perception de la ville de Tanger, ville cosmopolite, insaisissable et mouvante, porte d’entrée du Maroc.
Ces photographies ont été réalisées au cours de plusieurs séjours à Tanger, entre 2009 et 2011.

Originaire de Bordeaux, Romain Carreau étudie la photographie à Toulouse
au sein de l’ETPA (école de photographie et multimédia) où il obtient le « Grand
Prix » en 2007.
Lauréat du prix « Mark Grosset » 2008, il commence un travail sur la ville de
Tanger. Il présente sa série d’images durant les Promenades photographiques de
Vendôme en 2009. En février 2010, il expose au centre culturel de Bellegarde à
Toulouse.
Né en 1982, Romain Carreau, vit et travaille à Paris.

Tirages noir et blanc argentiques réalisés sur papier baryté par l’auteur.
Encadrements par la Galerie Le 29.
Remerciements de l’auteur à Fujifilm.

Vernissage le 8 septembre 2011 à partir de 19h.

| Exposition

Lieu

Galerie Le 29

La Galerie Le 29 est une galerie de Photographie qui présente une à deux expositions par mois de photographes contemporains à découvrir ou à redécouvrir. Eclectique dans ses choix, la Galerie Le 29 présente des photoreporters, des portraitistes, des humanistes, des photographes de paysages…

Le seul critère pour être présenté : avoir du talent.

INFORMATIONS PRATIQUES

- ADRESSE
29, Rue des Récollets
75010 Paris

- CONTACT
tel. 01 40 36 78 96
galerie@le29.fr

- HORAIRE
ouvert du Mardi au Vendredi de 10h à 20h
et les Samedi et Dimanche de 12h à 19h

Voir en ligne : www.le29.fr