« TJ », 1948 - 2010

/ David Goldblatt

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Elle lui dit : « Toi tu serais le chauffeur et moi je serais la madame », puis ils attrapèrent le pare-chocs et prirent la pose. Hillbrow, 1975 © David Goldblatt Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris

L’acronyme “TJ” (« Transvaal, Johannesburg »), provient de l’ancien système
d’enregistrement des véhicules sud-africains avant l’informatisation. Ces lettres qui désignent la ville et la province dans lesquelles les véhicules étaient enregistrés induisent un sentiment d’appartenance selon David Goldblatt. C’est une manière « intime » pour lui de désigner la ville de Johannesburg, où il vit depuis de nombreuses années et sur laquelle
il ne cesse de travailler. L’époque de TJ est aujourd’hui révolue mais bien des aspects de Johannesburg n’ont pas changé.

Johannesburg est une ville fragmentée avec une histoire complexe et douloureuse. La ville naît en 1886 grâce à la découverte des mines d’or. Dès le début, les blancs qui dirigent les services publics et les compagnies minières mettent en place la ségrégation raciale réduisant les populations noires à l’état de simple main d’oeuvre. En 1948, l’Apartheid est
proclamé, les personnes de couleur sont consignées dans des quartiers dont les noms ne laissent aucun doute sur l’intention de cette mesure, à savoir éloigner ces populations du centre-ville et donc de toute possibilité d’intégration. Pour David Goldblatt, l’un des pires effets de l’Apartheid c’est qu’il a empêché d’appréhender le mode de vie de l’autre. En 1994, Nelson Mandela est élu premier président noir d’Afrique du Sud et célèbre la fin de
l’Apartheid dans son discours d’investiture. La chute de l’Apartheid a entraîné un retour des populations noires et pauvres dans le centre de Johannesburg. Ce sont donc aujourd’hui les populations blanches qui se déplacent vers les banlieues, se protégeant à outrance pour éviter la criminalité, omniprésente dans la ville.

La carrière de David Goldblatt est rythmée par l’histoire tourmentée de son pays natal, l’Afrique du Sud. Il a toujours photographié la ville de Johannesburg, suivant son histoire et son évolution, attentif aux lieux et aux populations. Pendant l’apartheid David Goldblatt photographie « des deux côtés » : les Afrikaners d’abord, puis l’univers des Noirs sudafricains
dans les années 1970. En 2009, il reçoit le Prix HCB. Cette bourse lui a permis de poursuivre son travail sur cette ville aux mille visages, en perpétuel changement. Cette exposition s’attache à traverser la carrière du photographe, depuis ses photos de « l’époque TJ » à ses travaux les plus récents qui explorent les liens entre la criminalité et l’urbanisme.

Le premier étage de l’exposition présente des images de « l’époque de TJ », témoignages en noir et blanc réalisés entre 1948 et 1990. Cette sélection d’une soixantaine de tirages donne à voir des fragments de vie prélevés pendant ces années où les lois se multipliaient pour mettre les personnes de couleur à l’écart, réduisant leurs maisons, leurs commerces à l’état de ruines. David Goldblatt a sans cesse renouvelé son approche dans un même pays,
ce qui est exceptionnel ; utilisant tour à tour différents formats (24x36, 6x6, et la chambre grand format, couleur et noir et blanc). Les tirages sélectionnés sont tous des tirages argentiques d’époque réalisés par David Goldblatt.

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Khaululwa Pali, Kayelitsha, Cape Town, 2010 Série des “ex-offenders” © David Goldblatt Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris

Le deuxième étage rassemble les travaux plus récents de David Goldblatt, réalisés après la chute de l’Apartheid. Dans cette série, Goldblatt s’intéresse aux « ex-offenders », les invitant à retourner sur la scène des crimes qui les ont conduits devant la justice et en les photographiant au même endroit. Sur les murs de la Fondation HCB, sont présentés vingt portraits en noir et blanc d’hommes et de femmes, chacun racontant leur histoire faite de
petits délits, de meurtres, de prison et d’espoir. Espoir de s’en sortir et de pouvoir connaître un avenir meilleur. Je ne crois pas que beaucoup d’entre eux soient fondamentalement mauvais, déclare Goldblatt. Ils en sont venus à faire ce qu’ils ont fait pour diverses raisons. Un contexte familial difficile, un système d’éducation défaillant, la drogue semblent être des facteurs récurrents qui ont influés sur leur comportement criminel.

Parallèlement, la galerie Marian Goodman présentera du 15 janvier au 19 février 2011 une sélection de photographies noir et blanc provenant de la série « TJ » dont une sélection de tirages au platine.
Infos : parisgallery@mariangoodman.com

Exceptionnellement, une rencontre avec David Goldblatt animée par Quentin Bajac aura lieu le 12 janvier, à 19h30 au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. www.mahj.org
Inscription indispensable par mail : reservations@mahj.org

Le catalogue, publié en français par Contrasto regroupe 270 photos de 1948 à 2010, qui donnent une vision d’ensemble de la prolifique carrière de David Goldblatt. 316 pages. Prix de lancement : 39 €.

| Exposition

Lieu

Fondation Henri Cartier Bresson

  • France

Voir en ligne : http://www.henricartierbresson.org