Touba, voyage au cœur d’un islam nègre photographies éric guglielmi -textes tidiane dioh

, par Afrique in visu

Il existe sans doute plusieurs manières d’investir Touba , métropole du temps présent, fondée en l’an 1887. Mais pour comprendre l’originalité de ce coin de terre, hier petite bourgade à peine référencée sur la cartographie du Sénégal , il n’existe qu’une seule entrée : Cheikh Ahmadou Bamba , de son vrai nom Muhammad Ibn Muhammad Ibn Habîb Allah. Il est né dans la localité de Mbacké Baol en 1853. Il est entré en résistance pacifique contre l’occupant colonial dès sa tendre jeunesse. Il déclare que l’islamisme armé, c’est l’ennemi suprême, alors qu’il suffit d’un mot de lui pour que tout s’embrase. Le 21 septembre 1895, voilà que le pouvoir colonial l’expédie, à bord du paquebot Ville de Pernambouc , vers la forêt dense du Gabon, au coeur de l’indomptable végétation d’Afrique centrale. On imagine son univers de réclusion, moite, aquatique, surchauffé, sans doute caillouteux.

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touba © Eric Guglielmi

Pour oublier la rudesse de sa condition et les années de plomb dans la jungle hostile, il dédie tout son être à la contemplation du divin et la prière intense. Il ne renie pas un iota de son idéal. Le prisonnier qu’il est désormais écrit alors des pages de prose, parmi les plus belles qui se puissent trouver dans la littérature de langue arabe. Chez lui comme chez d’autres, l’acte de création est un acte solitaire. C’est pourquoi, chez ce martyr noir au nationalisme ardent, le poète ne se sépare jamais de l’homme d’action. Plus que souvent son corps est empêché mais son cerveau est en activité. Cet islam tolérant, peu connu, peu médiatisé, peut être versifié :

  • Acte d’écrire sans liberté
  • Droit revendiqué à l’insoumission
  • Résistance à la colonisation
  • Rameau d’olivier au bout de la résistance
  • Guerre sainte multiforme, inventive, sans violence
  • Pacifisme résistant
  • Apatridie sans reniement
  • Victoire de la plume sur l’épée

De retour chez lui le 11 novembre 1902, Bamba, fondateur de la confrérie des mourides, fût,de son vivant, idolâtré, adulé, révéré, vénéré, louangé par ses fidèles. Assigné en résidence, contrôlé, craint, épié et respecté par la puissance coloniale à qui le lie qui désormais et pour la vie, une guerre froide.

Il sera à nouveau envoyé en exil en Mauritanie le 20 juin 1903, avant de revenir chez lui quatre années plus tard. Il avait prophétisé que sa bonne cité de Touba deviendra un jour, un centre du monde musulman noir. Depuis sa disparition intervenue le 19 juillet 1927, la vie de la ville qu’il a fondée est comparable à une longue marche où, chaque pas tend à se transformer en sillon de plus en plus profond.

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touba © Eric Guglielmi

Depuis sa mort physique, Bamba, poète émérite, juriste de haut vol, soufi incandescent, littérateur accompli, théologien confirmé, est raconté, célébré, chanté, peint, dessiné et portraituré. De son corps, il ne reste que cette photo célèbre où le saint homme flotte, au sens propre et figuré, dans un boubou blanc immaculé alors qu’un turban de la même couleur lui dévore littéralement la tête et le visage. Plusieurs décennies déjà qu’il s’en est allé, mais à Touba, le passé qui s’ancre dans la continuité, pèse toujours. Touba au passé difficile et à l’avenir prometteur.

Touba, terre de toutes les passions, est à Bamba ce que l’Egypte est au Nil : un don, pour reprendre l’expression d’Hérodote. Sans Bamba, point de Touba. A la fin des fins, deux réalités inséparables s’imposent : celle de l’impressionnante saga d’un homme, qui, en imposant un dogme religieux africain, entre par effraction, puis survole de bout en bout, toute l’histoire du Sénégal. Celle de la ville de Touba, vertigineuse à tout point de vue, qui ne cesse de défier tous les géographes du monde.

Le récit qui court sur soixante pages, ausculte le coeur de Touba, là même où s’est inventée une bonne part de l’islam nègre non violent. Ces photos rares, capturés, prises en otage par la pellicule d’Eric Guglielmi, ces clichés fixés au vol comme lors d’une plongée dans l’inconnu, racontent grâce au verbe incandescent de Tidiane Dioh, l’oeuvre du Cheick, abondante, et de tout premier plan. Mises bout à bout, ces images vives forment un film total.

Pour en savoir plus : www.ericg.fr

Une offre (sous forme de souscription) est proposée jusqu’au 10 mai, au prix exceptionnel de 23 euros (frais de port compris). Plus de détails dans le bulletin de souscription :
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