Un portrait en rouge de Tanger Une interview d’Hicham Gardaf dans le cadre de l’exposition Africa is no island

, par Jeanne Mercier, Madeleine de Colnet

En 2016, Maud Houssais écrivait sur la plateforme un texte très intéressant et documenté (intitulé Le Fond du mur est rouge) sur le travail The Red Square réalisée en 2016 à Tanger par Hicham Gardaf. Ce travail s’est tout de suite imposé dans l’exposition l’ Afrique n’est pas une île au MACAAL. L’auteur, engage un regard plus distant, moins nostalgique qu’il ne l’avait fait auparavant sur le paysage urbain de Tanger. L’installation met ainsi en abyme ce mur rouge éclatant et son voisin gris.
Les carrés colorés sont comme un regard étranger à ces paysages en périphéries qui fleurissent, détails de ce qui n’est pas vu, ne veut être vu. L’art continue à faire voir ce qu’ordinairement nous ne voyons pas.

Tanger est l’un de tes sujets principaux. Peux-tu nous en faire un portrait ?
C’est une ville séculaire, ville frontière qui relie deux mondes, deux mers, un lieu de rencontre et de passages.

C’est ta série « The Red Square » que nous exposons ici. Un projet qui a été mené lors d’une résidence dans le cadre du projet Think Tanger. Peux-tu nous raconter comment est né ce projet et pourquoi il prend la forme d’une installation ?
La ville de Tanger a récemment connu une grande transformation au niveau de sa baie et de son vieux port. Les anciens bars et discothèques ont été démolis et le port s’est transformé en marina. Ce n’est pas tout, d’autres changements se sont produits au niveau de la périphérie : chaque jour un nouveau bâtiment sortait de terre et contribuait à la formation d’un nouveau paysage (méconnu) de la ville du détroit. Fin 2013, j’ai commencé à documenter les premiers travaux au niveau de la baie et j’ai continué ce travail en allant vers les bords de la ville où la frontière entre l’espace rural et l’espace urbain n’était pas encore marquée. The Red Square évoque ce changement et reflète le paysage en cours de mutation. Quand j’ai été invité en résidence par Think Tanger, je voulais à la fois contextualiser ces images (abstraites) de façades rouges et sortir du cadre conventionnel de la galerie en allant à la rencontre d’un public « non exclusif » pour reprendre l’expression de Thomas Hirschhorn (« a non-exclusive audience »).
The Red Square invite à prendre une certaine distance par rapport à ce qui constitue ces paysages urbains et à la façon dont on doit les regarder habituellement, là où les séries Café et Tangier Diaries révélaient à la fois pudeur et intimité avec une esthétique de l’extimité pour reprendre les termes de Yvon Langue dans son texte Extimacy.

Ces grands pans de mur ne sont pas sans rappeler les trois pièces de Faouzi Laatiris : Façades. Est-ce que ce travail t’a nourri ?
Je ne connaissais pas le travail de Faouzi Laatiris avant d’avoir réalisé mon projet. Par contre deux œuvres ont contribué de manière cruciale à mes réflexions : Related I (red), 1943 de Josef Albers (rappelant les façades des immeubles rouges) et Untitled 1965-1971 (Mirorred Cubes) de Robert Morris.

Les questions autour et sur la/les Modernités dans l’art comme le démontre Maud Houssais dans le texte « Le Fond du mur est rouge » et comme l’évoque ton titre sont-elles au cœur de cette série et par quel aspect de la modernité as-tu été intéressé ?

La modernité dans l’art se caractérise par le rejet des styles du passé ; en insistant sur l’innovation et l’expérimentation dans les formes, les matériaux et les techniques afin de créer des œuvres reflétant mieux la société moderne. Je voyais The Red Square comme une expérimentation suggérant une autre lecture du paysage urbain de la ville et qui défie la façon « classique » de montrer les photographies.

Actuellement, tu réalises un travail en noir et blanc. Pourtant c’est ton travail autour de la couleur qui est l’une des clefs de lecture de ton travail. Pourquoi cette envie ?
Je pense que mon choix entre la couleur et le noir et blanc est jusqu’à présent un choix esthétique. Quand je travaille en série, je veux garder une cohérence visuelle. Pour mon travail en cours j’ai choisis de photographier principalement en noir et blanc car je m’intéresse principalement à la forme des structures que je photographie. Je pense que la couleur rajoute une couche d’émotion à l’image, tandis que son absence permet une lecture directe de l’objet/sujet photographié.

Quels sont tes prochains projets ?
Je prépare une exposition en collaboration avec l’institut français de Tanger qui aura lieu en avril à la galerie Delacroix.
Après l’exposition à la galerie Delacroix, je participerai à une résidence d’artiste avec le collectif Mint Works qui aura lieu à l’espace Guest Projects à Londres en fin d’année.

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© Baptiste de Ville d’Avray / Afrique in visu
Vue de l’installation de la série « The Red Square » d’Hicham Gardaf présente dans l’exposition « Africa is no island » au MACAAL du 27 février au 24 août 2018 à Marrakech.
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© Hicham Gardaf
Série « The Red Square »
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© Hicham Gardaf
Série « The Red Square »
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© Hicham Gardaf
Série « The Red Square »
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© Hicham Gardaf
Untitled#11, Tangier 2017
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© Hicham Gardaf
Untitled#02, Tangier 2017

Voir en ligne : www.hichamgardaf.com