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Une Afrique fantôme : entre vestiges et modernité, Sammy Baloji

interview de Sammy Baloji

lundi 11 février 2008, par Afrique in visu

Né en 1978, Sammy Baloji vit et travaille à Lubumbashi (RDC).
Il s’intéresse depuis trois ans à l’architecture comme trace, réalisant des reportages sur l’héritage culturel, industriel et architectural de sa région, le Katanga (Vues de Likasi, Gécamines).
Présenté en novembre 2007 lors des 7èmes Rencontres Africaines de la Photographie, il reçoit le prix Afrique en creation et le prix de l’image.
Place à la vision décalé de ce jeune talent.

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Se-rie Me-moire (2006), Sans titre (1) 60X148,03 cm © Sammy Baloji

Sammy, pour mieux comprendre le contexte culturel du Congo Kinshasa, peux tu nous expliquer comment en es tu venu à la photographie et la vidéo ? Y-a-t-il une université ou une école de photo à Lubumbashi, ta ville d’origine ou à Kinshasa, la capitale ?
C’est en 1998 que je me suis intéressé à la photographie. J’avais réussi à emprunter un appareil photo à mon beau-frère. La bande dessinée est le premier mobile qui m’a poussé à la photo. Reproduire dans mes planches de bédés ce que j’ai photographié comme paysages, constructions…
Après, j’ai fait de l’alimentaire pendant une année environ. Je me suis vite lassé.
C’est à l’université, deux ans après, que je me suis à nouveau intéressé à la photo. Je venais de rencontrer Wa Kazadi Sikasso, un plasticien Lushois et plus tard Simon Mukunday qui m’ont initié au labo et à la photo artistique.
Il existe bien des cours de photo à l’Institut des Beaux-Arts de Lubumbashi ainsi qu’à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa.

Ton travail, exposé lors de Photoquai ou la Biennale de Bamako, présente une réflexion autour de la mémoire et autour des vestiges de la colonisation. Pourquoi t’es tu intéressé à ce sujet ?
Mes précédents travaux traitaient de l’architecture coloniale. En quelque sorte, ces travaux avaient un lien direct avec le passé colonial. Un passé qui a amené à l’existence les villes de la province du Katanga. Ces villes s’étaient construites autour des mines. Les mines ne se détachent donc pas de l’histoire du Katanga. C’est toute la base de mon questionnement sur le quotidien du congolais. Les traces d’un passé proche, un passé présent.

Tes photographies ne sont pas de simples prises de vues mais des photomontages alliant images contemporaines et images d’archives. Réinventes tu un style documentaire avec ce procédé ?
C’est vrai que mon travail ou du moins les images que j’utilise dans la série tirent leur origine du réel. Bien qu’elles appartiennent à des périodes différentes, elles parlent de la même réalité. La destruction.
Les conditions d’enrôlement ne sont pas autant différentes des conditions dans lesquelles se retrouvent aujourd’hui les usines qui ont vu ces ouvriers croupirent sous le joug du colon.
Superposer le passé au présent relève plus de la volonté de dénoncer les abus qui existaient et existent encore.
Je ne pense pas avoir réinventé un style, mais plutôt, je pense avoir cherché à m’exprimer.

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Se-rie Me-moire (2006), Sans titre (20) 60X146,74 cm © Sammy Baloji

Comment considères-tu ton travail ? Comme un travail documentaire ? artistique ? de reportage ?
Heu… Je ne suis pas en mesure de répondre correctement à cette question. Pour deux raisons :
- Je pense qu’il y a une part de chaque élément précité dans les travaux que j’ai eu à faire jusqu’aujourd’hui.
- Je n’aimerais pas limiter mon champ d’action, car j’estime que j’ai encore beaucoup à apprendre et à partager.

En 2006-2007, tu as été très présent sur la scène internationale de la photo, on a pu découvrir ton travail à Bruxelles, au Tarmac à la Villette, lors de PhotoQuai à Paris puis en novembre-décembre lors de la 7ème Biennale de Bamako où tu as été lauréat de deux prix : un prix par la Fondation Blachère et le prix Afrique en création. Il y a une réelle reconnaissance de ton travail photographique, comment en-es tu arrivé là ?
Par miracle !!!!! (Je rigole).
N’empêche, je suis très heureux que cela se soit réalisé.
Pour ne parler que du Katanga, c’est une province qui est restée longtemps enclavée. Ceci par rapport à sa situation géographique et à son passé dictatorial. Son histoire est restée longtemps méconnue. Pourtant, le Katanga a joué un rôle important dans l’avènement des indépendances en Afrique.
Je pense que le travail que j’ai eu à abattre sur la mémoire du Katanga a interpellé plus d’une personne. Après, les choses sont allées trop vites.

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Se-rie Me-moire (2006), Sans titre (21) 60X129, 67 cm © Sammy Baloji

Tu as aussi réalisé un film avec le chorégraphe Faustin Linyekula, “mémoire”, t’intéresses-tu aussi à la vidéo ou au cinéma ?
J’aime bien le cinéma. Mais, au stade où j’en suis, la vidéo me procure plus de liberté d’expression que le cinéma. J’ai plus envie d’explorer la vidéo.

A Lubumbashi, je crois que vous souhaitez mettre en place un festival photographique en 2008. Est-ce un collectif local qui l’organise ? Et que présentera-t-il ?
Oui. Il s’agit des Rencontres de l’image de Lubumbashi, PICHA ! (image en swahili)
Je vous envoie le projet en pièce jointe. Il est plus détaillé que ne le seraient mes propos.

As-tu pensé à diffuser ton travail grâce aux nouveaux medias tels que les blogs, les banques d’images, les galeries virtuelles ?
J’y pense… j’y pense… Mais il est question de trouver un webmaster pour monter un site. Cela se fera bientôt.

Quels sont tes projets futurs ?
Pour l’instant, je suis plongé dans ces Rencontres de vidéo et photo qui vont se dérouler à Lubumbashi au mois de juin avec le collectif Vicanos-Club. Après, je vais poursuivre le projet sur l’Avenida Vladimir Lenine de Maputo. C’est une avenue qui relate l’évolution de la ville de Maputo.

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Se-rie Vues de Likasi (2005), De la mine de-but © Sammy Baloji

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Vos commentaires

  • Le 28 janvier 2011 à 10:32, par Sam NDAYA En réponse à : Une Afrique fantôme : entre vestiges et modernité, Sammy Baloji

    De coeur avec l’artiste réalisateur Sammy B. je profite m’adresse aux lecteurs de tirer grandes attentions sur les oeuvres congolaises particulièrement lushoises parce qu’elles parlent plus que les peuples qui les conçoivent. Amateur réalisateur vidéo depuis deux ans je me suis rendu compte que le travail cinématographique développe mieux l’Etat et civilise ses consommateurs fidèles, fort malheureusement pour nous population congolaise qui jour et nuit le manque des infrastructures cinématographiques pose grand défit et marque la mauvaise gestion des nos institutions. Cependant avons cette bonne volonté de développer notre héritage en défaillance totale, instant et plaidant une aide aux volontiers étranger à nous tenir en main pour l’avancement culturel de ce pays et surtout pour nous qui avons le souci de faire les études cinématographiques que ces gens ne nous oublient pas, nous leurs serons toujours reconnaissants... Né à Luanda en 1989, actuellement Réalisateur Indépendant du Cinéma semi-professionnel

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