Walter Astrada : coup d’Etat à Madagascar Visa pour l’Image (2/3)

, par Jean Berry

Avant d’évoquer le travail de Pascal Maître sur la Somalie, un sujet au long cours collecté au fil de plusieurs voyages ces sept dernières années, retour avec Walter Astrada (AFP) sur une année de reportages très chauds : les élections et violences au Kenya début 2008, avec des photos primées par le World Press Photo, le conflit du nord-Kivu en RDC en octobre, puis en février les premiers affrontements du coup d’Etat d’Andry Rajoelina à Madagascar – quinze jours dont sont tirées les images de l’exposition de Perpignan. Interview.

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portrait Walter Astrada © Walter Astrada

Vous êtes Argentin mais vous avez beaucoup couvert l’Afrique récemment...
Ca fait dix ans que j’ai quitté l’Argentine, j’ai vécu dans différents pays, et depuis un an et demi je suis en partie basé en Ouganda d’où je couvre l’Afrique de l’Est... Disons que je vis entre l’Espagne et l’Ouganda. Je ne pense pas y retourner pendant six mois, puisque je pars pour un projet en Inde, jusqu’à février prochain environ. Mais je retournerai ensuite dans cette région d’Afrique de l’Est qui devrait être intéressante l’an prochain, avec de nombreuses élections.

En un peu plus d’un an vous avez couvert des situations difficiles au Kenya, en RDC puis à Madagascar...
Oui, je suis arrivé au Kenya en janvier 2008 à la suite des élections. L’opposition affirmait qu’elles avaient été truquées, il y avait de plus en plus d’affrontements interethniques. Certaines de ces photos ont été primées par le World Press Photo. Un peu plus tard je travaillais dans le Nord de l’Ouganda quand les combats d’octobre dernier entre le CNDP et l’armée ont éclaté. J’avais demandé un visa pour le Congo pour un projet personnel, et j’étais l’un des seuls à en avoir un à ce moment-là. J’ai couvert cette crise pendant un mois et demi. La situation était dramatique pour les habitants, parce que les attaques du CNDP les poussaient à la fuite, mais il n’y avait personne pour les protéger, pas même l’armée congolaise, qui était parfois responsables de meurtres.

En février, vous êtes arrivés à Madagascar juste avant la première tentative de coup d’Etat d’Andry Rajoelina...
La pression est montée en janvier jusqu’à la journée du 26, quand des biens du présidents Ravalomanana et une radio nationale notamment ont été incendiés. C’est là qu’on m’a envoyé sur place, mais le trajet m’a pris presque une semaine. Après deux premiers jours assez calme, où des agences et correspondants ont quitté la ville, on se demandait si la situation n’allait pas se calmer, mais Andry Rajoelina a pris la tête d’une « haute autorité de transition » et le samedi 7 février, une manifestation se dirigeait vers le palais présidentiel. Il y avait des discussions avec la police à l’approche du palais, et un délégué des opposants était reçu à la présidence. C’est là que la garde présidentielle a ouvert le feu sur les manifestants.

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© Walter Astrada / Agence France-Presse # 019 Deux partisans d’Andry Rajoelina, maire d’Antananarivo, se tenant derrière une benne, à l’abri des tirs de gaz lacrymogène des forces de l’ordre. Antananarivo, 16 février 2009.

Vous racontez qu’il y a en fait eu plusieurs salves de tir...
C’est ce qui est important et dramatique au sujet de cette histoire. Il y a eu de premiers tirs pendant environ 40 secondes, qui ont tué et blessé nombre d’opposants, puis cinq minutes de répit pendant lesquels tout le monde s’est précipité pour leur porter secours et recouvrir les corps. C’est là qu’est intervenu la deuxième salve. On peut en déduire que ce n’était pas une erreur, qu’ils ont délibérément essayé de tuer beaucoup de gens : les premiers tirs auraient pu être une erreur, mais la deuxième salve ne trompe pas. En fait ces tirs n’ont fait que redonner plus de vigueur à l’opposition.
Quant aux deux images publiées ici, elles datent de quelques jours plus tard...
Oui, de mon dernier jour de travail là-bas en fait. Après la manifestation meurtrière j’ai couvert des funérailles qui rassemblaient beaucoup de monde... Il y avait d’autres manifestations, parfois grosses, mais qui ne tournaient pas forcément à l’affrontement. Sauf ce jour-là, quand deux manifestations des deux camps – pro et anti-gouvernemental – avaient lieu en même temps. A un moment donné elles se sont retrouvées trop proches l’une de l’autre, la police est arrivée et a essayé de les séparer, et des affrontements ont une nouvelle fois suivi.

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© Walter Astrada / Agence France-Presse # 033 Partisans d’Andry Rajoelina, maire d’Antananarivo, fuyant les tirs de gaz lacrymogène, après une confrontation entre manifestants et forces de l’ordre. 16 février 2009.