25 ans de rencontres photographiques Sentir le coeur de l’Afrique battre à Bamako

, par Maï-Do Hamisultane-Lahlou

La Biennale de Bamako a soufflé ses 25 bougies et pour son quart de siècle près de 85 artistes d’Afrique et de sa diaspora ont afflué sur un même thème : Courant de conscience, la concaténation des imaginaires.
Si elle s’est imposée comme un événement incontournable de la scène artistique mondiale, c’est autant pour les travaux présentés que pour les rencontres qui, au-delà du temps de la biennale, se poursuivent en relations professionnelles, collaborations artistiques, amitiés.
C’est pourquoi, j’ai choisi de vous raconter 5 temps forts des Rencontres de la première semaine de la Biennale.

La projection de Bamako à L’Est par Françoise Huguier

Françoise Huguier, initiatrice et fondatrice de La Biennale, s’est donnée pour mission d’immortaliser les archives de maliens ayant fait leurs études en Ex-URSS.
Pour cela, elle a fait appel aux photographes Seydou Camara, Fototala King Massassy, Moussa Kalapo, Seyba Keita, Kany Sissoko, Fatoumata Traore.
Dans la salle, l’émotion est au rendez-vous. Souleymane Cissé, réalisateur du film primé à Cannes Yeelen, applaudit devant les yeux de sa fille émue d’avoir découvert son père sous l’angle photographique de Seydou Camara.

L’exposition Musow Ka Touma Sera (C’est l’ère des femmes ) au Lycée de jeunes filles

Fatouma Bocoum, commissaire de l’exposition, a réuni 6 artistes maliennes originaires des quatre coins du pays. Elles examinent ensemble la sutura, norme culturelle tacite qui prépare psychologiquement les femmes et les filles à dissimuler, à pardonner et à supporter leurs souffrances.
Lors du vernissage, les jeunes filles du Lycée se sont confrontées avec humour à une triste réalité mise en espace de façon aérienne, avec l’art une façon de résister à la condition féminine qui contraste avec leur indépendance d’esprit.
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La projection de courts-métrages en plein air dans le quartier de la Médina-Coura.

Seydou Camara, directeur général du Off de la Biennale, a donné carte blanche à l’artiste marocain Mohamed Thara. Celui-ci a choisi de venir à la rencontre du public malien en installant un cinéma " de fortune " dans une rue de la Médina-Coura.
As Long As I Can Hold My Breath de Mohamed Thara 2017, Ales de Faiçal Ben 2018, Creatruction de Simohammed Fettaka 2010 ont été projetés.
Le premier mêle avec une poésie infinie images d’archives de périples de migrants et captation filmée, avec un téléphone portable, de la migration des oiseaux en hiver

Club Africa

Avec son entrée gardée par deux statues gigantesques d’oryx sculptés dans le bois, on a le sentiment de pénétrer dans un de ces lieux interdits "au temps des répressions", tant le Club Africa, situé dans un quartier hors des sentiers battus, est inattendu et contraste avec une certaine actualité.
A l’intérieur, toute la biennale s’y rejoint et les chanteurs se succèdent sur la scène musicale qui atteint son apothéose avec King Massassy. Ce photographe star de cette biennale, dont le poing bagué de la série photo déjà culte "Anyway" est l’affiche phare de ces Rencontres, est aussi une figure de proue du hip-hop malien.
Durant une de ces tournée aux États-Unis, il a rencontré Rosa Parks : " Une des mains d’Anyway" , est la sienne" !

AFFICHE BKO 2019

La visite du Studio de Malick Sidibé avec Igo Diarra

La nomination du galeriste et éditeur Lassana Igo Diarra, en tant que délégué général, marque un tournant décisif de l’histoire de la Biennale. En effet, la direction est désormais exclusivement malienne, l’Institut français étant partenaire et non plus co-producteur.
Dans le studio de Malick Sidibé, entouré des trois fils de l’iconique photographe malien, Igo Diarra confie aux membres de la délégation l’accompagnant, l’importance pour lui de venir à ce moment des Rencontres Photographiques dans ce lieu.
Il est venu se recueillir ici quand il a appris la nouvelle mission qui lui incombait, et a demandé aux photographes et écrivains maliens de l’y rejoindre pour un thé, pour les écouter et faire de cette biennale, la leur, la réalité d’un rêve collectif.
Montrant fièrement à l’assemblée le livre édité de la Biennale, il remercie Mobi et Karim Sidibé ainsi qu’Amadou Baba Cissé, fils de coeur de Malick Sidibé.
Karim Sidibé précise : " Pour Malick, les photographes sont des écrivains. Leurs écrits sont vrais. Quand on écrit, on peut imaginer quelque chose. Le lecteur ne fait que lire ce qu’il voit par écrit. L’image est un écrit à l’époque. Il y en a beaucoup qui ont dit que les Africains logeaient dans les grottes, grimpaient aux branches des arbres et s’habillaient de peau de bête. La photo a la force de l’image qui l’écrit. L’écrivain peut imaginer quelque chose alors qu’il n’a pas exploré le lieu. Il peut rajouter quelques phrases au livre alors que si c’est l’image rien à dire."
Nous rejoignons tous Igo Diarra sur le plateau au mythique fond rayé noire et blanc.
Karim se place, lui, derrière l’objectif :
 Un, deux, trois.
Flash.
Yoann Quëland de Saint-Pern, artiste de la pièce Orchestre Vide, lance non innocemment :
 Et si on prenait exactement la même, mais de dos !
Tout le monde se retourne :
 Un, deux, trois.
Et le flash part en image sur ces Rencontres Photographiques dont les pages n’ont de cesse de s’écrire !