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	<title>Julia Sestier, auteur/autrice sur Afrique In Visu</title>
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	<description>Plateforme autour du métier de photographe en Afrique depuis 2006</description>
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	<title>Julia Sestier, auteur/autrice sur Afrique In Visu</title>
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		<title>Issouf Sanogo : Sans les freins, le chemin de fer infernal de la crise ivoirienne</title>
		<link>https://www.afriqueinvisu.org/issouf-sanogo-sans-les-freins-le652/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julia Sestier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Sep 2011 07:42:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignage]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Photographe de l’Agence France Presse à Abidjan, il connaît mieux que quiconque le terrain de la crise ivoirienne. Depuis le coup d’État de Guéï en 1999 jusqu’à l’investiture d’Alassane Ouattara: une trentaine de photographies retracent dix ans d’histoire en Côte d’Ivoire. C’est le voyage fulgurant dans lequel l’exposition d’Issouf Sanogo à Visa pour l’Image nous embarque. Issouf Sanogo, vous êtes un peu un mystère. Tous ceux qui ont suivi l’actualité ivoirienne, notamment depuis les élections qui confrontaient Laurent Gbabo et Alassane Ouattara, connaissent bien les photographies que vous avez produites pour l’AFP et qui ont été publiées jour après jour</p>
<p>L’article <a href="https://www.afriqueinvisu.org/issouf-sanogo-sans-les-freins-le652/">Issouf Sanogo : Sans les freins, le chemin de fer infernal de la crise ivoirienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.afriqueinvisu.org">Afrique In Visu</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Photographe de <a href="http://www.afp.com/afpcom/fr/">l’Agence France Presse</a> à Abidjan, il connaît mieux que quiconque le terrain de la crise ivoirienne. Depuis le coup d’État de Guéï en 1999 jusqu’à l’investiture d’Alassane Ouattara: une trentaine de photographies retracent dix ans d’histoire en Côte d’Ivoire. C’est le voyage fulgurant dans lequel l’exposition d’<strong>Issouf Sanogo</strong> à <a href="http://www.visapourlimage.com/index.do;jsessionid=2FC3CF13D7CBB10423EA9B2A5921522F">Visa pour l’Image</a> nous embarque.</p>
<p><strong>Issouf Sanogo, vous êtes un peu un mystère. Tous ceux qui ont suivi l’actualité ivoirienne, notamment depuis <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection_pr%C3%A9sidentielle_ivoirienne_de_2010"> les élections qui confrontaient Laurent Gbabo et Alassane Ouattara</a>,  connaissent bien les photographies que vous avez produites pour l’AFP et qui ont été publiées jour après jour dans de nombreux médias internationaux. Mais finalement on sait très peu de chose sur vous. Parlez-nous un peu de vous, de votre vie…</strong><br />
<br />Je suis né à Agboville à environ 80 km au Sud d’Abidjan, le 18 février 1964. Je suis marié, j’ai cinq enfants, la plus âgée est née en 1986 et la dernière a 3 ans et demi, mais vraiment c’est la dernière !<br />
<br />J’ai commencé la photographie très jeune, en 1980, avec un indépendant qui avait un studio. En Côte d’Ivoire, l’Institut des Arts a un département photographique, mais à l’époque ils n’avaient ni les moyens ni l’équipement. Mes premiers pas dans la presse remontent à 1983-1984 avec Fraternité Matin, le quotidien gouvernemental qui, dans ces années-là, était le seul journal du pays. Ils avaient des correspondants dans tous les départements. J’ai débuté avec le correspondant d’Agboville: on faisait des petits reportages. <figure id="attachment_2234" aria-describedby="caption-attachment-2234" style="width: 350px" class="wp-caption alignright"><img fetchpriority="high" decoding="async" class=" alignright size-full wp-image-2234" src="https://preprod.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/000_app2003012722702aiv.jpg" alt="Manifestant anti-français le 27 janvier 2003 devant le 43 BIMA, le camp l'armée française à Abidjan. © Issouf Sanogo" title="Manifestant anti-français le 27 janvier 2003 devant le 43 BIMA, le camp l'armée française à Abidjan. © Issouf Sanogo" class="caption" align="right" width="350" height="516" srcset="https://www.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/000_app2003012722702aiv.jpg 350w, https://www.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/000_app2003012722702aiv-203x300.jpg 203w" sizes="(max-width: 350px) 100vw, 350px" /><figcaption id="caption-attachment-2234" class="wp-caption-text">Manifestant anti-français le 27 janvier 2003 devant le 43 BIMA, le camp l&rsquo;armée française à Abidjan. © Issouf Sanogo</figcaption></figure>En 1986, le groupe a créé un journal du soir, Ivoire Soir, et je suis devenu l’un des deux photographes attitrés. Ça  représentait beaucoup de boulot, tous les jours à plein-temps pendant un an et demi. Puis j’ai quitté Ivoire Soir pour le magazine Voix d’Afrique, qui devait  concurrencer l’hebdomadaire Jeune Afrique.  C’est après avoir vu mon travail pour ce magazine que l’AFP m’a contacté. En 1989, il y a eu un soulèvement militaire en Côte d’Ivoire. C’était à l’époque du premier président Houphouët-Boigny. Il était alors très puissant et contrôlait tout,  c’était la première fois qu’un tel soulèvement eut lieu en Côte d’Ivoire. Je suis sorti dans la rue, et là j’ai photographié ce que je voyais, et le magazine en a fait une double page. Dans ces années-là, il y avait des photographes africains, mais beaucoup ne voulaient pas prendre de risques. C’est pour ça qu’ils m’ont contacté. Et c’est comme ça que tout a commencé avec l’AFP. J’ai fait ma première pige pour eux en décembre 1990, et depuis c’est une  histoire qui continue! Depuis 2008, je suis responsable régional pour l’Afrique de l’Ouest et une partie de l’Afrique Centrale.</p>
<p><strong>L’exposition que vous présentez à Visa pour l’Image, au Couvent des Minimes, est une sélection des photographies que vous aviez réalisées pour l’AFP en Côte d’Ivoire entre 1999, du Coup d’État de Guéï, et mai 2011, jour de l’investiture d’Alassane Ouattara. En regardant cette chronologie ultra-condensée de plus de dix ans d’actualité ivoirienne on a l’impression que le désordre et la violence n’ont jamais vraiment cessé pendant toutes ces années&#8230;</strong><br />
<br />Oui, malheureusement ça a été comme ça pendant dix ans. L’exposition présente des images d’actualité sélectionnées par l&rsquo;équipe du Festival. Je n’ai pas travaillé dans la perspective d’une exposition. C’est Visa pour l’Image et le service communication de l’AFP qui ont décidé d’organiser une exposition sur mon travail sur ces dix ans de crise ivoirienne. Je n’ai pas participé au choix des photographies . Dans l’ensemble, elles retracent assez bien ces dix années de crise, mais certaines n’ont pas pu être incluses car elles étaient trop violentes pour une exposition que des familles vont voir. Je ne suis pas mécontent du choix qui a été fait et surtout je suis très  heureux d’être là.</p>
<p><strong>Est-ce un avantage d’être un Ivoirien sur le terrain, ou est-ce qu’au contraire cela vous a créé des difficultés ? Quelle a été votre liberté pour travailler sur le terrain ?</strong><br />
<br />Par moments, cela a été un atout. La Côte d’Ivoire c’est un petit pays, nous nous connaissons tous. En plus cela fait longtemps que je suis dans la presse et je connais pas mal de monde. Ca a été un atout parce que même  dans les moments un peu chauds je peux me fondre dans la foule, tant que je ne sors pas le boîtier on peut me confondre avec les autres. Et puis, j’ai de l’expérience aussi, je ne sors pas directement mon boîtier, il faut observer, évaluer le danger. Mais très souvent les gens ont besoin de nous, ils ont des meetings, organisent des manifestations, ils ont besoin de la presse. Même les fervents supporters de l’ancien président Laurent Gbagbo ont eu besoin de la presse pour leurs rassemblements. Ils envoyaient leur service d’ordre chercher les journalistes qu’ils encadraient et protégeaient ensuite dans les moments vraiment tendus. Tout le monde a besoin de la presse!</p>
<p><strong>Et les manifestants de la rue ont aussi besoin de vous ?</strong><br />
<br />Dans la rue ils n’ont pas vraiment besoin de nous. Mais quand on est  sur place on essaie d’expliquer à ces gens que s’ils manifestent c’est pour une cause et que, s’il n’y a pas la presse pour relayer cette cause, ils ne seront pas entendus. Et ils finissent par comprendre que c’est dans leur intérêt d’accepter le journaliste et que le journaliste ne vient pas faire des images qui vont servir à la police pour arrêter des gens ou quoi que ce soit. (…) Si je fais une photographie qui peut nuire à quelqu’un, je ne la publie pas.</p>
<p><figure id="attachment_2235" aria-describedby="caption-attachment-2235" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class=" aligncenter size-full wp-image-2235" src="https://preprod.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/8_cote_divoire_4_aiv.jpg" alt="des supporters du président Alassane Ouattara proteste contre la confiscation du pouvoir par le président sortant Laurent Gbagbo le 19 février 2011 dans quartier d'Abobo.  © Issouf Sanogo" title="des supporters du président Alassane Ouattara proteste contre la confiscation du pouvoir par le président sortant Laurent Gbagbo le 19 février 2011 dans quartier d'Abobo.  © Issouf Sanogo" class="caption" align="center" width="800" height="532" srcset="https://www.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/8_cote_divoire_4_aiv.jpg 800w, https://www.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/8_cote_divoire_4_aiv-300x200.jpg 300w, https://www.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/8_cote_divoire_4_aiv-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-2235" class="wp-caption-text">des supporters du président Alassane Ouattara proteste contre la confiscation du pouvoir par le président sortant Laurent Gbagbo le 19 février 2011 dans quartier d&rsquo;Abobo.  © Issouf Sanogo</figcaption></figure><br />
<strong>Certaines de vos photographies, notamment celles qui ont eu beaucoup de succès auprès des médias occidentaux, ont été prises à des moments où, dans les rues d’Abidjan, la tension était à son comble. Je pense notamment à des photographies prises au  grand angle, très proche des manifestants.</strong><br />
J’essaye toujours de me rapprocher car la meilleure photographie c’est vraiment quand on est juste à côté ! Par exemple celle de Laurent Gbagbo, présente dans l’exposition, celle où il tire la langue: j’étais vraiment à un mètre !</p>
<p><strong>Vous avez documenté, pendant plus d’une décennie, l’enfoncement de la Côte d’Ivoire dans la crise, le déclin de son économie, la souffrance des populations civiles. En tant qu’Ivoirien, qu’avez-vous ressenti ? Est-ce qu’il y a un événement, une situation, qui a été particulièrement marquante pour vous ?</strong><br />
<br />Oui, dans les derniers jours, quand je voyais de chez moi, tous les matins,   des hommes et femmes fuir  la commune d’Abobo. Jour après jour, je voyais les mamans, les enfants avec leurs bagages sur la tête, à pied, sous la pluie. Plusieurs fois, je les ai pris dans ma voiture pour les déposer un peu plus loin. J’ai ressenti ça avec le cœur et les tripes… Ce sont les politiques qui nous ont amenés jusque-là, jusqu’à ces extrêmes-là; ce sont des choses que l’on aurait pu éviter. On espérait que cette élection présidentielle allait nous sortir définitivement de la crise. ça a été une grande déception. J’ai couvert d’autres crises, au Liberia, en Sierra Leone, au Congo, au Tchad, mais quand ça se passe à la maison, c’est plus difficile. Je ne m’arrêtais pas de travailler. C’était une page de l’histoire de mon pays qui s’écrivait, il fallait que je sois là. Les images restent. Sans images, on oublie. Dans vingt ans, cinquante ans, nos enfants, nos petits-enfants verrons qu’un jour, il y a eu cette situation dans le pays. Il faut toujours partir du passé pour construire le présent et le futur.</p>
<p><strong>On sait, et vos photographies le montrent très bien, que les civils ont beaucoup souffert durant ces années de crises. Chaque famille ivoirienne a été touchée d’une manière ou d’une autre. Beaucoup de civils se sont même directement impliqués dans le conflit. Les Ivoiriens ont dû choisir leur camp. Comment vous êtes-vous positionné en tant que citoyen ivoirien et en tant que journaliste documentant cette situation ? Avez-vous dû choisir un camp ?</strong><br />
<figure id="attachment_2236" aria-describedby="caption-attachment-2236" style="width: 350px" class="wp-caption alignright"><img decoding="async" class=" alignright size-full wp-image-2236" src="https://preprod.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/000_app2000102673713aiv.jpg" alt="Manifestation de rue en octobre 2000 à Abidjan. © Issouf Sanogo" title="Manifestation de rue en octobre 2000 à Abidjan. © Issouf Sanogo" class="caption" align="right" width="350" height="525" srcset="https://www.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/000_app2000102673713aiv.jpg 350w, https://www.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/000_app2000102673713aiv-200x300.jpg 200w" sizes="(max-width: 350px) 100vw, 350px" /><figcaption id="caption-attachment-2236" class="wp-caption-text">Manifestation de rue en octobre 2000 à Abidjan. © Issouf Sanogo</figcaption></figure>_ A un moment donné, effectivement c’était des positions vraiment tranchées, chacun avait rejoint l’un des deux camps (Gbagbo ou Ouattara). Moi je suis Ivoirien, j’ai mon opinion, mais quand je vais travailler, je fais mon boulot de journaliste. Jusqu’au dernier moment, j’ai travaillé dans les deux camps. Il y a eu des endroits très dangereux où je ne pouvais pas me rendre, notamment dans le quartier de Yopougon, le quartier pro Gbagbo, mais ce n’était pas un choix. Ils avaient appelé les jeunes à contrôler les quartiers et du coup, ils érigeaient des barrages, ils faisaient des contrôles d’identité… Il y a eu des personnes qui ont été brûlées vives dans ce quartier, parce qu’elles étaient soupçonnées d’être des rebelles, parce qu’elles n’habitaient pas le quartier. Par contre, à Abobo, d’où tout est parti, même au moment où personne ne voulait y aller, nous, on y allait. Au début, c’était difficile. On se présente, on explique aux gens, on discute. À la fin, les jeunes nous escortaient. Il y a toujours des jeunes qui nous accompagnent. Ils nous appellent pour nous donner des informations, ou quand la police tire sur des gens.</p>
<p><strong>Cette série de « news » réalisée jour après jour pour l’AFP rend finalement assez bien compte de la durée et de la complexité de la situation en Côte d’Ivoire. Au quotidien, sur le terrain, aviez-vous conscience d’être en train de réaliser un tel document ?</strong><br />
<br />Sur le terrain, je n’en avais pas conscience, c’était mon boulot de tous les jours pour l’Agence. Mais avec le recul, je réalise aussi que je participe à l&rsquo;écriture de l’histoire. Je pensai faire une exposition, mais pas maintenant, plutôt quand les choses se seraient normalisées. Une exposition qui reviendrait sur les événements de 1990 jusqu’à 2011. J’ai pas mal de documents des années 1990. À l’époque, Laurent Gbagbo était l’opposant historique, c’était des grands rassemblements, j’ai tout en images. Si Dieu me garde, dans quelques années je ferai une exposition en Côte d’Ivoire, sur le processus démocratique.</p>
<p><strong>Avez-vous eu envie de réaliser des reportages documentaires à plus long terme, ou est-ce vraiment l’actualité brûlante qui vous passionne ?</strong><br />
<br />Mon travail à l’AFP me prend beaucoup de temps, encore plus maintenant que je coordonne le bureau. Ça me laisse peu de temps pour faire un travail à tête reposée. En Afrique, ce ne sont pas les sujets qui manquent, mais je n’ai vraiment pas le temps. Pendant quelques années, j’ai suivi un copain cinéaste, <strong>Sidiki Bakaba</strong>, qui a été nommé depuis, directeur du Palais de la Culture à Abidjan. J’ai des images vraiment belles, en noir et blanc et il n’arrête pas de me dire qu’il faut préparer une exposition. Je voudrais bien, mais c’est le temps qui me manque.</p>
<p><strong>Vous êtes, avec le Sud-Africain Joao Silva, un des deux seuls photographes africains à exposer à Perpignan. Qu’est-ce que ça vous inspire ? Que pensez-vous de la représentation de la photographie Africaine ici ?</strong><br />
<br />Ça fait plaisir d’être là! C’est valorisant à titre personnel. L’AFP a de très bons photographes, et si l’AFP et Visa pour l’Image choisissent de présenter mon travail ça fait plaisir !<br />
<br />Il y a peu de photographes, qui ont la chance d’exposer dans ce festival, et encore moins les Africains. Peut-être que les Africains n’y pensent pas, et puis exposer à Visa pour l’Image ça ne se fait pas comme ça. Je ne dis pas que nous sommes les meilleurs photographes Africains, mais il faut bosser pour exposer à Visa pour l’Image.<br />
Maintenant, il y a une nouvelle génération de photographes très entreprenants, ils sont bons, mais peut-être n’ont-ils pas les moyens. Le matériel coûte cher, et il n’y a pas de cadre. En Afrique, en général, les politiques s’intéressent peu à la photographie. Si au niveau du Ministère de la culture il y a une structure qui encadre, qui crée les conditions, ça donnera l’occasion aux photographes de présenter leur travail, mais si ce cadre-là n’existe pas… Le seul pays où il y a un événement photographique en Afrique c’est au Mali avec la Biennale de la photographie de Bamako. Tout ça c’est du domaine de la politique. La culture devrait faire partie des priorités des gouvernements africains.<br />
<figure id="attachment_2237" aria-describedby="caption-attachment-2237" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class=" aligncenter size-full wp-image-2237" src="https://preprod.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/000_par3666357aiv.jpg" alt="Un militaire fidele au président sortant Laurent Gbagbo vise des supporters du président elu Alassane Ouattara lors d'un manifestation le 11 février 2011 a ABidjan. © Issouf Sanogo" title="Un militaire fidele au président sortant Laurent Gbagbo vise des supporters du président elu Alassane Ouattara lors d'un manifestation le 11 février 2011 a ABidjan. © Issouf Sanogo" class="caption" align="center" width="800" height="502" srcset="https://www.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/000_par3666357aiv.jpg 800w, https://www.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/000_par3666357aiv-300x188.jpg 300w, https://www.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/000_par3666357aiv-768x482.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-2237" class="wp-caption-text">Un militaire fidele au président sortant Laurent Gbagbo vise des supporters du président elu Alassane Ouattara lors d&rsquo;un manifestation le 11 février 2011 a ABidjan. © Issouf Sanogo</figcaption></figure><br />
<strong>La fin de votre exposition est en fait un commencement, celui de la présidence de Ouattara que l’on voit représenté lors de sa cérémonie d’investiture en mai 2011. On imagine que c’est aussi le début d’un nouveau travail journalistique pour vous. Votre vie étant intimement liée à la vie politique de la Côte d’Ivoire d comment voyez-vous le futur du pays ?</strong><br />
<br />Je ne sais pas ce qui va se passer. Il y a eu beaucoup de déceptions par le passé. À chaque fois qu’il y a un début, ça suscite beaucoup d’espoir et ça se termine par le désespoir… Depuis le décès d’Houphouët-Boigny, tous les espoirs successifs ont été déçus. Donc je reste prudent. J’ai confiance dans le président Ouattara, vu son parcours et vu son expérience professionnelle et personnelle. Dans l’opposition, il a souffert aussi, il a échappé à la mort, et a été contraint à l’exil. Il a intérêt à ce qu’il y ait une ouverture démocratique, à ce que les partis et les gens s’expriment librement et à ce que la presse soit libre. C’est d’ailleurs les conditions qu’il avait posées au président Houphouët-Boigny avant de prendre la tête de son gouvernement en 1989. Je pense que ce sont des valeurs qui lui tiennent à cœur et, je pense et j’espère qu’il ne va pas décevoir. Depuis qu’il est au pouvoir, les changements sont visibles, Abidjan s’était complètement dégradée. Depuis quelque mois, il y a des travaux, des chantiers, les routes sont en train d’être réparées et nettoyées. Le travail accompli est déjà énorme, ça fait plaisir et redonne de l’espoir.</p>
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		<title>Martina Bacigalupo: Chronique intime de la résistance ordinaire</title>
		<link>https://www.afriqueinvisu.org/martina-bacigalupo-chronique650/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Julia Sestier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Sep 2011 06:54:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignage]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lauréate du Prix Canon de la Femme Photojournaliste en 2010, la jeune photographe italienne Martina Bacigalupo expose à Perpignan le travail réalisé grâce à ce prix. « Mon nom est Filda Adoch » raconte l’histoire d&#8217;une femme Ougandaise de 53 ans dont la vie a été bouleversée par la guerre. Plus que la violence et les drames, Martina s’intéresse aux gestes quotidiens et à la résistance silencieuse de cette véritable guerrière de l’ordinaire. Martina, vous êtes née à Gênes, en Italie en 1978. Après avoir étudié la photographie en Angleterre au London College of Printing et avoir assisté la photographe Giorgia Fioro</p>
<p>L’article <a href="https://www.afriqueinvisu.org/martina-bacigalupo-chronique650/">Martina Bacigalupo: Chronique intime de la résistance ordinaire</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.afriqueinvisu.org">Afrique In Visu</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Lauréate du Prix Canon de la Femme Photojournaliste en 2010, la jeune photographe italienne <strong>Martina Bacigalupo</strong> expose à Perpignan le travail réalisé grâce à ce prix. <em>« Mon nom est Filda Adoch »</em> raconte l’histoire d&rsquo;une femme Ougandaise de 53 ans dont la vie a été bouleversée par la guerre. Plus que la violence et les drames, Martina s’intéresse aux gestes quotidiens et à la résistance silencieuse de cette véritable guerrière de l’ordinaire.</p>
<p><strong>Martina, vous êtes née à Gênes, en Italie en 1978. Après avoir étudié la photographie en Angleterre au London College of Printing et avoir assisté la photographe Giorgia Fioro à Paris pendant quelques temps, vous partez au Burundi comme volontaire des Nations Unies en tant que photographe . Vous y poursuivez depuis votre travail de photojournaliste en collaborant notamment avec plusieurs ONG internationales implantées localement telles que Human Rights Watch, Handicap International et CARE. Vous avez aussi rejoint l’agence Vu en avril 2010. Pourquoi être restée au Burundi ? </strong><br />
<figure id="attachment_2229" aria-describedby="caption-attachment-2229" style="width: 500px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class=" alignright size-full wp-image-2229" src="https://preprod.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/01js_201108300001aiv.jpg" alt="Exposition de Martina Bacigalupo © Julia Sestier" title="Exposition de Martina Bacigalupo © Julia Sestier" class="caption" align="right" width="500" height="333" srcset="https://www.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/01js_201108300001aiv.jpg 500w, https://www.afriqueinvisu.org/wp-content/uploads/2011/09/01js_201108300001aiv-300x200.jpg 300w" sizes="(max-width: 500px) 100vw, 500px" /><figcaption id="caption-attachment-2229" class="wp-caption-text">Exposition de Martina Bacigalupo © Julia Sestier</figcaption></figure>_ Je vous réponds avec une anecdote. Quand ma mère me dit « je ne comprends pas pourquoi tu restes au Burundi, il y a tellement de beaux pays dans le monde » Je lui réponds « Oui, il y a beaucoup de beaux pays, mais il y tellement d’hommes, pourquoi tu restes avec mon père ? » et elle me répond « Ton père il m’est arrivé comme ça ! » et je lui dis « c’est la même chose, le Burundi m’est arrivé ! ». Les choses t’arrivent dans la vie, et tu choisis de creuser ou pas. En général je vais jusqu’au bout des choses donc tant que je ne serai pas allée au bout je vais rester. Je ne sais pas si ce sera demain, dans dix ans ou dans vingt ans, mais il faudra que je sente que je suis allée au bout.</p>
<p><strong>Ca peut être stratégique aujourd’hui pour un photojournaliste d’être basé en Afrique, pour vendre ses photos, pour faire ses reportages…</strong><br />
<br />Pas du tout, l’Afrique ne se vend pas du tout, le noir et blanc, encore moins. Donc faire du noir et blanc en Afrique ce n&rsquo;est pas cela qui te fera gagner de l&rsquo;argent. C’est un choix de vie: aller creuser une culture que l&rsquo;on ne connait pas. La région des Grands Lacs est immense, avec des pays qui sont différents mais qui ont aussi des liens très proches. C’est une zone à la fois très belle, très violente et très accueillante. Il y a tellement de contradictions. C’est très intense.</p>
<p><strong>En 2010 vous avez remporté le prix Canon de la Femme Photojournaliste. Cette année vous présentez à Visa pour l’image le travail effectué grâce à ce prix qui s’intitule « Mon Nom est Filda Adoch » A travers 35 photographies en noir et blanc vous racontez l’histoire de Filda, une femme Ougandaise de 53 ans qui vit dans le district de Gulu dans le nord du pays, et dont la vie a été particulièrement marquée par la guerre qui oppose le gouvernement de Museveni et l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA).  Pouvez-vous retracer en quelques mots la vie de Filda et nous raconter votre rencontre avec elle ?</strong><br />
<br />Filda est un peu le symbole de l’histoire des 20 dernières années de guerre au Nord Ouganda. Elle a perdu son premier mari, qui a été tué par l’armée qui pensait que c’était un rebelle. Elle s’est remariée et son deuxième mari a été tué par les rebelles. Elle a perdu une jambe sur une mine antipersonnel. Elle a perdu un enfant dans une embuscade des rebelles alors qu’il allait chercher les résultats de ses examens à l’école. Elle a aussi attrapé le SIDA par son deuxième mari. Et aujourd’hui elle s’occupe de 18 personnes. C’est une femme d’une force extraordinaire.<br />
<br />Quand Human Rights Watch m’a appelée pour que je fasse les photos pour un rapport sur les femmes au Nord Ouganda, j’ai rencontré de nombreuses femmes chaque jour. J’ai demandé à passer une journée entière avec l’une d’entre elles. Travailler en ayant que quelques minutes ne me permettait pas de me rapprocher d’elles. Je sentais que c’était un peu violent pour moi et pour elles. J’ai lu les interviews que Human Rights Watch avait fait des différentes femmes, et toutes les histoires étaient fortes, du coup j’ai choisi par rapport à ma sensation. Quand j’ai rencontré Filda, je me suis dit : « c’est elle ». Ce qui m’a touché chez elle c’est qu’elle a tout pour être une victime, mais elle ne l’est pas. Avec tout ce qu’elle a vécu et tout ce qu’elle endure chaque jour, elle ne demande rien à personne, elle mène sa vie. Pour moi c’est quelque chose qui peut nous toucher tous. L’Afrique, ce n’est pas de la misère, c’est de la lumière!<br />
<img decoding="async" src="IMG/jpg/filda_03aicv.jpg" alt="The warriors of Northen Uganda, Filda Adoch © Martina Bacigalupo / Agence VU" title="The warriors of Northen Uganda, Filda Adoch © Martina Bacigalupo / Agence VU" class="caption" data-description="Ouganda, Commune de Gulu, Village d'Along, mai 2010
"Là, je n'avais ni hache, ni "panga" avec moi pour couper le bois, alors j'ai décidé de le casser avec ma tête. Mon dos montre ma force, et ça me rappelle que même si j'ai faim, je peux quand même m'occuper de ma famille."" align="center" /><br />
<strong>La distance physique à laquelle vous travaillez est respectueuse et discrète, presque délicate, pourtant on sent entre vous et votre sujet une grande complicité, beaucoup de confiance, de l’admiration, peut-être même de l’amitié, comme si la photo n’était qu’accessoire aux moments partagés. Parlez nous de votre relation à la photographie et à vos sujets.</strong><br />
<br />Le centre, c’est la relation. La photographie c’est une excuse mais c’est une excuse qui m’amuse. C’est une écriture qui m’intéresse, un moyen d’expression et de dénonciation, c’est un lieu de réflexion, de questionnement, donc je ne veux pas minimiser son importance. Mais c’est évident que sans la relation il n’y a rien. C’est pour ça que j’ai choisi ce métier, pour les rencontres.</p>
<p><strong>L’exposition est finalement un travail à quatre mains, avec d’un coté vos photographies et de l’autre les «légendes » qui sont en fait les commentaires de Filda elle-même sur vos photos. Vous aviez envie de lui donner sa propre voix sur votre travail ? </strong><br />
<br />Tout a fait. L’idée à la base c’était d’écrire cette histoire à deux. Puisque je vis la bas, je vois assez souvent l’agressivité avec laquelle on se présente parfois devant les situations si différentes de nous. Soit on les idéalise, soit on les juge mais on ne se met jamais dans un rapport équitable, sur le même plan. C’est difficile de trouver un rapport d’homme à homme. Si on arrive à juste se mettre devant une autre personne et se dire, moi je peux te donner ça, et toi tu peux me donner ça et ensemble on peut faire quelque chose qui n’existait pas avant, je pense que c’est la juste mesure. Filda s’amuse à regarder les images, et elle profite du fait que j’ai fait ces images pour donner ses commentaires. Sans ces images elle n&rsquo;aurait pas pu faire ces commentaires et moi sans ses commentaires je n’aurais pas pu faire ces images. On a vraiment essayé de trouver le juste lieu de rencontre entre deux mondes si différents qui doivent s’assumer, assumer leur propre identité et puis se réunir.</p>
<p><strong>C’est très intéressant de voir que ses commentaires concernent principalement son travail, sa force physique et la fierté qu’elle a d’accomplir ses tâches malgré son handicap. Dans l’une de vos photos, on voit Filda sur le chemin du retour après la collecte du bois, et les branches qu’elle porte sur la tête forment une coiffe extraordinaire. La légende de Filda dit: « on dirait que j’ai des ailes sur la tête et que je vole à travers le ciel ». Est-ce le regard que vous portez sur elle qui lui « donne des ailes » ?</strong><br />
<br />(Elle rit) Je pense qu’elle en tant qu’être humain m’inspire des choses et moi je traduis cela en image et elle transforme à son tour cette image en quelque chose pour elle. Il y a vraiment un mouvement de va et vient entre nous deux. Elle s’amusait, elle rigolait en regardant les images. Il n’y a pas de miroir chez elle et donc elle s’observe dans mes photos. Comme quand elle dit «  Il est fort mon dos », elle n’a jamais vu son dos avant…<br />
<img decoding="async" src="IMG/jpg/filda_05aiv.jpg" alt="The warriors of Northen Uganda, Filda Adoch © Martina Bacigalupo / Agence VU" title="The warriors of Northen Uganda, Filda Adoch © Martina Bacigalupo / Agence VU" class="caption" data-description="Ouganda, Commune de Gulu, Village d'Along, mai 2010
"Je transporte le bois pour le feu jusqu'à la maison, mais on dirit que le bois sur ma tête est quelque chose comme des ailes qui me font voler dans le ciel."" align="center" /><br />
<strong>Les seules photos désincarnées que vous présentez dans cette exposition sont des paysages qui sont en fait les photographies des lieux des drames de la vie de Filda : la tombe de son fils, la route sur laquelle il a été tué, le camp de déplacés de Bobi où elle s’est réfugiée pour fuir les violences, et enfin le chemin où elle a perdu sa jambe en marchant sur une mine alors qu’elle se rendait aux champs. Vous avez choisi de représentez ces images floues comme pour retransmettre la violence du choc, et de la douleur&#8230;</strong><br />
<br />Je suis pas sûre que ce soit un choix, c’est peut-être inconscient. Ce sont des lieux de son passé, des lieux de la mémoire. Les souvenirs sont toujours très précis et en même temps très flous. On n’arrive pas à les saisir. Je crois qu’il y a un peu ça dans ces images. Ce sont des petits voyages dans sa mémoire.<br />
<br />Quand elle m’a parlé de la mort de son fils, qu’elle a pleuré devant moi, ça a créé une intimité entre nous. C’est comme si j’étais devenue la gardienne d’une mémoire très douloureuse et très précieuse en même temps. Il fallait que j’en prenne soin. Donc oui, j’ai essayé d’en parler avec discrétion, tout en parlant parce que c’est important de le raconter.<br />
<br />Le lieu où elle a perdu sa jambe est juste un petit chemin comme il y en a partout en Ouganda mais nous avons marché pendant une heure et demi sous le soleil pour aller retrouver cet endroit. Elle a dû chercher car ça faisait peut-être quinze ans qu’elle n’était pas retournée là bas. Quand on l’a trouvé, elle m’a raconté toute l’histoire et j’ai pris cette photo. Le lendemain elle m’a dit : « je suis contente d’y être retournée avec toi. J’avais peur de marcher encore sur une mine dans ce champ. Maintenant que j’ai remarché là bas, je sais que je pourrai marcher partout. » Ca m’a frappée, je n’avais pas anticipé une telle réaction. C’est comme si ça l’avait aidé à faire le deuil quelque part. L’image, et même avant l’image, la démarche d’être retournée  là bas, de montrer cet endroit, ça l’a aidée à s’apaiser.</p>
<p><strong>L’exposition se termine par une série très mystérieuse, presque magique de photographies prises de nuit et où les visages se distinguent à peine à la lumière du ciel étoilé, et où les silhouettes se font confuses lors de danses traditionnelles autour du feu. Qu’apporte cette série à votre portrait de Filda ?</strong><br />
<br />Pour moi ces photographies sont essentielles. C’est là que j’ai vraiment connu Filda et l’essence de l’identité de sa communauté. Elle m’a dit que la première chose qu’elle avait faite quand elle a quitté le camp de déplacés pour retourner dans son village était de faire le feu. Dans le camp, les maisons sont si rapprochées qu’elle ne pouvait pas faire un feu car tout brûle tout de suite. Le feu, c’est le centre de la culture Acholi. C’est autour du feu que les enfants apprennent les danses pour les événements importants de la communauté : les naissances, les deuils, les mariages, l’arrivée du roi, l’accueil de l’étranger, même l’amour ! On rencontre son compagnon autour du feu à travers la danse. La danse est vraiment un langage. Les enfants y apprennent leur histoire et leur mythologie, ils apprennent la signification de leur culture. A travers des devinettes que les vieux posent aux enfants, ils apprennent à interpréter les événements de la vie. C’est leur école, là où ils se forment en tant qu’Acholi, en tant qu’être humains. Donc tu vois comment la guerre peut détruire l’identité d’un peuple et comment des personnes comme Filda qui sont conscientes de l’importance des traditions, les reprennent, des années plus tard, dès leur retour au village. Dans la nuit, il y a une véritable réappropriation de son identité, une espèce de recharge d’énergie pour faire face.<br />
<img decoding="async" src="IMG/jpg/filda_30aiv.jpg" alt="The warriors of Northen Uganda, Filda Adoch © Martina Bacigalupo / Agence VU" title="The warriors of Northen Uganda, Filda Adoch © Martina Bacigalupo / Agence VU" class="caption" data-description="Ouganda, Commune de Gulu, Village d'Along, janvier 2011
"Ma petite-fille Anena danse l'Orak, la danse de l'amour pour les jeunes. Elle danse autour du feu des Acholis. On doit le faire chaque nuit. C'est là que nous enseignons à nos enfants comment accueillir les étrangers, comment se comporter pendant les maladies, coment se comporter avec les autres. Nous voulond que ces enfants qui sont nés dans les camps sachent ce qu'était notre vie avant la guerre. Le feu des Achtolis représente l'unité, car on se réunit tous autour de lui, il n'y a aucune discrimination. On apprend la danse à nos enfants. La danse est un élément très important de notre culture, elle marque chaque évènement important de notre communauté. Nous avons l'Orak, la danse de l'amour pour les jeunes, le Dingiding, la danse pour accueillir les étrangers, le Bwola, que l'on fait en l'honneur du roi, l'Otole, en temps de guerre, la Ruth, la danse pour les jumeaux, où la mère nue danse autour du feu. Une maison sans feu est une maison qui n'est pas bien établie." align="center" /><br />
<strong>Par le passé vous avez aidé certains de vos sujets. Je pense à Francine,  une autre femme burundaise, sujet central  d’un de vos précédents reportages et à qui son beau-frère avait coupé les bras.  Vous l‘avez fait venir en Italie l’année dernière pour lui faire faire des prothèses. Est-ce que vous envisagez de faire la même chose pour Filda ? </strong><br />
<br />Filda a eu une partie du prix. J’ai senti que c’était juste de lui reverser. Elle en a besoin, elle a 18 personnes à sa charge et n’a rien eu jusqu&rsquo;à présent. Dans une relation à deux on ne peut pas ouvrir les yeux sur les choses qui nous intéressent et les fermer sur d’autres. Chaque relation a son histoire. Je pense que la photo ne suffit pas. On est une personne avant d’être un photographe. Et je suis devant un être humain avant d’être devant un sujet.</p>
<p><strong>Vous êtes une jeune femme et une relativement jeune photographe. Vous avez adopté une approche particulièrement sensible avec le temps et l’investissement émotionnel que cela implique. Comment vous sentez- vous à Visa pour l’Image, parmi les reporters et les reportages de crises, de guerre, de catastrophes naturelles ? </strong><br />
<br />Je suis très reconnaissante envers Jean- François Leroy (Directeur de Visa pour l&rsquo;image) de m’avoir donné la possibilité d’exposer et d’avoir accepté de montrer ce travail qui ne correspond pas à l’actualité du jour, ni comme sujet, ni comme approche. Pour moi, tous les moyens de raconter une histoire sont justes, je ne me pose pas de limites. Il se passe de beaux échanges à Visa, je ne me sens pas du tout à l’écart, les gens sont sensibles à mon travail, sensibles à une approche différente, à une autre façon de raconter une histoire.</p>
<p><strong>Avez-vous de nouveaux projets pour la fin de 2011 et pour 2012 ?</strong><br />
<br />Récemment j’ai ramassé dans la poubelle d’un studio de photo toute une série de restes de photos d’identité qui ont été découpées. Dans ce studio, ils n’ont pas de machine spéciale pour faire les photos de passeports, donc ils prennent toute la photo pour ne garder que la tête et ils jettent le reste. Tout ce qui est autour c’est le plus beau ! J’ai pris tout le tas !  Pour moi c’est magnifique parce qu’il y a une spontanéité dans les gestes, dans les habits, dans les positions. On voit tout ce qui est autour et qui n’est pas contrôlé parce que seul le visage va rester sur la photo. La photo, c’est choisir un cadre et proposer ce cadre.  Là, on voit tout ce qui est en dehors du cadre. Alors qu’est-ce qui est le plus vrai, ce qu’il y a dedans ou ce qu’il y a dehors ?  C’est un projet à long terme que je vais continuer, c’est une façon différente de raconter l’Afrique. Il est temps de raconter quelque chose d’autre de l’Afrique. On perd trop de vue ce qu’elle peut nous apporter. Ce projet me donne la possibilité de donner un visage plus juste à l’Afrique.</p>
<p>L’article <a href="https://www.afriqueinvisu.org/martina-bacigalupo-chronique650/">Martina Bacigalupo: Chronique intime de la résistance ordinaire</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.afriqueinvisu.org">Afrique In Visu</a>.</p>
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