La "Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes" Communauté congolaise de Paris, reportage du photographe congolais, Baudouin Mouanda

, par Afrique in visu, Baudouin Mouanda

Nous n’avons plus besoin de présenter le Collectif congolais de Brazzaville "Génération Elili" avec qui nous collaborons depuis début 2007 mais zoom sur le dernier travail photographique de l’un de ses membres actifs, le jeune photographe Baudouin Mouanda . Baudouin est venu se perfectionner en photographie quelques mois à Paris. Cette résidence nous a permis de rencontrer l’une des figures majeures de la scène émergente de la photographie africaine.
Avec ce reportage détonnant, capturé à l’aide d’un appareil numérique et en couleurs, Baudouin Mouanda nous fait rencontrer la communauté congolaise de Paris. Bienvenue dans l’antre de la « sapologie » parisienne où les défilés de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes élégantes) et des marques sont le clou de la soirée.

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© Baudouin Mouanda

Baudouin, dans quel cadre es-tu venu en France ? Et pour combien de temps ?
Je suis en France pour un stage de perfectionnement en photojournalisme. J’ai obtenu cette résidence par le Service Coopération d’Action Culturelle (SCAC) de l’ambassade de France au Congo Brazzaville, une bourse du Gouvernement français EGIDE. C’est arrivé suite à plusieurs sélections dans le journal Paris Match ,au Jeu de la francophonie au Niger en décembre 2005 et autres… Aujourd’hui, cela fait près de six mois que je suis à Paris.Je viens d’apprendre que ma résidence est prolongée jusqu’ au 31 décembre en Belgique précisément à Bruxelles dans une école de photographie de mode, oh lala, quelle perspective pour la photographie congolaise !

Que t’as apporté cette résidence en photographie ? Et dans ta manière de travailler ?
Je suis depuis toujours un amoureux du photojournalisme et cette formation au Centre de Formation et de Perfectionnement en Journaliste, CFPJ, m’a surtout permis d’apprendre des nouvelles notions : "raconter mes photos". Cela me servira énormément à Brazzaville, pourquoi pas dans toute l’Afrique que je rêve sillonner ! Et alors, il est grand temps que les problèmes de la société africaine soit racontés par les africains eux-mêmes, les photographes qui y habitent, et moi je veux surprendre.

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Baudouin et sa promotion au CFPJ

Peux-tu nous raconter ce que tu as trouvé de plus intéressant dans les différents stages que tu as effectués ? A quel moment et dans quelle structure ?
J’ai participé à différents ateliers d’écriture au CFPJ sur les présidentielles 2007. Il a été fort intéressant pour moi de visiter, avec toute l’équipe des journalistes africains inscrits au CFPJ et venus pour couvrir l’évènement pour leur pays, les locaux de différents médias français. Nous avons visité par exemple, France 24, Libération, le Parisien, le Monde, le Figaro, Courrier International….et aussi l’Assemblée Nationale. Lors des prises de vue, je me suis rendu compte que les appareils très sophistiqués des photographes professionnels ne faisaient pas de grande différence du point de vue desrésultat du tout petit appareil numérique dont je me servais. Comme le disait mon professeur Mr Dung Vo Trung (enseignant au CFPJ) et membre de Agence Horizon : "tu n’es pas obligé d’avoir un gros appareil pour faire des images plus fortes, même avec un petit tu peux mieux faire, la différence c’est au niveau de la capacité". Lors de ces prises de vue, j’ai travaillé entre autres sur la gestuelle de Monsieur Nicolas Sarkozy encore candidat et ministre de l’intérieur et mon appareil m’a permis de grandes choses. J’ai aussi suivi, Monsieur François Bayrou lors de ses conférences de presse. J’ai aussi pu suivre Madame Ségolène Royal à Nantes où je me suis intéressé à son public, où il y avait une forte présence des français d’origine africaine et voire même des immigrés qui sont installés depuis des années.

Après j’ai fais un stage à l’AFP (Agence Française de Presse) , pendant 3 semaines. C’est la plus grande agence qui s’occupe de l’information au niveau de l’Europe. J’étais au service photo. J’ai trouvé cette expérience très intéressante car la manière de travailler est très spéciale. A partir des dépêches, on doit mettre l’information à jour en images. Le premier jour, j’étais accompagné d’ Olivier Laban-Mattéi , un photographe de l’AFP. Après j’étais avec un motard qui me déposait sur les lieux. On n’hésitait pas à y aller dès qu’on nous appelait. Ils sont bien organisés. Par exemple, le premier jour, je me suis rendu à l’Elysée pour l’arrivée de Schwarzenegger , et du secrétaire des Nations-Unies, Ban Ki-moon . J’ai pu aussi visiter le Château de Chambord pour le lancement une exposition et j’ai travaillé sur les revendications des salariés du Crédit Lyonnais …. Actuellement je continue ma formation au CFPJ. En novembre je vais réaliser un stage au Nouvel Observateur puis au Courrier de l’Atlas .

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présidentielles 2007 © Baudouin Mouanda

As-tu rencontré des photographes en France ? Penses-tu collaborer avec quelques-uns ?
J’ai rencontré des photographes comme Antoine Tempé, Emeka Okereke, Andrew Esiebo, Samuel Nja Kwa. Mais aussi j’ai pu participer aux conférences organisées à l’ Espace Confluences , à des rencontres professionnelles, entendre des photographes parler des difficultés rencontrées lors des festivals, des critiques sur le Festival d’Arles, ainsi qu’autour du Festival du photojournaliste de Perpignan "Visa pour l’image".
J’aimerai beaucoup collaborer avec Emeka et Andrew, car ils sont jeunes comme moi, et pourquoi pas travailler avec la nouvelle vague des photographes congolais qui étonnent comme le collectif Génération Elili dont je fais partie.
J’ai eu des contacts avec un photographe hollandais avec qui j’espère collaborer.
Par rapport aux collectifs en France, je n’ai pas pu avoir des contacts sérieux mais j’aimerai en rencontrer pour voir comment ils s’organisent et collaborer avec eux.

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Baudouin Mouanda au Louvre, Juin 2007 © Afrique in visu
Baudouin Mouanda au Louvre

As-tu eu l’occasion de visiter des lieux artistiques à Paris qui t’ont séduit ? Lesquels ? Peux-tu les présenter brièvement à nos lecteurs ?
Le premier lieu, c’est le Musée du Louvre . Je l’ai visité avec Afrique in visu . J’ai été très séduit par "la Joconde" de Léonard de Vinci . Ce qui m’a surpris c’est sa taille, si petite et pourtant que le public soit en admiration. Je n’en avais jamais entendu parler à Brazzaville. Du point de vue architecture, j’ai beaucoup aimé le Louvre, et surtout le fait qu’il représente toutes les cultures du monde.

Avec le CFPJ, j’ai été au Musée Picasso , où j’ai pu voir des portraits magnifiques. J’ai bien aimé car Picasso peint beaucoup plus les femmes. Il immortalisait ces femmes et même en faisant de la peinture abstraite, on ressentait la femme. Le tableau de "la femme au chapeau" m’a beaucoup plu.
Je me suis ensuite rendu au Centre Pompidou où j’ai vu des installations. J’ai pu constaté que par rapport à ce que j’ai vu en Afrique, l’artiste a pris beaucoup de temps pour le réaliser et cela occupe tout l’espace. Cela m’a épaté et je me demande comment il a fait pour faire tout ça ?

Je suis allé tout seul visiter le Musée d’Orsay où j’ai beaucoup apprécié "l’ Olympia" d’ Edouard Manet . J’ai pu aussi y voir une exposition photo collective sur la main. A l’intérieur, j’ai énormément aimé la photo de Bronia Wistreich-Weill, très symbolique de la main qui flotte on dirait un tableau, une peinture. Le catalogue d’exposition de Joêlle Bolloch et d’autres images de ce musée m’ont marqué. Paris c’est la capitale des arts, ça il n’y a rien a dire, on y retrouve toute les civilisations dans les musées.

J’espère avoir le temps de visiter le Musée du Quai Branly avant de rentrer au Congo. Je me réserve pour m’y rendre pendant PhotoQuai . C’est une grande occasion de voir des photographes africains et d’autres continents. Je vais découvrir des photographes d’ailleurs et peut-être sympathiser avec eux.

Tu as réalisé en parallèle un travail photographique personnel, peux-tu nous l’expliquer ?
Je réalise plusieurs travaux personnels à Paris.
Je réalise un travail sur le métro où je regarde comment les gens bougent et visitent Paris en peu de temps dans la mesure où le réseau de métro est très développé. Je veux montrer tout ce mouvement, toutes les personnes que l’on croise dans le métro et le stress.
Je trouve ça marrant le mot type que tout le monde prononce pendant les heures d’affluence : « Pardon » !

En parallèle, je fais un travail sur la société congolaise à Paris et en banlieue. La plupart du temps en France, on nous présente la société d’Afrique de l’Ouest. J’ai souhaité poser mon regard sur la société d’Afrique Centrale qui est souvent dans l’ombre.
J’ai réalisé un reportage sur "la SAPE" en France. —> Galerie, la sapologie à Paris de Baudouin Mouanda sur afrique in visu
Je souhaite montrer ce qui se passe à Paris, et en parallèle à Brazzaville. Je m’intéresse aussi à la différence de climat, comment en hiver, les vêtements changent d’en été.
J’ai choisi cette thématique car "la sapologie" est le rêve des jeunes congolais quand ils arrivent en France et je voulais voir comme ils devenaient. C’est dans cette perspective que j’ai voulu montrer leurs démarches, présenter leurs costumes ou chaussures et comment ils dépensent de l’argent là-dedans. Ils ressemblent aux sapeurs de Brazzaville mais ils mettent des choses bien plus chères. Les marques sont plus importantes.

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Sapologie © Baudouin Mouanda
France, Sapologie, 2008 © Baudouin Mouanda

A-t-il été facile de rencontrer et de photographier la communauté africaine de Paris ? Peux-tu nous raconter des anecdotes de moments passés avec eux ?
Cela n’a pas été facile de rencontrer la communauté congolaise à Paris car je ne connaissais personne. C’était donc très difficile de les convaincre. Plutôt que de montrer leur façon de vivre, j’ai préféré m’attacher à la "sapologie" des congolais de Paris.
Je voulais les suivre au quotidien, les voir chez eux, les suivre dans leur travail mais eux préféraient que je les prenne sapés.
J’ai pu assister à des mariages où j’ai ressenti ce qu’on appelle "la solidarité". Pourtant en arrivant, je pensais que la solidarité était spécifique à l’Afrique de l’ouest mais la diaspora congolaise en France est aussi très solidaire. Lors des veillées funéraires, j’ai constaté qu’ils étaient solidaires et que financièrement, ils s’épaulaient. J’ai assisté à des cotisations où chacun respecte sa promesse.

Ce qui m’a plu, lors d’une fête de mariage à Evry Courcouronnes , et Grigny Centre , c’est que j’ai pu découvrir qu’il y a avait une vie différente de Paris et une vie très riche.
Les gens sont arrivés à 1h du matin, tous sapés pour se faire remarquer. C’est comme un spectacle avec les différentes couleurs des costumes. C’est un concours, un défilé de mode.
Vous n’êtes pas simplement invités à manger, vous êtes invités à voir un spectacle où les gens bougent et se font remarquer. Ils se font applaudir, et pour certain la sape est une façon de frimer, en faisant marier les couleurs de leurs vêtements.

Bientôt sapeur, Baudouin ?
Je ne pense pas car dépenser autant en sape, c’est fou à moins que je sois président de la république, qui aveugle le peuple, et que je vide les caisses de l’Etat sans rendre les compte….

Alors Baudouin amoureux de Paris ?
Oui, Paris sur le point culturel j’ai apprécié car tout bouge.
Ce que j’ai trouvé de plus admirable, c’est que les gens aiment les musées. J’aimerai qu’en Afrique ce soit pareil. Même le musée Picasso qui est petit a beaucoup de monde.A Brazzaville, il n’y a jamais beaucoup de gens aux expositions.
Dans la ville, j’ai beaucoup aimé la nuit et le soir, il y a plein de compositions d’images à faire.
Paris c’est vraiment la ville des lumières.

J’ai aussi aimé la fête de musique, le 21 juin. Il y a des concerts partout et bien qu’il fasse froid, on en oublie la fraîcheur. J’aimerai qu’à Brazzaville, on puisse faire la même chose, plein de lieux dynamiques.
J’ai beaucoup aimé, le petit espace, La loge (café théâtre dans le 9ème à Paris). C’était très intéressant car même si c’est tout petit on voit que culturellement il se passe plein de choses. Puis il y avait plein de monde malgré l’espace. Ensuite j’ai entendu le groupe « le Ptit Bazar » , un groupe parisien. Au départ je n’aimais pas la musique française car je trouvais que cela faisait dormir mais "le Petit Bazar" est devenu ma référence.

J’ai aussi aimé la banlieue. J’ai découvert la Ville de Saint Denis et je me suis rendu à l’espace café des Slameurs où le slameur Grand corps malade vient animer des rencontres culturelles sur le Slam.
Dans cette ville, j’ai rencontré aussi une femme congolaise dans un foyer. Elle m’a parlé de politique. C’était très intéressant les raisons qu’elle invoquait quant à son choix de rester en France depuis 1997. Mais le Congo lui manque…
Je n’ai pas rencontré de français à Saint Denis. Je me suis aperçu qu’en banlieue se sont les immigrés qui dominent.

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Sapologie © Baudouin Mouanda
France, Sapologie, 2008 © Baudouin Mouanda

Quels sont tes projets avec le collectif Génération Elili et Congo Brazzaville ?
Avec le collectif, il y a beaucoup de projets. Nous voulons sensibiliser et dynamiser les photographes des deux Congo et ne pas seulement faire venir des photographes d’ailleurs. Nous allons collaborer avec des photographes de la République du Congo (RDC) . Nous voulons lancer aussi notre premier festival d’ici 2008.

Quels sont tes futurs projets ?
J’ai pas mal de projets, je veux continuer mon projet « la rue Hip Hop » . Je voudrais travailler sur les prisons d’Afrique mais basées sur un regard journalistique. Je veux discuter avec les prisonniers pour montrer que leurs droits sont bafoués.
J’aimerais échanger avec des photographes d’autres pays d’Afrique et que nous collaborions chacun dans nos pays réciproques pour montrer deux regards différents sur un pays…

En ce qui concerne les expositions, j’ai des problèmes de financement. J’aimerais énormément présenter mon travail sur "les séquelles de la guerre" . En ce qui concerne, Afrique in visu , dans mes prochains projets, je les solliciterai pour me rendre visible mais aussi pour collaborer et m’aider à constituer mes travaux.

Galerie, la sapologie à Paris de Baudouin Mouanda

Pour revoir l’intervention de Baudouin dans l’émission Nord Sud sur Direct 8, c’est par ici !