La mode dans l’oeil Interview d’Omar Victor Diop

, par Afrique in visu

Il y a un an, nous découvrions le jeune photographe Omar Victor Diop. Basé à Dakar, il propose une réflexion photographique originale, en utilisant l’esthétique de la photographie de mode, sur la société de consommation et la question de la pollution et du recyclage. Remarqué lors de la dernière biennale de Bamako, ce photographe allie humour et bricolage. Son œil acéré propose une vision décalée et très contemporaine de la créativité du continent.
Un photographe à suivre des deux yeux !

Omar Victor Diop, peux-tu te présenter ? Comment es-tu venu à la Photographie ?

Je m’appelle Omar Victor, j’ai 31 ans, je suis de Dakar, capitale où j’ai grandi et passé la majeure partie de ma vie.
Je pratique la photo depuis bientôt 2 ans et mes centres d’intérêt tournent autour de la question du rapport à la consommation et à l’esthétique dans nos sociétés contemporaines. Je fais également de la photographie de mode et de la photographie publicitaire, par le biais d’une société que j’ai créée il y a peu de temps et qui propose des solutions de communication aux entreprises, basée sur les arts visuels (photo/vidéo)

Tu as exposé ta série « Fashion, 2112, le futur du beau » lors de la dernière biennale de Bamako en novembre 2011. Comment est née l’idée de cette série ? Et que questionne-t-elle ?

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© Omar Viktor Diop

La série « Fashion 2112, le Futur du Beau » est née d’une question que je me suis posée, au vu du fléau que représentent la pollution et la dégradation accélérée de la planète et de nos cadres de vie : Et si un jour, les humains prenaient conscience du potentiel d’exploitation esthétique que contient chacune des petites choses dont ils se débarrassent habituellement, que deviendraient les standards d’élégance ? »
Dans ce projet, je me suis lancé le défi d’imaginer ce à quoi la mode ressemblerait dans 100 ans (2112), si les humains se retrouvaient dans une situation où ils ne pourraient plus rien jeter à la poubelle, parce que ce serait de très mauvais goût.
Ce projet est en même temps pour moi un moyen de traiter la question de la pollution et du recyclage avec une approche conceptuelle et décalée.

Tu aimes mêler le design, la mode, le stylisme comme on peut le voir justement dans cette série. Travailles-tu en équipe ou conçois-tu tout toi-même ?

J’ai toujours été très bricoleur et les petites choses étranges de la boite à outils de mon père et de la boite à ouvrages de ma mère ont toujours été des objets de fascination pour moi, depuis ma plus tendre enfance.
Je travaille donc tout seul, du moins pour mes projets artistiques. Lorsque l’idée m’est venue de commencer ce projet, je suis donc allé « emprunter » une vieille machine à coudre à manivelle dans la remise de mes parents et je me suis attelé à façonner l’ensemble des tenues qui constitue la collection que portent mes modèles dans la série de photos.
Ce fut une expérience riche en enseignements et qui m’a aussi permis de revoir tous les objets qui constituent notre quotidien « de consommateurs gâtés » sous un nouveau jour. Depuis que j’ai réalisé une jupe façon Joséphine Baker avec une centaine de bouteilles d’eau que j’ai collectées dans mon quartier, je considère ces dernières plus comme des objets de beauté potentiels que comme de vulgaires emballages … c’est surtout ça la philosophie de Project Fashion 2112.

Parle-nous de ton expérience en tant que jeune photographe lors de la Biennale de Bamako en 2011. Des rencontres ? Des opportunités ? Des découvertes ? Qu’évoque cet évènement pour toi et t’a-t-il permis de réaliser d’autres projets cette année ?

Les rencontres de Bamako m’ont permis de présenter ce projet à la société de la photo africaine et internationale. Ce fut un événement majeur pour moi, en ce sens qu’il m’a permis d’enrichir mon regard de choses nouvelles et aussi parce qu’il m’a permis de nouer des contacts avec un large éventail d’acteurs culturels d’Afrique et d’ailleurs.
Ce fut mon premier événement d’envergure, et j’ai été particulièrement comblé d’avoir fait partie de l’Exposition Panafricaine, sachant que Project Fashion 2112 était mon premier projet conceptuel.
Les Rencontres de Bamako sont un évènement dans la carrière d’un jeune photographe, on y présente son travail et c’est aussi un forum pour s’exprimer en tant qu’artiste photographe.

Actuellement, tu développes le projet d’un studio photo à Dakar. Peux-tu nous en dire plus ? Quelle clientèle vise-t-il ? Pour quel type de photographie vient-on à ton studio ?

Mon travail a attiré l’attention de clients institutionnels (ONG, multinationales etc.) et d’agences publicitaires mais aussi de particuliers. Pour répondre à leurs demandes, j’ai aménagé un studio qui me sert d’espace de travail où je peux exécuter les projets photos ou vidéos commerciaux qui me sont confiés tout en travaillant sur mes projets artistiques personnels.
Je suis également sollicité par des particuliers qui souhaitent réaliser des portraits, mais j’avoue que la plupart du temps, je me retrouve dans l’impossibilité de le faire, faute de temps.

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© Antoine Tempé

Peux-tu nous parler de la scène photographique sénégalaise. Quels sont les lieux incontournables pour les photographes et les photographes ou collectifs à découvrir ?

La photo dakaroise est très diverse et dynamique, même si je pense qu’elle manque parfois d’un élément fédérateur, comme une maison de la photo.
Beaucoup de photographes mènent une activité commerciale très développée, pour les agences publicitaires ou pour des périodiques.
Pour la scène artistique, il y a un nouvel intérêt pour Dakar, qui pousse beaucoup de photographes d’ailleurs à venir shooter ou carrément s’installer ici, ce qui ne peut qu’aider à rehausser le paysage photo du pays.
Sur les réseaux sociaux, on trouve une multitude de jeunes photographes talentueux qui s’attaquent à des thèmes allant de la nature morte à la documentation des mouvements sociaux.
Des institutions comme le Goethe Institute de Dakar ou la Raw Material Company organisent souvent des expositions collectives sur des thèmes précis, et c’est souvent l’opportunité de rencontrer des photographes lors de présentations et de conférences.

Tu vas exposer dans le OFF de Dak’art . Qu’y présentes-tu ? Dans quel lieu et sous quelle forme ?

Lors de la Biennale de Dakar, j’expose à l’Institut Français de Dakar une série de photographies dénommée « Wax, Poupées de Cire » qui est un essai photographique sur la question de la standardisation des critères de beauté féminins qui aboutit à une sorte d’annihilation de personnalité de celles qu’on nomme « victimes de la mode »
Je participe également à l’exposition « Citoyenneté et Créativité » organisée par la Fondation Friedrich Naumann et j’animerai à cette occasion un séminaire de photographie pour des élèves débutants. Je compte les intéresser à la question de la citoyenneté environnementale par le biais de l’expression artistique.
J’expose aussi de la vidéo dans deux autres lieux de la ville.

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Waxdoll © Omar Viktor Diop

Quels sont tes projets photographiques et actualités futures ?

Comme vous le savez, j’expose cette année ma série Fashion 2112 lors des Rencontres Photographiques d’Arles grâce à une initiative d’Afrique in Visu et d’Afrique En Vie qui, depuis maintenant 3 ans, ouvrent un espace à un photographe, lui donnant l’opportunité de présenter un projet au grand public. Ce sera l’occasion de montrer la suite de cette aventure au public, vu que j’ai continué à exploiter le potentiel esthétique de matières nouvelles auxquelles je n’avais pas encore touchées. Je suis terriblement excité à l’idée de réaliser ce projet d’expo dans un événement aussi important que les fameuses Rencontres d’Arles !
Je travaille entre autres sur un projet de nature morte... l’idée fait son bonhomme de chemin, je vous en dirai plus très bientôt !

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© Omar Viktor Diop
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© Omar Viktor Diop

Voir en ligne : www.omarviktor.com