Ségou revisitée par ses jeunes lycéens interview de Françoise Mauris, responsable du projet

, par Afrique in visu

Pendant le mois de janvier et février dernier, vous avez pu découvrir le projet Ségou-Les lilas qui s’est tenu au Lycée Cabral à Ségou par les chroniques de sa responsable Françoise Mauris et via les images des élèves ou encore leurs poèmes.

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vernissage exposition, 3 et 4 février 2008 © Harandane Dicko

Nous sommes très heureux de vous présenter le résultat de cette résidence-atelier à travers l’interview de Françoise Mauris et les 3 portfolios des ateliers photos :

Alors rendez-vous de ce pas dans la rubrique Portfolio où vous découvrirez les images des élèves, un travail autour du thème de l’architecture qui n’a rien à envier aux expositions professionnelles.

Nous avons pu suivre la résidence Ségou-Les Lilas via le dossier de présentation et tes deux chroniques au cours de la résidence en janvier sur Afrique in visu mais peux-tu revenir sur l’origine du projet ?

L’idée du projet est née en 2006, c’est une initiative personnelle que j’ai développée dans le cadre d’un Master sur les échanges interculturels (Paris III - Sorbonne Nouvelle).
Après avoir travaillé plus de 10 ans dans l’éducation artistique en France, j’ai eu envie de questionner ce principe d’initiation aux pratiques artistiques en milieu scolaire en le délocalisant dans une nouvelle zone géographique.
J’avais aussi envie de m’impliquer dans un projet avec un pays africain avec, en arrière plan quelques « grandes » questions : est-ce que l’art et la culture peuvent être outils de développement ? Comment établir des partenariats « équitables », fondés sur un désir d’échange, sans notion d’aide ou d’assistance ?
C’est la ville de Ségou qui a retenu mon attention car j’avais entendu parler du Festival sur le Niger. Ce festival est une initiative locale des hôteliers et restaurateurs de Ségou sur des bases de tourisme solidaire et de développement local. J’ai donc pensé qu’il y avait là des sujets de réflexion communs.

Lors de mon premier séjour à Ségou, j’ai pris directement contact avec l’un des plus grands lycées de la ville, le Lycée Cabral, qui a la réputation d’être pilote dans plusieurs domaines (CDI informatisé, projets en lien avec le comité de jumelage d’Angoulême…)
Ma première question était de voir si ce type de projet avait du sens (ou si, comme j’avais pu l’entendre en France par certains « africanistes », parler d’éducation artistique dans un pays aussi peu développé était tout à fait prématuré, voir déplacé…).
J’ai rencontré un professeur de Lettres, le documentaliste et le Proviseur du lycée qui se sont montrés intéressés et qui étaient convaincus que l’ouverture culturelle fait partie de l’enseignement et de la formation des jeunes, ici comme ailleurs.
J’avais donc les deux points d’ancrage nécessaires : le Lycée et un évènement culturel important, le Festival sur le Niger.

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atelier photo © Harandane Dicko

A partir de là, j’ai rencontré le maximum de personnes du milieu artistique et culturel malien. J’avais envie de prendre le temps de rencontrer les gens. Je n’avais pas d’échéance ni de cahier des charges puisque c’était un projet individuel… J’ai donc pu, à partir du principe de résidence artistique et pédagogique que je proposais, établir les partenariats et les collaborations nécessaires à l’élaboration d’un projet en commun. J’ai beaucoup écouté, discuté, questionné et pris conseil auprès d’artistes comme Amahiguéré Dolo et, bien sûr, Youssouf Sogodogo.
Si l’écriture et la photo étaient déjà présentes dans le projet, le choix des artistes maliens s’est fait sur place, suite d’ailleurs à toutes ces rencontres.

C’est en juillet 2006 que Youssouf Sogodogo, directeur du CFP, m’a proposé d’intervenir en tant qu’artiste et d’établir un partenariat avec son école. Il a également suggéré d’ajouter un atelier de photo numérique avec Harandane Dicko.
Le CFP est donc devenu le principal partenaire malien du projet : responsabilité et gestion conjointe, mise à disposition de matériel, implication des artistes eux-mêmes … bref, une vraie collaboration !

Le partenariat avec le Festival sur le Niger s’est concrétisé un peu plus tard : il me semblait important d’établir la relation entre la résidence au Lycée Cabral et cet évènement pour créer une synergie. Pour le directeur du Festival c’était une occasion de s’impliquer auprès des jeunes de la ville et de réaffirmer son souhait d’ancrer le Festival auprès de la population.

Après avoir mené les premières démarches seule, j’ai cherché une structure partenaire en France : je me suis adressée à Khiasma, une association culturelle des Lilas dont je connaissais le travail. La philosophie et l’esprit du projet correspondaient à leur politique : ils ont donc accepté d’accompagner la résidence à Ségou et de prévoir un deuxième volet aux Lilas, là aussi sur un principe de réseau de partenaires.

Pourquoi le choix de ces deux approches artistiques, écriture et photo ?

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photographie issu de l’atelier Noir et Blanc avec Aliette Cosset © élèves

Je trouve, de façon générale, qu’il est intéressant de croiser les approches : traiter un même thème avec des entrées différentes permet des lectures à plusieurs niveaux, les échos crées produisent eux-mêmes du sens.
La photographie s’est imposée suite à ma rencontre avec la photographe Juliette Agnel qui intervenait régulièrement dans mon ancienne structure (la MGI) : elle connaissait bien l’Afrique et elle souhaitait participer à l’expérience avec des lycéens maliens.
La présence d’auteurs répond à mon intérêt personnel pour le texte et la langue : je viens du milieu du théâtre et je voulais garder un rapport à une forme vivante (sans les contraintes de mise en scène et sans entrer dans les débats d’esthétiques). Le rapport à la langue prend un sens particulier pour des élèves confrontés au bilinguisme et je souhaitais qu’ils rencontrent des écrivains eux-mêmes dans cette position vis-à-vis de la langue française.
Et puis au Mali, la photo a une vraie existence alors que la production littéraire et dramatique reste en demi-teinte : le rapprochement des deux ne peut qu’être enrichissant.

Finalement, comment l’équipe artistique s’est-elle composée ?

Il a fallu un an et demi pour que la résidence puisse se mettre en place et les deux artistes français prévus au départ n’étaient plus disponibles (maternité pour Juliette Agnel et engagements professionnels pour Koffi Kwahulé…).
J’ai donc invité Arezki Mellal et Aliette Cosset à y participer : leur travail en tant qu’artistes m’intéressait et je les savais également « pédagogues ». De plus, l’un et l’autre connaissaient le Mali pour y avoir travaillé (résidence d’écriture à Bamako pour Arezki et plusieurs projets d’Aliette notamment pour les Rencontres Photographiques de Bamako).
Youssouf et Harandane étaient prévus depuis le début.
Ibrahima Aya m’a été « recommandé » par plusieurs personnes (Adama Traoré, Chab Touré…) et il a été partant dès notre première rencontre. J’avais lu ses textes, apprécié sa qualité d’écriture et la présence de références puisées dans la culture traditionnelle, au service de problématiques contemporaines.

Comment le projet a-t-il été financé ?

La logique de partenariat sur laquelle je suis partie se traduit finalement aussi dans le financement : je ne voulais pas un financement « franco-français » et je souhaitais être dans une logique d’économie (qui ne veut pas dire « au rabais » non plus !).
On connaît la situation économique du Mali : prétendre que des projets artistiques et culturels peuvent s’y développer suppose de prendre en compte la réalité du niveau de vie du pays. On risque sinon de faire passer le message inverse et de renforcer l’idée que tout ça est un luxe, réservé aux nantis et aux « blancs ».
Bien sûr, il faut des moyens pour répondre à l’ambition du projet mais on peut aussi faire des choix qui permettent de limiter les dépenses.
En complément des subventions attribuées au CFP ou à Khiasma (SCAC, CCF de Bamako et CCF d’Alger, coopération suisse, ONG Intervida, Via le Monde), j’ai cherché à établir des partenariats pour les apports logistiques et matériels.
Il y a eu, par exemple, des conventions avec le Comité de Jumelage d’Angoulême pour le logement des artistes, avec la Maison Africaine de la Photographie de Bamako pour le transport du matériel, avec Intervida pour le lieu d’exposition et les photocopies, avec le Festival sur le Niger pour le vernissage de l’expo et des collaborations avec le Mieruba pour l’accès à internet, avec l’association ARHOME pour le tournage d’un documentaire, avec Afrique in visu pour la communication…plus la mise à disposition par le CFP de son matériel et des apports privés (appareils numériques donnés par OLYMPUS, matériel labo donné par un lycée parisien …)
Ces apports, mis bout à bout, ont permis de faire la différence et, de plus, même s’il n’y a pas eu d’apport financier direct, on peut réellement dire que les structures et institutions maliennes ont investi.

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photographie issu de l’atelier sténopé avec Youssouf Sogodogo © élèves

Sur place comment s’articulait le projet entre les différents photographes, les écrivains et les élèves ?

Ce type de projet est d’autant plus intéressant qu’il s’inscrit dans le rythme scolaire : le partenariat avec l’enseignant devient essentiel puisqu’on s’adresse ainsi à toute sa classe. On parle donc bien « d’éducation » et non de loisirs, et tous les élèves participent au projet, y compris ceux qui n’auraient pas fait la démarche volontairement (c’est d’ailleurs souvent ceux-ci qui font les plus belles découvertes !).
Le Proviseur, Mr Touré, avait accepté le principe de consacrer les heures de français aux ateliers, chose tout à fait inhabituelle dans les établissements scolaires.
On a pu travailler avec une classe entière de niveau Seconde, section littéraire (49 élèves dont une quinzaine de filles) et avec leur enseignant, Ahmadou Khassoum Touré.
Répartis en cinq groupes, les élèves ont choisi leur atelier : il y avait 8 élèves par groupe photo et 12 ou 13 par groupe d’écriture. Ils travaillaient soit l’écriture avec Arezki ou avec Ibrahima, soit la photo : sténopé avec Youssouf, argentique avec Aliette, numérique avec Harandane. Il y a eu, en moyenne, 30 à 40 heures de travail pour chaque atelier entre le 7 janvier et le 3 février.
Nous avons commencé les séances sur les heures de français (2h par jour) mais une grève des enseignants nous a permis de modifier les rythmes et chaque atelier a pu évoluer de manière autonome… après quelques inquiétudes à cause de cette grève générale, nous avons eu une bonne surprise : tous les élèves sont venus ainsi que l’enseignant. Le Proviseur nous a laissé utiliser les locaux, le documentaliste a laissé le CDI ouvert. Il y a donc eu plein de bonnes volontés pour qu’on continue le projet…dans un lycée désert !

Les prises de vues étaient-elles réalisées dans Ségou ou aussi à l’extérieur ?

Le thème commun, en lien avec celui choisi par le Festival du Niger était « Ségou, ville d’architecture ». Nous avons donc organisé plusieurs sorties, en petits groupes, à pied ou avec le véhicule du Lycée. Les élèves ont visité des sites de réhabilitation d’habitat traditionnel en banco, des constructions dans le style soudanais, le quartier colonial et les quartiers plus récents.
Ils étaient ravis car cela ne se produit jamais …
Certaines sorties ont été consacrées aux prises de vues, d’autres permettaient un travail d’observation pour nourrir le travail d’écriture (noter des couleurs, des jeux des lumières, des images…).

Les élèves se sont-ils approprié le thème « écrire et photographier la ville » ?

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vernissage exposition, 3 et 4 février 2008 © Harandane Dicko

C’est toujours difficile de mesurer les « effets » d’un parcours d’atelier mais ce qui est clair, c’est qu’ils ont travaillé dessus….et leurs productions en sont la meilleure preuve. Ils ont été amenés à se questionner sur ce thème là et, sans doute, pour la première fois. Ils ont regardé leur ville et leur environnement avec un regard différent. Ils ont, par exemple, réalisé que l’architecture en banco fait partie de leur patrimoine, que ces maisons peuvent être « belles » et que de nombreux architectes maliens mais aussi européens ou américains s’y intéressent… alors que pour la plupart des maliens, le banco est associé à la pauvreté.
Passer d’un quartier traditionnel de ce type aux constructions coloniales, c’est aussi repérer les traces de l’histoire… toutes ces ouvertures font partie du parcours.
On a senti que leur curiosité était en éveil et c’est aussi l’un des objectifs du projet.
Les visites, les diffusions de DVD, la découverte de formes littéraires et de textes contemporains proposés par les auteurs, les lectures « interprétées » par leur enseignant ou par des acteurs ont permis des « déclics ».

Je crois que vous avez eu quelques problèmes techniques pour le Laboratoire …
En effet… nous voulions que les tirages soient réalisés sur place et c’était une gageure !
Le CFP avait prévu le matériel nécessaire mais c’est l’installation du labo au Lycée qui a été compliquée : le local prévu était « à l’abandon » depuis fort longtemps et il a fallu faire appel à tous les corps de métier (plombier, électricien, maçon…) pour le remettre en état !
Le passage au laboratoire n’a pu se faire qu’au bout de trois semaines : il y a donc eu du retard pour le développement et les tirages se sont fait en toute fin. Du coup, si les élèves ont suivi toutes les étapes ils n’ont malheureusement pas réalisé tous les tirages.
Les problèmes techniques se sont posés surtout pour Aliette Cosset et Youssouf Sogodogo (qui ont su faire preuve de beaucoup de patience et d’adaptabilité et qui ont réussi à trouver malgré tout des solutions !). Harandane n’a pas eu ces soucis car il avait son propre matériel pour le travail en numérique.
Le côté positif, c’est que le Lycée dispose maintenant d’un local remis en état et de matériel : nous avons pu laisser sur place un agrandisseur, des bacs, de la chimie, des pellicules et du papier, plus les 4 appareils numériques donnés par OLYMPUS et 5 appareils argentiques donnés par des amis… L’intérêt étant bien sûr que l’activité puisse se poursuivre.

Les élèves avaient ils déjà utilisé un appareil photo ?

Non et on peut presque dire qu’ils n’avaient même jamais vu de photos, en tous cas de photo « artistiques » : ils ne connaissent que les portraits de studio, les photos de mariage ou les photos du journal.
Ils ont découvert, grâce aux DVD diffusés par Aliette et Harandane, l’existence de la Biennale de photo de Bamako, l’existence de Malick Sidibé, de Seydou Keita ou d’Adama Kouyaté (qui vit à Ségou !). Ils ont vu que cet évènement donnait une image positive et créative de leur pays, que les TV y compris étrangères s’y intéressaient et c’était une vraie découverte (d’ailleurs, après les diffusions, la plupart voulaient devenir photographes …) .
Ils ont aussi pu découvrir le propre travail des artistes et commencer à se poser des questions d’esthétiques, de choix et de qualité d’expression.
Malgré des niveaux de français très disparates, il y a eu de vraies séances d’analyse et de lecture d’images (y compris pour sélectionner les photos pour l’expo).

Sais-tu si ils ont été plus séduits ou étonnés par le numérique, l’argentique ou le sténopé ?

Ce qui a le plus étonné tout le monde, élèves et public compris, c’est le sténopé ! Pendant l’exposition Youssouf avait laissé les « appareils » sténopés (boîtes de lait, cartons…) avec lesquels les élèves avaient travaillé : tout le monde était sidéré par le résultat et par cette technique « magique » …
La présence des trois techniques (sténopé, argentique et numérique) – qui retrace l’histoire de la photo - était particulièrement intéressante : la spécificité de chaque support, le traitement proposé par l’artiste et l’apport personnel des élèves étaient mis en valeur et se faisaient écho grâce au thème commun de l’architecture.

Le résultat en images et en textes est très intéressant, qu’en était-il de l’exposition dans le cadre du Festival sur le Niger ?

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vernissage exposition, 3 et 4 février 2008 © Harandane Dicko

L’exposition a été programmée pendant les trois jours du Festival au Centre culturel Malick Coulibaly, dans le centre ville de Ségou. Grâce au partenariat avec l’ONG Intervida, qui gère depuis peu ce lieu culturel destiné aux jeunes, nous avons pu investir la grande salle qui était aux bonnes dimensions pour notre présentation. De plus, le Centre a été rénové cet automne, c’est un endroit agréable et la collaboration avec l’équipe a été très satisfaisante.

L’expo était volontairement assez sobre car le principe n’était pas de produire en grand nombre mais en qualité !
Il y avait 16 sténopés du groupe de Youssouf, 12 tirages noirs et blancs dont 4 formats 40X50 du groupe d’Aliette, 2 murs d’images numériques en couleur de l’atelier d’Harandane en regard de sa production personnelle (6 tirages couleur, moyen format).
L’accrochage était « soigné » : marie-louise ou contre collage sur carton plume et cartels avec les noms des élèves imprimés.
Pour les textes, nous avons opté pour deux formes de présentation et joué sur des formats différents pour chaque groupe. Ceux d’Arezki, saisis sur ordi ont été tirés en A3+ et collés au mur. Ceux d’Ibrahima ont été présentés de façon plus intime, sous la forme de petits carnets de cuir posés sur des tables et que le public pouvait manipuler. A l’intérieur de chaque carnet, sur une feuille de papier, chaque élève avait écrit à la main son poème.
Nous avons eu pas loin de 150 personnes qui sont venues à l’expo, sur 2 jours : ce qui, compte tenu du manque d’habitude du public et du manque de communication et d’information par le Festival n’était pas si mal…
Les réactions ont été très positives et le « livre d’or » est plein de commentaires enthousiastes : certaines personnes avaient même du mal à croire que les élèves avaient réalisé eux-mêmes ces images et ces textes…
C’est vrai qu’il a dans ce type de projet une ambition, une exigence de qualité. Le but n’est pas de faire des ateliers d’animation culturelle, de l’initiation ou de laisser libre cours à une expression « spontanée ». D’où l’importance du choix des artistes et de leur implication.
Je ne demande pas aux artistes d’être des « professeurs d’art » mais de transmettre et partager leur univers artistique, ce qui me semble plus enrichissant pour les élèves – et pour les artistes eux-mêmes. Chacun propose un contenu d’atelier en lien avec ce qui l’anime, à ce moment donné et dans ce contexte.
Harandane travaille à une série sur les lieux désaffectés, Aliette s’intéresse à une forme de photos théâtralisées et mises en scène, Youssouf poursuit son travail sur la lumière et sur les contrastes. Je pense qu’on peut retrouver dans les travaux des élèves « quelque chose » de chaque artiste…
Le travail d’écriture ne suit pas les mêmes logiques mais nous avions fait le choix, avec les auteurs, d’aboutir à un seul et unique texte par élève, une forme brève dans laquelle chaque mot a été travaillé. Là aussi, en lisant ces poèmes, on perçoit la présence et l’accompagnement de l’artiste.

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vernissage exposition, 3 et 4 février 2008 © Harandane Dicko

Que retiens-tu de ce projet ? Quelles sont pour toi les grandes réussites de cette expérience ?

J’ai toutes les raisons d’être satisfaite du déroulement et des résultats. L’engagement de l’enseignant, du Proviseur, des artistes a été réel et précieux ! Les élèves ont eux aussi joué le jeu et, je pense, ont apprécié le caractère exceptionnel de l’expérience.
Je n’ai vraiment pas regretté le temps que j’avais passé en « préparation » à Ségou et les relations personnelles qui se sont crées au fil du temps : je crois que c’est ce qui a rendu les collaborations efficaces et simples.
J’ai ainsi pu solliciter et faire intervenir plusieurs acteurs culturels ségoviens : Boubacar Dumbia, directeur du N’Domo, a accueilli les élèves dans son atelier de bogolan et leur a appris le sens des idéogrammes traditionnels, Boubacar Keïta de Via Patrimoine a commenté les visites des maisons en banco, Mamadou Sangaré, comédien et directeur du Mieruba, a fait des lectures en classe et en public…
De la même manière, c’est avec le bibliothécaire que s’est organisée la rencontre avec les écrivains qui a eu lieu pendant le Festival. Il y a convié son public habituel (enseignants relais, « club des amis du livre ») et a animé le débat.
Un autre temps fort a été le module d’initiation au numérique avec l’association des photographes de Ségou, animé par Harandane Dicko, qui a été extrêmement apprécié et qui a révélé une demande énorme des professionnels.
Pendant les 15 jours qui ont suivi, le président de l’association n’a eu de cesse de rédiger des courriers et de déposer des demandes pour poursuivre ces formations avec Harandane et avec le CFP, c’est-à-dire avec des artistes de talent, des professionnels compétents et … maliens !
En toute logique, d’autres projets entre le CFP et Ségou devraient voir le jour.
Le projet n’est donc pas resté cloisonné au Lycée et il y a eu une dynamique autour de la résidence.
Au chapitre des regrets, on peut par contre noter une difficulté à faire rayonner le projet dans le Lycée lui-même : peu d’élèves et d’enseignants des autres classes s’y sont intéressé (la grève a peut être joué…) et nous n’avons pas rencontré les familles non plus.

Pour conclure, quelle est la suite de ce projet ? Pourra-t-on le voir à Bamako ou en France ?

L’expo est actuellement présentée au CFP de Bamako : un vernissage doit avoir lieu prochainement et Youssouf souhaite inviter des lycées pour sensibiliser d’autres jeunes (et pourquoi pas les intéresser au métier de photographe…).
A Paris, un évènement retour est prévu à l’espace Khiasma : en fonction des moyens, il s’agira soit d’un évènementiel, soit d’un dispositif similaire de résidence avec les mêmes artistes. On envisage aussi une suite éditoriale et nous sommes en recherche de production pour réaliser le documentaire.
A Ségou, le CFP espère remonter l’expo pour que plus de ségoviens puissent la voir (peut-être au Lycée ?).
Il y a, bien sûr, des envies de renouveler l’expérience : Ségou pourrait devenir une ville pilote de projets d’éducation artistique, comme le souhaite le CFP. On a aussi rêvé d’un lieu de résidence permanent pour artistes de pratiques et d’origines aussi diverses que possible…

J’aimerais, pour finir, sincèrement remercier celles et ceux qui ont contribué à la réalisation de ce projet : les artistes, l’équipe du lycée Cabral, l’équipe du Festival sur le Niger, Olivier Marboeuf et Roselyne Burger (Khiasma), Minga Siddick (CFP), la diaspora ségovienne, les financeurs et les partenaires.
Et les personnes qui m’ont, à titre individuel, soutenue ou aidée : Juliette Agnel, François Girard, Marie Bultel, Marie Dehaulme, Eugénie Ormsby, Martine Girault, Igor Lahondes, Djeneba Tounkara, Amadou et Fatou Traoré, Adama Traoré, Aminata Sy, Wa, Bafing, Youssouf Diarra, Oumar Touré, Issoufi Dicko, Dolo, Barou, Moussa Keita, Bina, Arouna, Zou, François Graftieaux.
Et un grand merci à Jeanne Mercier et à Baptiste de Ville d’Avray.

Maintenant nous vous laissons découvrir les galeries des photographies réalisées par les élèves du lycée Cabral.