Sur la piste de Tarzan Une aventure gabonaise

, par Afrique in visu, Gwenn Dubourthoumieu et Simon Sanahujas

A l’occasion de la sortie du livre « Sur la piste de Tarzan », nous avons interviewé à quatre mains les deux auteurs, Gwenn Dubourthoumieu (photographe) et Simon Sanahujas (écrivain).
Un livre basé sur une idée un peu farfelue ; partir sur les traces du personnage légendaire de Tarzan en Afrique. Focus sur un récit décalé qui alterne des anecdotes, des moments de galères mais aussi des rencontres tout en suivant les pistes données par les textes d’Edgar Rice Burroughs.

Pouvez-vous nous présenter les profils des personnages principaux du livre ?

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_ « Sur la piste de Tarzan » tourne autour de quatre personnages ou entités : Tarzan, le Gabon et nous, Gwenn Dubourthoumieu et Simon Sanahujas. Si Tarzan représente l’archétype de l’homme sauvage, celui d’un enfant qui n’a de civilisé que la naissance, se retrouvant seul face aux écueils d’une nature aussi primaire qu’hostile, le fait d’encrer notre voyage dans le Gabon moderne nous permet de mettre ce fait en perspective. En effet, alors que le Gabon se trouvait être à l’époque de Tarzan (soit la dernière décennie du XIXème siècle et la première du suivant) un endroit pratiquement inhabité, domaine exclusif de la forêt équatoriale et de sa faune, celui que nous avons parcouru est désormais un pays en pleine mutation, notamment par son industrialisation progressive.
Enfin, il y a nous, Gwenn, photographe installé au Congo et ancien travailleur humanitaire dont le regard habitué à l’Afrique s’oppose à celui de Simon, jeune écrivain métropolitain.

Pourquoi cette quête ?

A la base de cette série se trouve l’idée de chercher à lier un personnage de littérature populaire à un territoire réel et contemporain. En 2008, nous avons effectué un premier périple au Texas sur les traces de Conan le Cimmérien. A l’époque, il s’agissait surtout de retrouver les lieux ayant inspiré son auteur – Robert E. Howard, un Texan pure souche ayant vécu durant les premières décennies du XXème siècle – et nous nous sommes rendus compte sur le terrain que ces inspirations allaient beaucoup plus loin. En effet, nous avons découvert que l’écrivain avait réutilisé bien plus que des paysages pour former le monde des aventures de Conan : on y retrouve des morceaux de l’histoire particulière du Texas, de la mentalité de ses habitants etc.
Ce voyage et le livre qui en a résulté (« Conan le Texan », paru fin 2008 également chez les Moutons électriques) nous a tant enthousiasmé que nous avons immédiatement projeté de faire une série d’ouvrages reposant sur le même concept. En réfléchissant à divers héros de littérature populaire, Tarzan s’est rapidement imposé à nous et c’est en faisant des recherches que nous avons défini que son histoire devait prendre pour cadre le Gabon. Et, comme Edgar Rice Burroughs précise dans les premières lignes de « Tarzan of the Apes » (le premier roman de la saga) qu’il s’agit d’une histoire réelle, nous avons décidé cette fois d’aller rechercher les lieux de ces aventures pour vérifier la plausibilité de Tarzan.

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© Gwenn Dubourthoumieu

Comment s’est fait le livre ?

Durant le voyage, nous avions tenu un blog journalier hébergé par Libération.fr. Nous l’alimentions régulièrement en transmettant au responsable des blogs un article pour chaque jour de notre voyage et celui-ci s’occupait de le mettre en ligne. Nous disposions donc d’une base textuelle. Mais, désireux de proposer quelque chose de différent pour le livre, nous avons décider de découper l’ouvrage en articles thématiques alternant des sujets consacrés à un aspect de Tarzan et d’autres tournant autour de la vie au Gabon au début du XXIème siècle. J’ai donc réécrit un texte complet que j’ai ensuite envoyé à Gwenn. Celui-ci a sélectionné des photographies correspondant aux thématiques évoquées puis nous avons retravaillé le tout ensemble. Gwenn me proposait des modifications sur le texte et je lui proposais des photos auxquelles il n’avait pas forcément pensé. Une fois que nous avons obtenu une matière photo/texte qui nous convenait, nous avons envoyé le tout au maquettiste qui s’est chargé de les mêler harmonieusement. Sébastien Hayez (le graphiste) nous a également soumis d’autres idées. Ainsi c’est lui qui m’a demandé d’ajouter des sous-titres aux chapitres afin d’enrichir la mise en page. En même temps, cela a été salvateur pour préciser l’orientation de chacun de ces chapitres. C’est aussi avec lui que nous avons travaillé sur les exergues et les citations des textes de Burroughs. En fonction de la mise en page, il me demandait plus ou moins de ces extraits afin de souligner le texte et de coller aux photographies.

Sur la piste de Tarzan, est-ce une fiction ? Et en quoi cela se rapproche-t-il du livre d’ Edgar Rice Burroughts « Tarzan » ?

« Sur la piste de Tarzan » n’est absolument pas une fiction. Il s’agit avant tout d’un récit de voyage dont chaque scène et jusqu’à la moindre anecdote sont vécues.
Le personnage de Tarzan sert de toile de fond et de moteur à ce voyage. En nous basant sur les deux premiers romans d’Edgar Rice Burroughs – dans lesquels il affirme que son histoire est vraie – nous sommes partis au Gabon dans l’idée d’y retrouver les lieux de cette histoire. Et au fil des pages, le lecteur apprend tout de ces découvertes et chacune d’entre elles est remise dans son contexte. Ainsi, un lecteur qui ignore tout de la légende de Tarzan ressortira de cette lecture en connaissant toutes les bases de son histoire.

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© Gwenn Dubourthoumieu

Comment s’est décidé le trajet- destination ?

Suite aux recherches effectuées en amont de notre voyage, nous avions établi une liste de lieux qui nous semblaient pouvoir correspondre aux récits de Tarzan et que nous voulions visiter et étudier. Mais sur place, pas mal de choses ont changé. Tout d’abord, la lenteur et l’incertitude complète liés aux trajets nous a forcé à revoir ces objectifs. Par exemple, nous avions initialement prévu de passer également en Guinée équatoriale ainsi qu’au Cameroun et nous avons rapidement du faire une croix dessus pour nous concentrer sur le Gabon. Ensuite, nous avons questionné de nombreuses personnes sur place et ces rencontres nous ont amenés à nous intéresser à d’autres endroits. Il existait aussi des endroits pour lesquels nous ne possédions pas de localisation géographique précise. C’était le cas de la plage natale de Tarzan par exemple, que nous estimions se trouver dans le sud du pays, ce qui représente quelques deux cents kilomètres de côte. Par contre, les descriptions présentes dans le roman demeuraient assez précises. Finalement, nous avons visité un grand nombre de plages et c’est en questionnant les Gabonais sur ces détails particuliers (la présence d’un promontoire rocheux par exemple) que nous avons finalement réussi à la trouver.

Racontez nous une anecdote, un détail de ce livre...

Il y a un million d’anecdotes dans le livre ! Si nous devons en choisir une, peut-être serait-ce celle de Doussala, lorsque à la lisière d’un parc national, la cuisinière de nos amis « éco-touristes » allemands leur préparait un jeune crocodile pour dîner. Pourtant, l’affiche du WWF présentant les espèces protégées au Gabon (dont fait parti le crocodile) était épinglée au mur juste à côté ! L’éco-tourisme au Gabon reste malheureusement une notion avant tout économique ; tous les Gabonais semblent être d’accord pour encourager l’arrivée de touristes à l’aide de programmes écologiques, mais les habitudes alimentaires, elles, ne semblent pas changer. Ainsi, un de nos compagnon de voyage, après nous avoir vanté l’importance de l’écologie et de la protection des espèces en danger au Gabon, commentait la fameuse affiche du WWF d’un air gourmand, en précisant qu’il avait justement mangé du gorille la veille !

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© Gwenn Dubourthoumieu

Et les Gabonais, quel est leur avis sur Tarzan, sur votre projet ?

C’est assez amusant car ils ont pratiquement tous eu les mêmes réactions. Lorsque nous leur expliquions le motif de notre voyage, ils éclataient de rire. Ce projet leur paraissait tellement farfelu, insensé et surprenant qu’ils ne pouvaient qu’en rire. Certains ajoutaient aussi que nous étions des gens décidément sacrément bizarres puisque nous étions capables de dépenser argent et énergie dans un projet absolument inutile. Enfin, passé le fou-rire, ils nous demandaient systématiquement pourquoi nous avions choisi le Gabon. Et lorsque nous leur expliquions que d’après nos recherches, si Tarzan avait existé cela aurait été dans leur pays, c’est alors un sentiment de fierté que nous découvrions.

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© Gwenn Dubourthoumieu

Et la suite, une idée d’un nouveau personnage dont vous nous ferez suivre les aventures ?

Dès « Conan le Texan », nous ne voulions pas en rester là et nous avons très vite eu l’envie de partir sur un projet de série. Nous sommes donc constamment à la recherche d’autres personnages, issus de la littérature populaire si possible, qui pourraient nous emmener dans un nouveau voyage. Et actuellement, nous hésitons entre le Don Quichotte de Cervantès et le Dracula de Bram Stoker. Nous espérons nous décider bientôt, à moins qu’un autre héros ne s’impose à nous d’ici là, comme ça été le cas pour Tarzan qui nous est apparu comme une évidence.

Actu des expos

- Exposition de photographies tirées du livre « Sur la Piste de Tarzan » du 20 septembre au 23 octobre à la FNAC de Reims
- Exposition de photographies tirées des livres « Sur la Piste de Tarzan » et « Conan le Texan » du 5 novembre au 29 décembre à la médiathèque Croix Rouge de Reims, 19 rue Jean-Louis Debar - Conférence / débat le 11 décembre à 14h30 en présence des auteurs.

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© Gwenn Dubourthoumieu

Voir en ligne : Site de Gwenn Dubourthoumieu