Click et ca repart ! Redémarrage des rencontres internationales de la photographie de Ghar el Melh – Tunisie

, par Selim Harbi

Apres quatres longues années d’interruption, Ghar el Melh ce petit village entre mer et montagne au nord de la Tunisie retrouve ses 8eme rencontres internationales de la photographie, l’occasion de renouer avec un publique avide qui attendait le redémarrage de cette manifestation impatiemment. Freinées principalement par le manque de moyens financiers, puis par la révolution, ces rencontres ont pu renaitre de plus belle grâce à une volonté commune de faire de Ghar el Melh, LA manifestation Photographique de la Tunisie. Et comme son nom l’indique c’est bien de rencontres qu’il s’agit puisque cette année une trentaine de photographes tunisiens et étrangers (pour la plupart présents) minutieusement sélectionnés par un comité flambant neuf composé essentiellement de jeunes qui a visé plus que juste en proposant un unique panorama allant du reportage au portrait en passant par la photographie conceptuelle pure. Superbement réparties dans les cellules et couloirs du Fort lazaret (majestueux fort ottomans surplombant le village), les expositions viennent rajouter une strate de "vagabondage visuel" sur les murs de pierre déjà riche en histoire. Ghar el Melh c’est aussi un programme varié : Tables ronde, critique, projection nocturnes (assurés par le mythique Hamideddine Bouali, historien de la photo et animateur des rencontres), films et musique avant les déambulations sur les plages de Sidi ali el Mekki, transformées en studio photo pour les uns et en after pour les autres pour poursuivre leur débats entamés le soir : Y a t il une tradition photographique en Tunisie ? une des questions qui m’a passionné personnellement. On y sent un léger clash de générations mais qui s’évapore aussitôt avec le magnifique lever de soleil sur la baie de Sidi Ali el Mekki.

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8eme rencontre de la Photographie de Ghar el Melh- Tunisie
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Fort Lazaret - 8eme rencontre de la Photographie de Ghar el Melh- Tunisie
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Fort Lazaret - 8eme rencontre de la Photographie de Ghar el Melh- Tunisie

Le photographe tunisien Douraid Souissi donne un élément de réponse avec son exposition nommé Afrique : Aberration chromatique, une série réalisée entre Abidjan et Lomé, où le photographe rend compte d’une exploration selon lui : des Afriques et non pas d’une Afrique, que ni le noir ni le blanc, mais les nuances de gris sont les aptes à retranscrire...magnifique cristallisation de moments tactiles, dégageant l’artifice sans être artificielles ou le photographe “démystifie“ un réel africain figé par une photographie longtemps ethnocentrique. Une forte série, d’une maitrise technique irréprochable flirtant la mise en scène, néanmoins l’introspection visuelle proposée est assez périlleuse, car à première vue les photographies sont sèchement belles et on s’y attarde pas, un léger déjà-vu nous flirte l’esprit, on pense avoir déjà vu cela quelque part : mais finalement non... là je pose la question : le pas cliché n’est il pas devenu lui même cliché ?

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Afrique : Aberration Chromatique © 2013 - Douraid Souissi

Aussi, la photographe tunisienne Ons Ghimagi signe une série bien surprenante. Avec a-pesanteur, la jeune photographe interpelle la notion d’espace public et nous fais redécouvrir des espaces insolites avec un regard voulu naïf...mais est ce cela possible sans défigurer cet espace ? La photographe réussi tant bien que mal, en un tour de passe-passe magique a faire surgir peut-être involontairement le temps, choisissant des perspectives inhabituelles et des atmosphères presque fictifs, a-pesanteur est une série conséquente visuellement mais qui se perd "dans l’espace" quand au propos initial comme quoi cherche l’espace tu trouveras le temps et vice-versa.

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A-pesanteur © 2014 - Ons Ghimagi
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A-pesanteur © 2014 - Ons Ghimagi

Le reportage Les enfants de la lune du photographe tunisien Zied ben Romdhan est mon coups de cœur de ces rencontres, présenté néanmoins en Off des rencontres lors d’une projection spéciale ce reportage nous raconte l’histoire d’enfants atteints d’un dysfonctionnement génétique, connu sous Xeroderma pigmentosum, des gens qui ne peuvent pas sortir a la lumière, vulnérables aux rayons du soleil les obligeant à mener une autre vie. Le jeune photographe tunisien propose une histoire touchante et fataliste, forte et douce à la fois , courageuse et fébrile d’une minorité de gens privée de la lumière. Le choix du noir et blanc est justifié et très convaincant puisqu’il met très bien en relief la notion de lumière et son importance dans la vie et pour la photographie également. Une vraie empathie se crée avec ces enfant là, on a envie de les voir de parler avec eux, de toucher leur peau, même de les protéger... Ce reportage nous plonge dans une profonde réflexion qu’est ce qu’une belle photographie ? Est ce le thème de cette dernière, la façon dont elle a été prise, sa pérennité dans le temps ou bien juste sa simplicité à nous raconter la réalité et à nous ouvrir des fenêtres sur un ou des mondes que nous ignorons ? Je pense que c’est tout ça en même temps.

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Les enfants de la lune : Yacine portant un masque de protection, attandant son pére dans la voiture il a arreté l école a cause de la maladie. © 2014 - Zied Ben Romdhane
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Les enfants de la lune : Farah, 26, dans sa chambre , Ariana - Tunisie © 2014 - Zied Ben Romdhane

Ghar el Melh nous ouvre finalement des fenêtres sur ces mondes que nous croyons connaitre, et nous fais rencontrer ces gens là qui partagent avec nous leur visions, leur rêves et leurs aventures. Certes cette reprise n’est pas parfaite et on notera beaucoup de défaillances logistique et une faible présence médiatique, mais c’est une forte promesse pour la prochaine édition.