Rencontres de Bamako 09 : édition du 10 novembre La 8ème biennale africaine de la photographie au jour le jour...

, par Afrique in visu

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Ce début de semaine fût festif ! Un lundi plein de surprises...

Les lectures de portfolios ont battu leur plein. Photographes, comme galeristes ou rédacteurs de magazines avaient soif d’échanges.
Pendant ce temps, en écho au thème « Frontière », une projection se tenait au Musée National autour des « Migrations » entre autre le très beau travail de Raisan Naidoo « The indian drums ».
A la tombée de la nuit, le CFP, Cadre de Promotion en Formation à la Photographie, nous donnait rendez-vous pour découvrir des travaux des étudiants et stagiaires. On pouvait remarquer la dynamique de cette école et le superbe résultat du stage réalisé avec l’ APCM.
Dans la rue, le CFP proposait au son des balafons des projections où tout le quartier était présent.
Pour le dîner et la fin de soirée, un dîner-concert proposé par Creative Africa Network a fait danser les festivaliers au son des derniers tubes maliens, ivoiriens et autres…

Pour ce troisième numéro, Afrique in visu vous invite dans l’univers de la photographe Myriam Abdelaziz à la rencontre des darfouris du Caire. Un travail sensible. Notre contributeur du jour, Yves Chatap, nous propose un focus sur la partie vidéo de l’expo panafricaine avec un focus sur le travail « Dommages collatéraux » du réunionnais Jack Beng-Thi. Andrew Esiebo, photographe nigérian, nous fait revivre en images la soirée de lundi soir et ses festivaliers déchainés sur la piste de danse. Et encore plein de surprises et de témoignages.

Bonne lecture et à demain pour suivre la suite des Rencontres...

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Myriam Abdelaziz, une histoire des darfouris au Caire.

Au regard des photos panoramiques de Myriam Abelaziz , on part à la rencontre des darfouris réfugiés dans les banlieues du Caire. Un très beau travail où la lumière façonne les visages et témoigne de l’histoire de ces populations déplacées.

Myriam Abdelaziz est née au Caire en Egypte en 1976. Elle commence la photo à l’âge de 16 ans pendant le lycée, comme activité secondaire, en prenant des cours à droite à gauche mais sans faire de réelle formation. En 2005, elle décide de tout arrêter pour se consacrer à la photographie et part à New York pour faire une formation à l’ICP (International Center of Photography. Cette photographe qui vit aujourd’hui entre New York et le Caire parcourt la région du Caire, le Moyen-Orient et l’ Afrique.

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Darfouris au Caire © Myriam Abdelaziz

Myriam Abdelaziz travaille principalement sur des sujets liés au Moyen-Orient. Dernièrement, elle a travaillé sur des portraits de femmes dans tout le Moyen-Orient : Egypte, Liban, Syrie, Jordanie.

Elle est représentée par une galerie à Dubai « The Empty Quarter » et en agence chez REDUX et ArabianEye

Dans l’exposition panafricaine, on découvre la magnifique série« Darfouris au Caire » qui présente des portraits environnement panoramiques dans la banlieue industrielle du Caire. Une série tout en douceur qui nous révèle, à travers des portraits, un bout de vie de ses réfugiés. Myriam Abdelaziz joue avec la lumière et les couleurs pour renforcer l’aspect esthétisant de ces images. Ainsi pour raconter l’histoire de ces personnes, elle rend les photos attrayantes pour toucher d’autant plus le commun des mortels.

Impression de la Biennale :
C’est la première fois que Myriam Abdelaziz expose et se rend à la Biennale : « Je trouve que toutes les expositions sont de bonne qualité. Les curateurs ont fait un bon boulot. Très inspirant, car les photographes contemporains africains n’ont pas une grande visibilité à New York. J’ai aussi apprécié l’intimité de ce festival. Cela m’a permis de rencontrer beaucoup de photographes avec qui j’ai pu échanger et partager beaucoup de choses. »

Actu :
Myriam Abelaziz vient de se voir attribuer la mention honorable pour la compétition nationale du Caméra club de NY.
On pourra retrouver son travail lors de Paris Photo dans sa galerie « The Empty Quarter ».

Pour en voir plus sur le travail de Myriam Abdelaziz, rendez-vous sur son site : www.myriamabdelaziz.com

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De l’usage du paysage comme critique écologique.

La présence importante de la vidéographie au sein des 8e Rencontres de Bamako témoigne des enjeux du numérique dans les pratiques artistiques chez les artistes africains. Cette pratique interactive encourage le spectateur à créer ses propres narrations. La vidéographie aura permis d’acquérir, pour la période contemporaine, une conscience plus nette des problèmes d’espaces.

La vidéo de Jack Beng Thi « Dommages collatéraux » suscite une attention particulière du spectateur par son caractère insolite et se double d’un fort questionnement qui doit beaucoup à une parfaite maîtrise de son sujet : l’espace naturel et la mémoire historique. L’artiste souligne volontiers que ce travail n’est qu’une partie de l’installation plus grande et doit provoquer chez le visiteur un raisonnement social. En effet, son intention première est d’expérimenter l’inconscient de l’homme par la confrontation sur l’espace et le temps. Intégrer cette dualité et s’y projeter, grâce à ces ombres humaines traversant en permanence le cerveau, apparaît comme une volonté de réconcilier l’homme avec son écosystème. En définitive, c’est placer le spectateur dans la position d’expérimenter une dynamique terrestre et spirituelle.

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© Jack Beng Thi

En reconstituant le cerveau humain, et en y introduisant des images de guerre et de paysage réunionnais, l’artiste insère les moments forts de notre mémoire collective dont on ne peut se départir. Qu’avons-nous fait de cet héritage ? Le caractère cyclique de notre histoire est là pour nous rappeler l’acharnement de l’être humain à se complaire dans la violence et l’autodestruction. L’oubli de l’histoire et par extension le rejet de notre espace naturel ne conduit qu’à dresser l’être humain contre lui-même. C’est dans cette perspective que l’on peut lire la fin de la vidéo qui s’achève par l’apparition d’un crâne, symbole de l’ancestralité ?, nous interpellant « je ne suis pas content de vous !! ». On est dans un symbolisme utopique rappelant un temps mythique où les hommes et les animaux vivaient en bonne intelligence sans conflit ni opposition de nature.

Cette œuvre cherche à rendre compte d’une réalité : celle de la nature continuellement salie et violentée et d’une mémoire collective volontairement oubliée. Ainsi, le thème écologique apparaît comme une préoccupation artistique constante dans cette réflexion sur les frontières.

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Soirée du 9 novembre au Musée National organisée par Puma Creative © Andrew Esiebo

Andrew Esiebo

Né à Lagos, en 1978, Andrew Esiebo fait partie de la jeune génération de photographes nigérians et du collectif Black Box.
Il a participé à de nombreuses expositions et ateliers dans son pays et à l’étranger. Artiste résident en France en 2007, il a présenté ses recherches en cours, pour lesquelles il a passé 5 mois en France, associant photo et enregistrements audio sur le thème de l’homosexualité dans les milieux africains européens, une question complètement absente des débats de société dans son pays.

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Dixit

Sarah Gilsoul , étudiante en thèse à l’université libre de Bruxelles. Travaille sur les imaginaires de l’art contemporain africain.

Quelques impressions de la biennale :
« En général, je trouve que les photographes se sont bien approprié le thème des frontières d’une manière très intéressante et diverse. Ainsi on peut y découvrir des frontières corporelles, sociales, politiques, anthropologiques...
Un beau panel de la création photographique africaine.
Je sais que les précédentes années, on avait reproché que la thématique était une sorte de fourre-tout. Cette année cela semble bien plus cohérent, de plus la conférence de ce matin sur le thème « des frontières et des hommes » a montré que c’était un sujet au cœur de l’actualité et a suscité un vif débat.
J’ai juste un regret, je trouve qu’on a peu entendu les commissaires s’exprimer sur le choix de cette thématique...
J’ai beaucoup apprécié le fait que la Biennale soit un espace de rencontres. J’ai réussi à nouer de très bons contacts avec les acteurs africains entre autres avec les photographes. Ils désirent réellement échanger et partager leurs expériences.
J’ai beaucoup aimé le travail de J.K Bruce Vanderpuije au Musée du District. J’ai trouvé cette vision de l’aristocratie ghanéenne très intéressante au niveau sociologique et drôle. »

Chiffre du jour

11 femmes exposent dans l’exposition photo panafricaine du Musée National. Et 2 femmes dans la partie vidéo de cette exposition.

Et demain, Kan jumen be ?

On débutera la journée de mercredi par la projection de « Visa pour Bamako », 20 photographes issus de 13 pays africains se sont retrouvés à Accra pour travailler sur le thème frontière en avril 2009, encadrés par Bruno Boudjelal et Francis Nii Obodai Provençal. Ensuite on découvrira le projet Matola- 1 territoire-6 photographes à l’initiative de l’œil en Cascade.

On finira la journée par la remise des prix des Rencontres de Bamako à 17h au Musée National.

People

Hier après le vernissage du CPF, pendant la soirée organisée par Puma creative, nous avons vu arrivé les 10 photographes et journalistes nigérians (dont certain du collectif DOF) venus de Lagos à Bamako en mini-bus. On pourra découvrir le récit de cette expérience lors de la projection des images issues de ce voyage, le jeudi 12 à 15 h 30 au Musée National.

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vernissage du CFP © Baptiste de Ville d’Avray