Rencontres de Bamako 09 - édition du 12 novembre La 8ème biennale africaine de la photographie au jour le jour...

, par Afrique in visu

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Cette année, on a pu noter que les Rencontres de Bamako 2009 ont eu une grande couverture médiatique de la part de la presse internationale, nationale et régionale. A saluer, la présence de nombreux journalistes de pays voisins mais aussi d’Afrique Centrale entre autre : Fortuné Bationo du journal L’expression (Abidjan), Mamoune Faye du journal Le soleil (Sénégal), Eddy Kabeya du journal Le Phare (Kinshasa), Jean-François Channon du Messager (Cameroun) et d’autres du Nigeria ou du Ghana. Cette couverture médiatique montre l’intérêt grandissant des journaux pour cet évènement mais aussi pour leurs confrères photographes exposés.
On espère que cela donnera envie à leurs lecteurs de découvrir le travail de leurs compatriotes mais aussi de jeunes talents ou de photographes confirmés venant d’autres pays.

Pour ce quatrième numéro, nous avons proposé à deux artistes de l’expo panafricaine, Mohamed Bourouissa et Ismaïl Bahri, une discussion croisée sur leurs coups de cœur et leurs impressions sur la Biennale. Dans la partie témoignage, l’invité du jour est le critique Dagara Dakin qui nous propose de réfléchir à la thématique « Frontière ». Alain Wandimoyi, reporter de la République Démocratique du Congo, nous propose une virée au vernissage de l’expo Tamadenw au Blabla Club pour l’Image du jour. Dans la rubrique « En bref », vous découvrirez les lauréats des 7 prix du Jury de la Biennale de Bamako ainsi que les 5 prix de la Fondation Blachère.

A demain pour une dernière journée de rencontres, de débats et d’échanges et une grande fête finale lors de la soirée Clac-Tic !

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Discussion croisée : Mohamed Bourouissa et Ismaïl Bahri

Aujourd’hui on retrouve deux artistes de l’expo panafricaine pour une discussion croisée sur leurs coups de cœur et leurs impressions sur la Biennale : Mohamed Bourouissa , photographe (Algérie-France) et Ismaïl Bahri , vidéaste (Tunisie).

Public

Mohamed Bourouissa : Hier, dans l’après-midi, j’ai fais une lecture de portfolio avec 8 maliens et cela nous a permis de discuter de la Biennale. Un gars est venu et m’a dit que les gens ici ne savent souvent pas lire ainsi le programme ou la presse ne ramènent pas du public local. Il me disait aussi que les maliens écoutent énormément la radio. C’est peut être ce média qu’il aurait fallut privilégier pour que le public soit présent.
Ismaïl Bahri : C’est vrai, on a un sentiment que la Biennale est coupée de la ville. C’est étonnant car dans la note d’intention, la biennale semblait plus qu’auparavant vouloir s’inscrire dans la ville.
Mohamed Bourouissa : C’est dommage que les scolaires ne viennent pas pour nous rencontrer pendant l’évènement.

Rencontres

Ismaïl Bahri : Mais c’est très agréable comme festival. J’ai trouvé la sélection plutôt bien cependant je trouve que le type de photographie que l’on voir est toujours dans un même style. Il y a d’autres types de photo qui ne sont pas mis en avant ici.
Mohamed Bourouissa : J’ai fais de belles rencontres dans des univers très différents.
Ismaïl Bahri : Pour nous artiste cela a été très prolifique.

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Expo internationale © Baptiste de Ville d’Avray

Coup de cœur

Mohamed Bourouissa : J’ai eu un vrai coup de cœur pendant les lectures de portfolio, le travail d’une jeune malien - Baba Kekoumano- un travail très simple sur des travailleurs qui récupèrent le sable dans l’eau du Niger pour ensuite construire des immeubles de luxes magnifiques. Ce qui m’a touché, c’est sa sensibilité, il ne cherche pas à parler d’une identité africaine. J’ai vu chez ce jeune photographe ce que je n’avais pas vu jusque là dans l’expo panafricaine qui où beaucoup de photographes revendiquent cette identité africaine. Au départ, on a l’impression qu’il y a un côté exotique mais en fait pas du tout… Il y a une dimension critique sur la société dans laquelle ce photographe évolue. J’ai aussi aimé le travail d’Ayana Jackson (Diaspora-US) qui est très fort et la vidéo de Bouchra Khalili qui est magnifique et efficace avec juste une feuille et un stylo. En expo, j’ai aimé la forme de l’expo Matola- 1 territoire-6 photographes qui peut paraître accrocher un peu à l’arrache mais dont la forme d’expression est la plus adaptée peut être dans une ville comme Bamako.
Ismaïl Bahri : J’ai beaucoup aimé l’expo d’Ursula Biemann, « The Maghreb Connection », en particulier l’idée du territoire et le rapport entre état et nomadisme. J’ai apprécié la multiplicité des regards sur le Maghreb et la réflexion curatoriale.

Bio

Mohamed Bourouissa
Né à Blida en Algérie en 1978. Depuis 2005, il s’inspire du quotidien des références picturales comme Le Caravage, Delacroix, Géricault, qu’il affectionne particulièrement, et photographiques comme Jeff Wall ou Garcia di Lorcia, s’envisagent comme des tableaux d’allégories contemporaines ou de mythes urbains. Il est lauréat du Prix Voies Off 2007, Arles. Mohamed Bourouissa est représenté par la galerie Les Filles du Calvaire à Paris.

Ismaïl Bahri
Né à Tunis en 1978 d’un père tunisien et d’une mère suisse, Ismaïl Bahri partage sa vie et son travail entre Paris et Tunis. Les travaux d’Ismaïl Bahri prennent des formes diverses, allant du dessin à la vidéo, en passant par la photographie et l’installation. Chacune de ses œuvres explore des procédés et des matériaux qui lui sont propres mais ont en commun leur minimalisme et leur forte teneur graphique. Ses recherches portent sur des épiphénomènes où se jouent d’infimes mutations. Aussi y décèle-t-on des notions telles que l’éphémère, l’imperceptible et le vulnérable. Ismaïl Bahri a participé à de nombreuses expositions et festivals internationaux.

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Frontières contrastées

L’édition 2009 des Rencontres photographiques de Bamako, sera, à n’en pas douter, considérée comme une belle édition.
Les réponses des artistes au thème des Frontières qui est l’axe autour duquel s’articule cette manifestation, révèle non seulement l’actualité, la complexité mais aussi le caractère contrasté des points de vue sur la question. Ce fait est, par ailleurs, une des réussites de la direction artistique.

De l’exclusion

De ces regards multiples, il faut souligner le discours tout en retenue du réunionnais Yo-yo Gonthier. Son travail, qualifié par l’écrivain Manthia Diawara de « subtile et intelligent », révèle, tout en discrétion, comment, sur son île, des plages sont progressivement devenues des propriétés privées. Ces images disent la violence sourde des frontières qui s’instaurent sur ces espaces de liberté entre riches et pauvres.
La frontière c’est aussi celle qui exclue du fait des différences, qu’il s’agisse de couleur de peau comme dans la série du jeune prodige issu du Centre de Formation en Photographie Seydou Camara dont la justesse du regard nous offre ces portraits d’albinos. Ou qu’il soit question d’homosexualité comme dans la vidéo du nigérian Andrew Esiebo ou encore les photographies de la série Miss D’vine de la sud-africaine Zanele Muholi.

Espoirs déçus

La série intitulée « Espoir déchu des Darfouris au Caire » de l’Égyptienne Myriam Abdelaziz , nous rappelle que l’Europe n’est pas le seul Eldorado qui fait le désespoir de nombre de migrants. Ce reportage photo traite de l’exclusion que subissent les Darfouris au Caire, lieu où ils espéraient trouver de meilleures conditions de vie.
De la même manière, la sud-africaine Jodi Bieber nous remet en mémoire la politique de reconduite à la frontière des clandestins que pratique l’Afrique du Sud. Elle nous rappelle ainsi la similitude des gestions de la question des migrations illégales en Afrique et en Europe. On tendance en effet à oublier, mais de plus en plus d’accords sont passés entre les pays du sud et ceux du nord pour la gestion de cette question.

Entre réel et fiction

Comme en réponse à ces reconduites à la frontière, le sud-africain Graeme Williams semble rétorquer que : « la seule mesure pour un changement durable en Afrique du Sud ne peut-être qu’une réelle amélioration effective de la vie des pauvres. » Sa réponse se traduit en photographie par des images très colorées où des personnages réels côtoient des figures dessinées habituellement présentes dans l’espace public sous des formes diverses telles qu’images publicitaires, mannequins, etc. Il ne s’agit pas de mise en scène, mais d’instants captés par le regard exercé du photographe. Il joue ainsi du contraste entre condition sociale de ses sujets et images de l’espace public. Comme si l’artiste voulait souligner la frontière entre vie rêvée et vie vécue.

Le réel et la fiction sont aussi des notions avec lesquelles joue, dans ses mises en scène, l’une des révélations de la scène photographique actuelle, Mohammed Bourrouissa . Son langage emprunte aux images sur les « Périphéries » (titre de la série) ou les banlieues françaises et que l’on retrouve dans nombre de quotidiens ou magazines. L’artiste revisite ainsi ces « clichés », les interroge et oblige de la sorte le spectateur à une attention accrue quant à la supposée vérité des images.

En résumé

La multiplicité des points de vue, la variété des sujets, illustre parfaitement la complexité de la question des frontières. En parcourant de manière non exhaustive l’exposition internationale, il est agréable de voir la richesse de la production photographique sur le continent, mais aussi au-delà. On sort de cette exposition en ayant éprouvé la complexité des interrogations que pose la notion de frontière à notre époque dite de globalisation.

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vernissage au Bla Bla © Alain Wandiyomi

Alain Wandiyomi

Né en 1971 à Bukavu dans la région du Kivu en RDC. Photojournaliste à Goma.
Première exposition à la Biennale de Bamako, il y présente son travail sur les difficultés des personnes déplacées intitulé "Kivu". On peut suivre ses reportages et l’actualité du Kivu sur son blog : alainwandimoyi.blogspot.com

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Et ailleurs ?

Mesmin Ignabode - photographe de Bangui en République Centre Africaine nous a livré un témoignage sur la photo dans son pays et ses impressions sur la Biennale :
« La photographie ne va pas très bien en Centre Afrique car les photographes pensent avant tout à gagner leur vie. Ils ne se mobilisent pas pour structurer le secteur et avancer vers la photo contemporaine. L’Alliance Française a réalisé des ateliers photo mais jusqu’à aujourd’hui il n’y a pas eu de réel impact pour promouvoir la photo en Centre Afrique. Comme à mon retour des précédentes éditions, je vais raconter aux membres de mon association les échanges que j’ai eus avec entre autre les photographes, le CFP, Afrique in visu et la nouvelle direction des Rencontres. Cela m’a dynamisé pour essayer de structurer la photo dans mon pays.
Je vais en profiter pour aller voir AGF, une compagnie d’assurance qui a déjà soutenu nos expositions pour leur proposer d’organiser une rencontre à la fois des photographes des sous-régions de Centre Afrique mais aussi d’autres régions d’ Afrique Centrale pour nous unir avant de promouvoir le secteur photo.
Pour ma situation personnelle, je suis venu dans la photographie par le reportage, et la photo du quotidien (baptêmes, mariages…). Je travaillais alors comme photographe ambulant mais en 2005 j’ai cherché sur le net une école de photo et j’ai vu l’annonce de la Biennale et entendu parler du CFP sur le site de la Maison Africaine de la Photo. J’ai voulu participer mais l’appel à candidature était terminé. Je suis venu par mes propres moyens à Bamako et j’ai pu rencontrer beaucoup de photographes entre autre Amadou Sow , l’assistant technique de la MAP qui est venu ensuite rencontrer notre groupe en Centre Afrique. Je me suis aussi rendu au CFP et j’y ai pris des renseignements.
Je suis rentré à Bangui et j’ai tenté de mettre en place une association de photographes, dénommé Groupement pour le Développement de la Photographie en Centre Afrique. Nous étions 7 au départ mais des photographes de différentes régions nous ont rejoints en 2007. J’ai commencé un sujet en 2007 que je continue sur les Pygmées de Centre Afrique. Je l’ai présenté au Jeux de la Francophonie du 24 sep-6 oct 2009. Ce travail est aussi exposé actuellement au CFP.
En 2009, je suis venu faire une formation au CFP sur le sujet « Passage » et j’ai réalisé un travail intitulé « Ombre et lumière » qui parle du rapport entre l’Afrique et l’Europe. En effet, souvent en Afrique, les jeunes pensent que la France est l’endroit où on trouve la lumière, la belle vie et à l’inverse à l’étranger, ils pensent que l’Afrique leur apportera cette lumière. »

Chiffre du Jour

7 prix pour 8 artistes dans le cadre de la Biennale de Bamako !

Et demain, Kan jumen be ?

Vendredi, lors dernière journée de la semaine professionnelle des Rencontres, la journée sera consacrée à des projections entre autre le binôme Adama Bamba (Mali) et Nicolas Leblanc (France) présentera un slideshow sur le retour de Samba au Mali.
Le soir, nous vous donnons rendez-vous dans un lieu insolite, L’ancienne Briqueterie de Magnambougou pour la soirée Clac-Tic, une nuit dédiée aux images et aux sons de BAMAKO Différents espaces attendent le public pour une nuit de découvertes, de rencontres et d’ambiance.
Au programme : pêle-mêle, danse, concerts, installations expérimentales, expositions, DJ et VJ pour danser jusqu’au petit matin…

Remise de prix

Mercredi, le jury, présidé par Malick Sidibé, a décerné 7 prix lors des 8èmes Rencontres de Bamako :

  • Prix Seydou Keita - Uche Opka Iroha (Nigeria)
  • Prix de L’Union Européenne - Jodi Bieber (Afrique du Sud)
  • Prix Jeune Talent - Baudouin Mouanda (Congo Brazzaville)
  • Prix du Jury - Berry Bickle (Zimbabwe) et Abdoulaye Barry (Tchad)
  • Prix de l’Organisation Internationale de la Francophonie - Guy Wouete (Cameroun)
  • Prix Elan - Salif Traoré (Mali)
  • Prix Casa Africa - Zanele Muholi (Afrique du Sud)

Prix de la Fondation Blachère

  • Nestor Dâ - Jeune Talent
  • Mohamed Bourouissa
  • Baudouin Mouanda
  • Uche Opka Iroha
  • Zanele Muholi
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(à gauche) Remise de prix : Baudouin Mouanda (Prix du jeune Talent) et Abdoulaye Barry (Prix du Jury Ex Aequo) / (à droite) Cocktail après la remise des prix © Baptiste de Ville d’Avray