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Abdoulaye Barry, un photographe au pays des sables

chronique 01 - "Voyage au Centre de l’Afrique"

mardi 22 juin 2010, par Philippe Guionie

Moiteur nocturne, néons blafards, formes humaines longilignes, telles sont mes premières sensations de cette Afrique centrale encore inconnue. Le lendemain de mon arrivée à N’Djaména, je rencontre le photographe tchadien Abdoulaye Barry. Assis à l’arrière de sa moto Kimco estampillée du macaron jaune des films Kodak, nous sillonnons paisiblement les larges avenues asphaltées de la capitale.

Tapis rouge ! Ce sont presque les deux premiers mots de la journée, ce sera le let’smotiv des trois jours suivants. Abdoulaye semble désolé, presque abattu. Tapis rouge ! « Papa est de sorti ! ». Comprenez le Président Idriss Déby sort de son palais présidentiel. Aussitôt le centre-ville est paralysé. Des militaires au béret rouge sont à la baguette, bras levé, regard fixe et kalachnikov en bandoulière. Les 4/4 tournoient comme des fourmis à la recherche d’une issue salvatrice. Dans ce désordre protéiforme, apparaît soudain à l’entrée de l’avenue De Gaulle un convoi officiel sirène hurlante et feux allumés. Chacun doit se figer ou se retirer sous peine de se voir puni. Nous nous exécutons.

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Abdoulaye Barry est en train de réaliser des prises de vues dans le lit du fleuve Chari près du pont de Chagoua à N’Djaména. © Philippe Guionie/Myop

Né à N’Djaména, Abdoulaye Barry est lauréat du prix du jury 2009 à la biennale de la photographie africaine à Bamako. Une belle récompense et peut-être le début d’une nouvelle vie pour ce jeune photographe de 30 ans adepte d’une photographie documentaire tournée vers le quotidien de certaines populations en marge de la société tchadienne : les enfants de rues, les danseurs de hip hop... Son allure débonnaire cache une personnalité sensible attentive à la souffrance des autres dont il souhaite témoigner en développant un regard « humaniste » et « juste ». Après une enfance difficile, il découvre la photographie dès l’âge de 12 ans. La passion est désormais en route. Pendant des années, il survit alternant photographies de cérémonies et travaux de commande notamment pour certains organismes étatiques. A partir de 2006, un regard plus personnel le rapproche de la photographie d’auteur, « pour montrer ce qui me touche » sans apporter de jugement préconçu mais sans se cacher non plus. Avare de mots et d’émotions, Abdoulaye trouve dans le médium photographique à la fois un langage spécifique et une raison d’être. Ainsi ses photographies des enfants des rues à N’Djaména, réalisées la nuit, suggèrent un monde parallèle, en souffrance, marginalisé. La nuit y est montrée comme la visitation d’un monde souterrain où les formes floues et déformées des corps deviennent l’expression fugace d’une violence quasi animale. Cette série sur les enfants des rues lui vaut d’être récompensée à Bamako, « la Mecque de la photographie africaine » et quelques nuits passées dans les geôles tchadiennes !

Parfois, il recroise le chemin de Papou ou Moussa, ils sont toujours là, au marché central de la ville, un peu plus grand seulement. Son travail sur les jeunes danseurs de hip hop participe du même état d’esprit à savoir la volonté de témoigner et de faire réagir. Il photographie ces jeunes, âgés d’une vingtaine d’années, dansant dans les cours intérieures des concessions traditionnelles… dans une sorte de confrontation subtile entre modernité et tradition.
Abdoulaye me confie sa solitude. Les photographes tchadiens partageant ses convictions ne sont pas légion et le métier reste difficile : manque de moyens financiers, rareté et cherté des films argentiques, difficulté de se former à l’outil numérique. Il évoque avec respect et admiration les stages partagés à N’Djaména et Accra avec Bruno Boudjelal, photographe de l’agence Vu, adepte d’une photographie vagabonde et introspective. Grâce à lui, il a compris l’importance de dépasser la photographie commerciale. Il ne lui reste plus qu’à dépasser maintenant les frontières de la création et le bonheur ne sera plus très loin.

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Né à N’Djaména, Abdoulaye Barry, jeune photographe de 30 ans est lauréat du Prix du Jury 2009 à la biennale de la photographie africaine à Bamako. © Philippe Guionie/Myop

Voir en ligne : www.philippe-guionie.com

P.-S.

CONTACT Abdoulaye Barry Photographe à N’Djaména (Tchad) abdoulayebarry31 chez yahoo.fr

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Vos commentaires

  • Le 28 juillet 2010 à 12:01, par IGNABODE MESMIN En réponse à : Abdoulaye Barry, un photographe au pays des sables

    salut Barry

    félicitation mon frère tu a fais un bon boulot et tu mérite cela, du courage et plein de suc sain ,

    merci BARRY et Baudouin pour les efforts que vous fournissiez pour l’Afrique central .

    Ton amie de centrafrique

    MESMIN IGNABODE. K

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  • Le 28 juillet 2010 à 11:23, par KALAPO MOUSSA En réponse à : Abdoulaye Barry, un photographe au pays des sables

    Salut Barry,

    juste pour te souhaité bon courage dans la photographie, c’est un métier pas comme les autres, ça demande vraiment de l’engagement.

    Et félicitation du prix, que tu as eu à Bamako.

    En est ensemble mon frère.

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  • Le 29 juin 2010 à 23:57, par Baudouin Mouanda En réponse à : Abdoulaye Barry, un photographe au pays des sables

    Salut,
    Bravo pour ce beau texte qui montre ton parcours, ça me rappel des souvenirs dans les rues d’Accra.
    Ton frère Baudouin Mouada

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  • Le 23 juin 2010 à 01:40, par Paul Kabré En réponse à : Abdoulaye Barry, un photographe au pays des sables

    Merci Philippe pour cet écrit sur Abdoulaye que j’ai eu l’occasion de rencontrer au Ghana.
    Quand à toi Abdoulaye, bravo et félicitation pour le prix obtenu à Bamako.
    Que ce prix soit le début d’une longue moisson et que ça t’ ouvre bien de portes.
    Paul Kabré l’ami des fous depuis Bobo-Dioulasso au Burkina Faso.

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  • Le 22 juin 2010 à 18:04, par wokmeni patrick gael En réponse à : Abdoulaye Barry, un photographe au pays des sables

    slt barry ici patrick wokmeni j’aime bien le texte sur toi continu frero il y a que ça a faire

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  • Le 22 juin 2010 à 13:49, par Jean En réponse à : Abdoulaye Barry, un photographe au pays des sables

    Merci pour cet aperçu du quotidien d’un photographe africain. Ce qui est effectivement frappant, c’est qu’il y a énormément de photographes du fait que très peu d’Africains peuvent se permettre de s’acheter un appareil... mais que la plupart d’entre eux n’ont une vision de la photographie qui n’est que sociale et alimentaire.
    Ce sont les cousins de nos photographes-filmeurs...

    Amusant comme le terme photographe est un fourre tout qui rassemble des pratiques et des visions tellement différentes !

    La pratique d’Abdoulaye est celle d’un photographe auteur. Hélas, il est pionnier dans un monde qui ignore encore très largement cette compréhension de la photographie.
    On rencontre la même problématique partout en Afrique, et même en France où les catégories sont floues dans l’imaginaire collectif.

    L’enjeu n’est pas des moindres : le photographe auteur exprime une vision en même temps qu’il apporte un témoignage. Or, quand il s’agit d’Afrique, mais aussi de beaucoup de parties du monde, on regrette que la seule voix qu’on entende soit celle des Occidentaux.

    Abdoulaye n’est pas seul : au Burkina, ailleurs, des jeunes et des moins jeunes bouillonnent et veulent raconter : témoigner de la richesse culturelle de l’Afrique, des Traditions qui perdurent ou disparaissent, montrer avec des images les réalités africaines, belles ou tragiques.

    La photo est un véritable enjeu pour l’Afrique : analphabètes ou universitaires, mossis, dioulas ou swahilis, tous peuvent comprendre une image mieux que des discours. Si l’on veut montrer, faire prendre conscience, agir sur les mentalités, quel meilleur support que la photographie ?

    C’est notamment le propos du concours "Imagine l’Afrique" organisé par les worldpress photo. J’espère qu’Abdoulaye y est candidat.

    En lui souhaitant bon courage !

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