Chronique du Nord La Côte d’Ivoire au jour le jour

, par Camille Millerand, Israel Yoroba

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Cap sur le nord. Après quelques semaines passées à Abidjan nous nous sommes rendus dans le nord du pays afin rencontrer d’autres jeunes et vivres d’autres réalités. Aventures palpitantes, climat de méfiance, villes occupées, l’atmosphère a quand même quelque peu changé depuis le début de la guerre en 2002.
Nous vous proposerons au fils des chroniques à venir, d’aborder des sujets relatifs à l’implication des jeunes dans l’opération d’identification. Nous vous parlerons également de ces anciens combattants de l’ex rébellion (aujourd’hui Forces Nouvelles) qui ont choisi (volontairement ou non) de déposer les armes et de retourner à la vie civile. Ce sera l’occasion de vous présenter des jeunes étudiants qui pendant cinq années de crise ont volontairement choisi de rester dans ces zones et de sauver l’école.
Aventure palpitante, le disions-nous. Une aventure qui ne s’est pas faites sans difficultés. Nous vous en parlerons également.

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Kalou, 24 ans, tient un salon de coiffure depuis 4 ans. Les journées ou il coiffe au moins 15 clients (500 FCFA la coupe) sont des journées satisfaisantes © Camille Millerand

IDENTIFICATION A BOUAKE, UNE EQUATION DIFFICILE

Pour l’heure, jetons un regard sur le déroulement de l’opération d’identification à Bouaké (centre du pays et quartier général des Forces nouvelles, ex-rebellion). Comme à Abidjan, ils sont en majorité jeunes, ces hommes et ces femmes qui ont décidé de travailler à la tenue effective de cette opération.
Ils nous parlent du climat dans lequel ils vivent et comment certains n’ont pas encore commencé à travailler alors qu’ils sont étudiants à Abidjan.
Groupe scolaire "Le Jourdain" de Bouaké. Quartier Air France 3. Il est à peine 8 heures. Les premiers pétitionnaires prennent place sur un banc de classe qui est installé dans la cour de l’école. Dans leurs mains des documents utiles qu’ils présenteront pour se faire identifier.
Dans une salle de classe, des tables et des chaises sont apprêtées pour recevoir les populations. Kady Baïkoro , 24 ans est le chef de centre de collecte. Elle s’active à vérifier que tout est en ordre. L’opération peut commencer.
Comme tous les matins et ce depuis quelques temps,

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Serge attend depuis 4 mois de commencer sa mission an tant qu’agent sagem au sein du centre © Camille Millerand

Kady et son équipe s’attèlent à recevoir les habitants du quartier (et d’autres zones). « Nous ne sommes pas très bousculés et nous les recevrons tranquillement » . Pourtant, au fils des jours la chef de centre se rend bien compte que plusieurs difficultés se dressent sur leurs chemins. « Les problèmes que mon équipe et moi rencontrons sont essentiellement liés aux pièces à fournir » , affirme t-elle. En effet, soit pour une question d’illisibilité ou d’erreur elle est obligée de ne pas enrôler certains pétitionnaires. « Souvent vous vous rendez compte que l’extrait de naissance date de nombreuses années et n’a pas été bien conservé, au point où les informations contenues sur le document deviennent illisibles » , explique Kady . Pour les populations de Bouaké la nécessité de la présence de l’original de l’extrait de naissance est un véritable dilemme. Elles qui n’ont pu renouveler leurs documents parce que les mairies et la justice sont restées longtemps fermées. « Pourtant, même si la mairie fonctionnent désormais et que les individus peuvent se faire établir de nouveaux extraits de naissances, il ya encore des irrégularités sur les documents » , ajoute la Chef de centre. « A Bouaké, révèle, Jonas H , 28 ans étudiant en philosophie à Bouaké, cette période d’identification est une manne pour les agents de la mairie à qui l’Etat doit de nombreux mois de salaires » . Pour se faire établir un extrait d’acte de naissance, il faut débourser la somme de 5000 francs. « Ainsi, explique t-il, en vue de produire un grand nombre d’extraits, ils saisissent les noms avec beaucoup d’erreurs » . Ou encore un cachet imbibé une seule fois peut servir pour une vingtaine de documents ce qui fait qu’il n’apparait pas sur plusieurs extraits de naissance. « Vous retrouverez des individus qui sont nés en 1982 mais qui ont été déclarées en 1981. Ou encore des noms qui ont été remplacés par celui d’un des parents de l’individu. Et comme les populations sont en générale analphabètes, nous constatons ces irrégularités que lorsqu’elles viennent à nous » , témoigne Kady Baïkoro .
A coup sûre, la tache ne lui est pas facile. C’est pourquoi, ses collègues et elles sont vigilants.
Pourtant, ils ne sont pas les seules à rencontrer des difficultés dans cette opération d’identification qui se déroule dans les zones dites ex-assiégées.

CES AGENTS « OUBLIES »

Certainement d’une autre ampleur, les problèmes sont le quotidien d’autres jeunes. En majorité étudiants à Abidjan, ceux-ci ont été recrutés pour travailler dans les zones "Centre Nord Ouest" (Cno) dans le cadre de l’opération d’identification. Serge Patrick Djuesson , est étudiant en deuxième année de sciences économiques à l’université de Cocody à Abidjan. Il fait parti de ceux qui ont été choisis pour l’opération d’identification dans la région de Bouaké. « Normalement, je dois travailler à Katiola comme agent Sagem » , explique Serge . Mais depuis environ trois mois ils sont là à ne rien faire. « On nous avait annoncé que nous commencerions prochainement mais depuis quatre mois je suis à Bouaké sans avoir encore commencé » , témoigne meurtri le jeune Serge.
Comme lui ils sont des centaines à attendre que l’opération commence véritablement dans certaines zones de Bouaké. En attendant, ils vivent une véritable galère. « Il faut trouver le moyen de survivre ici. Surtout que nous ne faisons aucune activité tout cela devient compliqué au fil des mois » , se plaint Serge . C’est pour cela qu’il s’est lancé dans une petite activité parallèle à l’identification. « Je plastifie les reçus de l’identification pour permettre aux pétitionnaires de mieux les conserver » , dit-il. « Cela m’aide à me faire un peu de sous. Je gagne entre 1500 francs et 2500 francs par jour » , précise t-il. Cependant Serge refuse de revenir à Abidjan malgré les cours qui s’y poursuivent. Il préfère attendre que l’opération commence pour espérer avoir un petit salaire qui l’aidera à rembourser toutes les dettes qu’il a engrangé pendant plusieurs mois.

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centre d’identification