Made in Congo Un témoignage de Baudouin Mouanda

, par Baudouin Mouanda

Entrepreneuriat Made in Congo

Marxiste-léniniste jusque dans les années 1990, le Congo a été marqué par une culture officielle peu favorable aux entreprises. Malgré l’importance des terres fertiles et des ressources naturelles, la plupart des biens de consommation et beaucoup de produits alimentaires y sont importés. Devenir entrepreneur est aujourd’hui un choix, et une bataille au quotidien pour vivre de son activité localement. Classé 183ème pays sur 185 par le rapport Doing Business de la Banque Mondiale en 2013, le Congo est pourtant riche d’hommes et de femmes qui entreprennent avec de vraies convictions pour le développement de leur pays.

La reconnaissance sociale des entrepreneurs et l’attractivité pour l’entrepreneuriat restent encore très différentes entre Brazzaville, la capitale administrative et Pointe-Noire, l’épicentre économique du pays. Ainsi que le souligne justement Vérone Mankou, le jeune dirigeant de VKM, qui a connu un réel succès avec une tablette et un smartphone africains, « il faut développer l’esprit d’initiative dans notre pays. Je viens de Pointe-Noire la capitale économique du pays où de nombreux jeunes travaillent dans le privé. Quand je suis arrivé à Brazzaville, la capitale administrative, j’ai vu que tout le monde rêvait ici de travailler dans le public, dans les services de l’Etat. » (Slate Afrique, 2013). Bien sûr il y a des kiosques, des revendeurs de cartes téléphoniques, des vendeuses de foufou, mais ces commerces restent souvent cantonnés au secteur informel, et n’ont pas à proprement parler de stratégie d’entreprise. Par entrepreneuriat, on entend création de richesse, leadership, vision de l’avenir, définition d’un produit ou d’un service et de son marché.

Des structures d’accompagnement et de promotion des PME locales telles que l’Association Pointe- Noire Industrielle (APNI) ou le Forum des Jeunes Entrepreneurs ont été créées pour soutenir leur développement, mais il reste beaucoup à faire pour structurer durablement un tissu économique local pérenne au Congo.

Pourtant des entrepreneurs se lancent dans des activités économiques à fort impact social et/ou environnemental. Ils valorisent les savoir-faire locaux, comme dans la fabrication de briques en terre, ou de jus biologiques. Ils innovent et investissent dans le développement de machines ou dans l’énergie solaire. Ils gagnent des prix, des bourses : malgré ces réussites, ils continuent à connaître des difficultés pour faire fonctionner leur entreprise sur le long terme.

Avec ce projet photographique, nous souhaitons rendre hommage à ces dirigeants de « PME Made in Congo » en donnant un visage et une visibilité à quelques-uns d’entre eux. Pour montrer que le Made in Congo est possible, et se conjugue au présent. Suite à son travail de recherche (mars-juin 2013), nous avons sélectionné avec Véra Kempf (Diplômée de SciencesPo Paris) sept entrepreneurs congolais, actifs dans sept secteurs économie différents, qui représentent autant de personnalités et d’histoire entrepreneuriales.
Baudouin Mouanda

Olga Goto : un Espace vert et dynamique

Si vous rencontrez un jour Madame Goto dans les rues de Pointe-Noire, elle portera une magnifique tenue en basin, des colliers et boucles d’oreille, des petits talons et un sac assorti. C’est seulement quand elle commencera à vous parler de ses aubergines, de ses hectares de ciboulette et de ses projets de pisciculture qu’alors vous comprendrez.
Une fois dans ses champs, à plusieurs kilomètres de la voie goudronnée, elle troque son pagne contre une salopette, et commande sa troupe d’employés en véritable chef d’exploitation. Il faut que ça pousse dans son Espace vert ! Elle essaye certaines variétés, renonce à d’autres, regarde ce qui grandit vite et bien. Depuis quelques mois, Olga se lance dans l’élevage pour faire de l’agriculture intégrée et pouvoir un jour se passer d’engrais.
La passion d’Olga, c’est la structuration des filières. Elle y croit dur comme fer et en a fait son fer de lance pour son développement et celui des autres entrepreneurs ponténégrins. Avec ses huit hectares cultivés et ses quatre-vingt cultivables, elle entend bien approvisionner Cuba Libre en fruits de la passion et en gingembre mais aussi les transformateurs du Cluster Cosmetic Congo, tout récemment formé, et dont elle assure la Présidence.
Ce serait mal la connaître que de s’arrêter en si bon chemin. Madame Goto compte encore apprendre, sur le tas et auprès de ses pairs comme elle l’a toujours fait. Au début de l’aventure, elle n’avait qu’un diplôme de secrétaire. Aujourd’hui, alors qu’elle est devenue une agricultrice à part entière, elle souhaite se lancer dans la transformation agroalimentaire. En s’associant avec d’autres entrepreneurs, elle veut créer un circuit du producteur au transformateur le plus efficace et le plus court possible.
Véra Kempf

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Olga Goto : un Espace vert et dynamique © Baudouin Mouanda
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Olga Goto : un Espace vert et dynamique © Baudouin Mouanda
Les cultivateurs labourent les sillons prêt à planteer des nouveaux produits.
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Olga Goto : un Espace vert et dynamique © Baudouin Mouanda
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Olga Goto : un Espace vert et dynamique © Baudouin Mouanda
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Olga Goto : un Espace vert et dynamique © Baudouin Mouanda
L’arrosé des ciboules prêt à récolter.
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Olga Goto : un Espace vert et dynamique © Baudouin Mouanda
L’entrepreneuse et ses travailleurs récoltent des commandes de légume à livrer dans des hôtels de Pointe noire.

Cuba Libre ou la passion de Parfait Kissita

Parfait Kissita a fait partie des 2 000 bacheliers envoyés chaque année étudier à Cuba, à l’époque du Congo marxiste-léniniste. Vingt ans plus tard, il continue de penser qu’il doit « tout » à ce pays.
En rentrant d’Amérique, il ne trouve pas d’emploi dans le service public. S’inspirant alors d’une martiniquaise qui vendait du jus naturel dans la capitale, il se lance dans la production et la transformation de fruits. Au moment des conflits de 1997, il quitte Brazzaville pour Pointe-Noire où il doit se faire manutentionnaire avant de pouvoir financer et redémarrer une activité entrepreneuriale. Quelques mois après avoir commencé à produire des papayes, le propriétaire de son exploitation décide du jour au lendemain de louer les champs à un plus offrant.
C’est alors que Parfait Kissita décide d’abandonner la production pour se consacrer pleinement à la transformation.
En structurant des producteurs en coopérative, en dénichant des distributeurs fiables et payeurs, il arrive à organiser une filière pour faire tourner sa boutique.
Parce qu’on trouve du gingembre toute l’année, le jus de gingembre devient son produit phare. Devenu le champion des foires, il séduit le Cabinda avec son jus 100% naturel.
Pour conquérir le marché congolais, l’aventure s’avère plus complexe. Le conditionnement dans des bouteilles de bière recyclées ne pose aucun problème au Cabinda. En revanche, devant une bouteille marquée, les ponténégrins sont méfiants. A force de pédagogie et par la qualité de son produit, Parfait Kissita espère bien les convaincre pour enfin faire profiter les Congolais d’une production locale.
Cuba Libre démontre la possibilité d’un circuit-court de commercialisation rentable. Dans un pays où tous les bars vendent du jus en « boîte », Parfait Kissita est la preuve que l’agroalimentaire a de l’avenir au Congo.
Véra Kempf

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Cuba Libre ou la passion de Parfait Kissita © Baudouin Mouanda
Une jeune employée contrôle le gingembre étalé au soleil.
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Cuba Libre ou la passion de Parfait Kissita © Baudouin Mouanda
Parfait dans son usine à Songolo à Pointe Noire.
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Cuba Libre ou la passion de Parfait Kissita © Baudouin Mouanda
Parfait Kissita jeune entrepreneur de jus de fruit dans son dépôt de gingembre.
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Cuba Libre ou la passion de Parfait Kissita © Baudouin Mouanda
Jus de fruit prêt pour le marché.

Les défis de ChocoOuak

Unique transformateur de cacao au Congo, Jean-Maurice Ouakatoulou a dû faire face à plusieurs défis.

Défi n°1 : Offrir un avenir aux producteurs de cacao

Monsieur Ouakatoulou découvre le Nord du Congo au moment où le pays passe d’une économie d’Etat à une économie régie par le marché. Il y découvre des producteurs de cacao désespérés, en train de brûler leur production : maintenant que l’Etat n’achète plus le cacao à un prix fixe, ils refusent de le brader aux Zaïrois ou aux Camerounais. Ouak décide alors de se lancer dans la transformation pour assurer un débouché à une partie de la production.

Défi n°2 : S’approvisionner de manière continue

Jean-Maurice Ouakatoulou s’installe à Pointe-Noire en 2000. S’annonce alors une période difficile, car la filière du cacao est en jachère dans la région du Kouilou. Malgré des efforts pour encourager les paysans à cultiver, ChocoOuak est contraint, aujourd’hui encore, de s’approvisionner en cacao au Nord du Congo. L’importante distance entre le lieu de production et de transformation implique des coûts supplémentaires, que Ouakatoulou doit répercuter sur le produit final.

Défi n°3 : Valoriser le chocolat made in Congo

Encouragé par des pâtissiers de Pointe-Noire et en particulier par celui de la Citronnelle, il se lance dans la confection de bâtons pour les pains au chocolat. Au moment où son business décolle, il doit faire face à l’arrivée d’un concurrent étranger qui importe un produit transformé. La vision de Jean-Maurice Ouakatoulou, c’est au contraire de permettre aux Congolais de manger ce qui se fait de meilleur chez eux, d’encourager le secteur privé local pour baisser le chômage et réduire les importations. Ouak a fait sienne la formule de « patriotisme économique ».
La dernière épreuve du patron de ChocoOuak, sa dernière victoire aussi, est celle de l’emballage. Après de multiples tentatives, Ouakatoulou a fini par trouver un contenant pour sa pâte à tartiner, Oukalat. Il la distribue surtout au Cabinda, en attendant de trouver un emballage plus petit, plus adapté au marché local. Congolais, petits et grands, pourront bientôt se régaler.
Véra Kempf

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Les défis de ChocoOuak © Baudouin Mouanda
Alida prête des cuves de poudre de cacao pendant de boisage
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Les défis de ChocoOuak © Baudouin Mouanda
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Les défis de ChocoOuak © Baudouin Mouanda
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Les défis de ChocoOuak © Baudouin Mouanda
Devant le passage de l’entrepreneur des jeunes chimiste prépare des cuves Cacao boisé après le traitement Chocolat.
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Les défis de ChocoOuak © Baudouin Mouanda
L’entrepreneur Ouakoulou devant une cuve de chocolat dans son bureau à pointe noire.
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Les défis de ChocoOuak © Baudouin Mouanda
Poudre de Chocolat.
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Les défis de ChocoOuak © Baudouin Mouanda
Récupération de cacao avant le boisage.
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Les défis de ChocoOuak © Baudouin Mouanda
Une balance pour gérer le poids de Cacao.
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Les défis de ChocoOuak © Baudouin Mouanda
Une complicité entre deux jeunes chimistes dans l’usine du chocolat de l’entrepreneur Ouakoulou.