Dans un pays où la peau blanche des albinos est source d’innombrables préjugés, Mwimba Texas s’est battu pour réaliser son rêve d’enfant : devenir champion de catch. Entre sa lutte sur les rings et celle pour défendre les droits de sa communauté, l’histoire de sa vie résume l’espoir, le courage et la débrouille congolaise.

- 17/02/2010 - KINSHASA, RDC - Entraînement du Catch Club Interafrica, dirigé par le catcheur albinos congolais Mwimba Texas (en rouge). La séance se déroule dans l’enceinte d’une école technique de la commune de Bumbu. PHOTO © Vincent Boisot/Riva Press
- 17/02/2010 - KINSHASA, RDC - Entraînement du Catch Club Interafrica, dirigé par le catcheur albinos congolais Mwimba Texas (en rouge). La séance se déroule dans l’enceinte d’une école technique de la commune de Bumbu. Training of the Catch Club Interafrica managed by the albino wrestler Mwimba Texas (in red) in the backyard of a technical school in Bumbu. PHOTO Vincent Boisot/Riva Press
Naître albinos au Congo, ce n’était pas le meilleur des cadeaux que Texas puisse avoir pour démarrer dans la vie. Certes, les « blancs » congolais sont plutôt bien lotis par rapport à leurs frères Tanzaniens ou Burundais. Là-bas, ils sont régulièrement tués ou mutilés, et leurs membres sont vendus à prix d’or à des sorciers faiseurs de potions magiques. Mais s’ils ne doivent pas craindre pour leur vie, les albinos congolais portent tout de même un lourd fardeau : considérés comme des êtres tantôt magiques, tantôt maléfiques, ils sont rejetés ou raillés où qu’ils aillent. Nombre d’entre eux portent dans l’ombre le poids de cette peau blanche, timidement, n’osant trop se montrer ou s’affirmer. S’excusant presque d’exister.
Texas est l’un de ces personnages étrange et surprenant que génère de temps à autres Kinshasa la belle, la folle mais aussi l’impitoyable. Sa force, son histoire, c’est d’avoir fait un pied de nez à la fatalité. Déterminé, il s’est battu pour réaliser son rêve de gamin, celui de devenir champion de catch, discipline adorée des Kinois dont les matchs, de véritables spectacles, ont lieu dans des terrains publics. Des foules nombreuses s’amassent aux abords du ring, attirées par les parades musicales organisées à travers la ville, au cours desquelles les sportifs exposent leurs muscles et leurs animaux fétiches. Une fois sur le podium, les catcheurs reproduisent des shows à l’américaine, semblables à ceux qui inondent les programmes des télévisions locales. Culbutes, saltos, lancés et étranglements s’enchaînent tandis que les spectateurs, excités par la fanfare, applaudissent ou huent, crient ou chantent au rythme du combat.

- 20/02/2010 - KINSHASA, RDC - Le catcheur albinos Mwimba Texas affronte sur le ring Chico Bilondi Matalu, dit "Indien Chico". Il l’emportera et conservera ainsi sa coupe de "champion d’Afrique", réplique de la coupe du monde de football, remise en jeu pour l’occasion. PHOTO © Vincent Boisot/Riva Press
Texas, lui, est toujours de rouge vêtu lorsqu’il monte sur le ring. Sur son front, un bandeau écarlate porte son nom. Aujourd’hui, qui oserait encore se moquer de lui ?
« En trente ans de carrière, j’ai totalisé 648 combats, dont 644 victoires et 4 nuls ».
Peu modeste, Texas renchérit : « Je suis le Moïse du catch, un vrai phénomène : vous verrez mes prises sophistiquées lorsque je monterai sur le ring ». En réalité, si la technique est encore là, ce sportif d’une cinquantaine
d’années n’évolue plus tout à fait à son meilleur niveau. Puissance et souplesse commencent à manquer. Mais l’aura de la victoire, elle, plane toujours dans le sillage de Texas.
Comme si sa peau blanche ne suffisait pas à le faire remarquer, ce sapeur sans complexe s’habille toujours de rouge des pieds à la tête, et se promène le regard fier dans les rues de la ville. Rare figure albinos connue de tous, partout on le reconnaît, partout, on le salue, on l’interpelle.
A l’instar du musicien malien Salif Keita, Texas a fait le choix de mettre cette notoriété au service de sa communauté. Pour les autres albinos de Kinshasa et du Congo, Texas est à la fois un ambassadeur et un modèle à suivre dans sa détermination, son engagement. Car hors du ring, il continue à se battre, cette fois dans une lutte pour ses semblables. Avec, comme seules armes, ses dons de communicateurs, son art de la mise en scène, son bagou. « Et oui », explique-t-il d’un air malicieux, « Malheureusement dans notre pays la célébrité ne rime pas toujours avec la richesse. Ma force à moi, ce n’est pas l’argent, c’est ma renommée ».
Voir le portfolio Mwimba Texas - Albinos, catcheur et philanthrope de Vincent Boisot
Texte : Charline Burton, Kinshasa
Photos : Vincent Boisot/Riva Press, Paris

- 20/02/2010 - KINSHASA, RDC - Le catcheur congolais albinos Mwimba Texas a rassemblé quelques uns des membres de son association de défense des albinos avant son prochain combat qui doit se dérouler le soir même. Il en profitera pour leur distribuer des ombrelles et poursuivre son action de sensibilisation aux problèmes de santé et d’intégration qu’ils rencontrent fréquemment dans cette région du monde. PHOTO © Vincent Boisot/Riva Press
Afrique in visu
Vos commentaires
# Le 20 septembre 2010 à 22:40, par Nathalie danjou
En réponse à : Mwimba Texas
Félicitations Vincent pour ce reportage et les commentaires qui nous permettent de voyager par procuration ....et merci aussi pour votre belle revue . Longue vie de photoreporter et encore plein d’idées pour des reportages a venir . Natha
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# Le 20 septembre 2010 à 21:30, par Vincent Boisot
En réponse à : Mwimba Texas
Bonjour Baudoin,
Avec grand plaisir. Je te fais signe à mon prochain passage à Kinshasa. J’espère rapidement. A bientôt.
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# Le 15 septembre 2010 à 18:34, par baudouin Mouanda
En réponse à : Mwimba Texas
Bonjour Vincent,
Ce serai avec plaisir de vous rencontrer une fois de passage à Kinshasa.
Baudouin Mouanda
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# Le 15 septembre 2010 à 17:56, par Seydou Camara Photographe
En réponse à : Mwimba Texas
effectivement j’ai exposé une série sur des albinos aux rencontres de Bamako ; moi même personnellement je n’ai pas mis mes images sur internet ;mais si tu tape mon nom sur Gogool tu peux voir quelques images de moi ,et je vais voir avec jeanne et Baptiste pour mettre quelques images sur Afrique in visu .je veux qu’on reste en contacte.
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# Le 14 septembre 2010 à 08:42, par Vincent BOISOT
En réponse à : Mwimba Texas
Merci Seydou. J’ai vu que tu avais exposé une série sur l’albinisme au Mali l’année dernière à Bamako. Peut on la voir quelque part sur internet ?
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# Le 13 septembre 2010 à 11:45, par seydou Camara Photographe
En réponse à : Mwimba Texas
je trouve ce reportage très intéressent sur le plans photographique que sur le plan social ;félicitation pour ton travail magnifique car le photographe doit être à la service de sa communauté .
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# Le 9 septembre 2010 à 09:23, par Vincent BOISOT
En réponse à : Mwimba Texas
Merci Emilie pour ton commentaire. Effectivement, Texas est une figure connue et reconnue chez les albinos du Congo-Kinshasa. Et son rôle d’exemple de réussite lui tient particulièrement à coeur.
C’est super qu’il existe un collectif à Brazzaville. Je connaissais le travail de Baudoin et je découvre que vous êtes tout un groupe de photographes. J’espère avoir le temps de traverser le fleuve à ma prochaine visite pour venir vous voir. A bientôt j’espère. Vincent.
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# Le 31 août 2010 à 10:20, par Emilie WATTELLIER
En réponse à : Mwimba Texas
C’est un très beau sujet, j’aime les photos et le texte ...même si moi je l’aurais traité en noir et blanc - mais dommage pour les tenues rouges :-)
J’ai été émue de voir sur certaines photos le corps du catcheur marqué par la vieillesse, je ne peux m’empêcher de penser qu’effectivement s’il arrête le catch, il n’aura plus de renommée et donc plus de moyens pour son association... J’espère qu’il est reconnu chez les albinos et qu’il est un exemple pour eux, pour s’affirmer dans d’autres domaines, et pour continuer sa lutte...
J’espère aussi que cela donnera des idées de reportage aux photographes congolais (notamment ceux de Génération Elili à Brazzaville, dont je fais partie), car on ne se rend pas toujours compte des sujets, dans nôtre environnement immédiat, qui, traités avec sensibilité, peuvent intéresser l’universel.
Bonne continuation pour d’autres photos, notamment en RDC...
Emilie
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