Ouagarasta A la rencontre des rastas du Burkina Faso

, par Iorgis Matyassy

Le Burkina Faso est un pays de quatorze millions d’habitants ou cohabitent onze ethnies qui partagent une soixantaine de langues . Ouagadougou, capitale du pays, est une ville peuplée de 1,5 million d’habitants.

Le Rastafarisme est un mouvement religieux syncrétique apparu en Jamaïque au début du 20 eme siècle. Créé par des descendants d’esclaves issus des milieux les plus pauvres de cette colonie. Il prônait un retour à la dignité universelle de l’homme, interprété comme la réhabilitation de l’homme noir qui passe par la libération du « soi » par sa personne.

Le Rasta est un individu qui a une identité propre, passant en partie par son look. Il affiche une liberté, une fierté, une force intérieure qui le guide face à une société qui, elle, stagne : pas d’ infrastructures, pas de travail, rien pour le peuple.
Le Rasta dénonce la corruption et les failles d’ un système dit « babylonien » régie par l’ exploitation du peuple, souvent au gré de la dignité humaine.

Ces jeunes sont des artistes, des artisans, des musiciens ou des vendeurs d’ artisanat issus des quartiers les plus défavorisés de Ouagadougou. Ils sont régulièrement amenés à côtoyer des blancs, simples touristes ou humanitaires, ils ont donc par cet échange une vision de notre monde occidental, dont ils ne connaissent que partiellement le codes et les modes de pensées. Ce qui fait leur richesse, c’est une identité moderne qui lie les apports de la mondialisation à une culture « traditionnelle » très forte. Ils font donc coexister une identité africaine avec tout ce qui les nourrit du monde extérieur.

Aujourd’hui, la majeure partie de nos habits ou autres biens-matériaux qui selon nous n’ont plus aucune valeur marchande finissent sur les marchés en Afrique.
Ces jeunes se servent de ces vêtements pour se créer ce qu’ils appellent un « feeling » ou tout simplement un style qui véhicule leur façon d’être.
Ils arrivent, souvent au prix de tensions familiales, à vivre cette identité qui mêle le rebelle qu’est Rasta avec le guerrier, figure forte de la culture Mandingue, présente particulièrement au Burkina par l’histoire de leurs ancêtres : les cavaliers Mossi. Citons également la figure emblématique de Thomas Sankara, président du Burkina Faso de 1983 au 15 Octobre1987. Il est l’un des rares symbole récent de révolutionnaire africain. Ses idées socialistes donnèrent un élan au pays grâce au rôle de l’Etat dans la mise en place de structures sociales. Les Rastas du Burkina Faso se considèrent comme les principaux héritiers de son esprit révolutionnaire.

Le Rasta est donc un personnage nouveau des sociétés d’Afrique de l’Ouest, qui est souvent perçu comme un délinquant, parce que « trop » libre, beaucoup s’en méfient et les jugent sur leur apparence qui sort de l’ordinaire. Toutefois la perception des gens change progressivement, les messages véhiculés par le reggae participent fortement à l’acceptation de ce mode de penser (citons Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly qui chantent aussi bien en français que dans les langues locales).
Chacun puise ce qu’il veut de Rasta, c’est un mouvement si complexe qu’il y a autant de façon d’être Rasta, qu’il y a de façon d’affirmer son identité au sein d’un mouvement qui n’est régie par aucun dogme. L’ identité Rasta passe par tout un tas de règles de vie que chacun s’impose selon ses convictions.

J’ai voulu présenter ces personnes dans leur environnement quotidien que sont Ouagadougou et ses alentours, l’idée étant de montrer une multitude de personnalités appartenant à une même communauté, avec leurs différences, leurs caractères et leur façon de s’affirmer. Les lieux dans lesquels je les ai photographiés sont ceux qui s’offraient à moi lors de nos rencontres, que j’ai choisis selon des critères purement esthétiques en fonction de la personne photographiée, tout en valorisant la place de la nature dans une ville en perpétuel aménagement ou une vie mi-urbaine mi-rurale se côtoient continuellement.

Les différents « feelings », symboles ou autres objets vestimentaires ou matériels permettent une vision de la personne, une interprétation de son identité même, le regard, la position et l’expression en sont des facteurs tout aussi importants qui contribuent à cette interprétation.

Iorgis Matyassy aidé de Sarah Lisbonis (étudiante à l’université de Nanterre en Master d’Anthropologie)

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Fusko est musicien et comédien, il vit avec son frère jumeau ainsi que d’autres rastas avec qui ils ont fondé une communauté dans un village appelé Sabaa à 25 kim de Ouaga (ils se sont installés il y a peu dans la volonté de fuir Ouagadougou et son mode de vie, profiter de la nature ainsi que d’une agriculture vivrière). © Iorgis Matyassy
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Mabra est musicien, il joue de la musique traditionnelle, il est également vendeur d’artisanat. © Iorgis Matyassy
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Faso est l’un des meilleurs cavaliers du Burkina, il pratique notamment la voltige (acrobaties réalisées sur des chevaux lancés au galop), il est également dresseur, il possède sa propre écurie et participe à de nombreux spectacles avec ses chevaux. Le cheval est l’ emblème national du Burkina Faso. © Iorgis Matyassy
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Wazota est percussionniste, il fait partie des premiers rastas du Burkina, il avait une vingtaine d’années lors de la révolution de Thomas Sankara en 1983, il à vécu en Belgique et en France, de nos jours il vit à Koubri (à environ 30 km de Ouaga) avec d’ autres rastas loin de l’ agitation urbaine. © Iorgis Matyassy
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Tchampa est chanteur de ragga dancehall, il chante en anglais français et moré, c’est au Ghana qu’il a rencontré rasta, il se considère comme bobo ashanti*, d’ou le turban qui cache ses dreadlocks. Il vit entre le Ghana et le Burkina Faso. © Iorgis Matyassy

Voir en ligne : www.iorgismatyassy.com