Rap et société : Quand deux go* parlent pour la jeunesse La Côte d’Ivoire au jour le jour

, par Camille Millerand, Israel Yoroba

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Au nombre des personnes qui ont contribué par leurs talents à l’effort de paix en Côte d’Ivoire, on peut citer deux jeunes filles : Priss’K et Nash . Différentes dans leur style d’habillement, mais liées par une amitié qui dure depuis plusieurs années.
Différentes dans leur façon de chanter, mais unies par le style de musique qu’elles ont décidé d’embrasser. Le rap.
Nash et Priss’K n’ont peur de rien. Elles côtoient les grands du mouvement Hip Hop en Côte d’Ivoire et en Afrique. Elles conscientisent, dénoncent et conseillent. Elles sont désormais une référence pour la jeunesse.
Allons à la rencontre de deux inséparables rappeuses qui ont porté loin le message de paix et de réconciliation de la jeunesse en Côte d’Ivoire.

Rap et société : Quand deux go* parlent pour la jeunesse

Yopougon . Commune populaire d’Abidjan. Il est un peu plus de 10 heures 30 quand nous descendons du "Gbaka" (véhicule de transport en commun). « Niangon Nord à droite ». Un quartier de ladite commune. C’est là que nous avons rendez vous avec deux jeunes filles qui ont en commun de faire du Rap, un moyen de faire passer leurs messages.
L’une, Priss’K , a débuté alors qu’elle avait 10 ans. Aujourd’hui elle est dans la vingtaine d’âge. Traits du visage fins, voix suave, Priss’K a été la première rappeuse en Côte d’Ivoire.
L’autre Nash , est plutôt d’un genre masculin. Toujours en pantalon, chaussures basket, elle utilise le Nouchi (argot ivoirien) dans ses textes.
Inséparables depuis de nombreuses années, les « deux copines » sont considérées aujourd’hui comme un modèle pour la jeunesse et un porte parole pour la gente féminine en particulier. « Nous savons que beaucoup de jeunes nous suivent. C’est pour cela que nous faisons attention à ce que nous disons, aux actes que nous posons. Parce que cela peut influencer positivement ou négativement la jeunesse » , attestent-elles. Les sujets comme la décence vestimentaire, l’excision et la violence faite aux femmes n’échappent pas à la liste des sujets qu’elles abordent. « J’ai fait du rap pour montrer que ce n’est pas un genre réservé exclusivement aux hommes » , affirme Priss’K. « La femme a été longtemps reléguée au second rang, et nous voulons réaffirmer qu’elle a son importance, sa place… la première place » , ajoute Nash. Elle est étudiante en licence d’anglais. Priss’K elle, est titulaire d’un brevet de technicien supérieur en Communication d’entreprise.
Les deux amies ont eu l’occasion de porter loin le nom de la jeunesse de Côte d’Ivoire. « Hollande, France et de nombreux pays africains. Nous avons beaucoup voyagé et représenté la Côte d’Ivoire. Nous en sommes fières » , lance Priss’K.
Au-delà de la musique, Nash et Priss’K ont un regard critique sur la situation de crise qu’a connu la Côte d’Ivoire. Si Priss’K souhaite que « des élections transparentes et libres » se tiennent rapidement, Nash espère que la Côte d’Ivoire va retrouver la paix.
Pourtant, elles sont conscientes du rôle que leur musique a apporté pendant les cinq années de conflits en Côte d’Ivoire. « Nous avons essayé de sensibiliser les Ivoiriens à la paix et au pardon » , explique Priss’K. C’est d’ailleurs pour cela que très inspirée, Nash met sur pied « un collectif de rappeurs » appelé « Gbonyi YoYoYo ! ». « Gbonyi signifie en Nouchi groupe, famille, être ensemble. Et Yoyoyo, pour faire référence au Hip Hop » , explique l’initiatrice du concept. « Vous remarquerez que dans le groupe il y a des Gouros, des Baoulés, des Guérés, des Dioulas » , poursuit-elle. « Nous avons voulu faire ce brassage pour montrer qu’on peut venir de différentes régions de la Côte d’Ivoire et être unis pour une même cause » , ajoute-t-elle enfin.
Aujourd’hui, les « deux sœurs » se préparent à mettre sur le marché un nouvel album chacune de son Côté. « Mon Album s’appelle Zyé Dédja. En Nouchi ça veut dire, les yeux ouverts, prise de conscience, maturité » , annonce Nash. Priss’K pour sa part a baptisé son album « Maturité ». « Si on aspire à un changement, il faut qu’il s’opère d’abord dans la tête. Et il faut que les Ivoiriens soient d’avantage mûrs » , explique Priss’K.
Pour l’une et pour l’autre, il y a une lueur d’espoir pour la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui et de demain. Et elles espèrent seulement apporter quelque chose à cette Côte d’Ivoire.

Pour écouter d’autres morceaux de la rappeuse Nash, rendez-vous sur son myspace :www.myspace.com/nashnouchy *Go : Mot nouchi (argot ivoirien) signifiant fille, femme, copine, petite amie

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portrait de Priska et Nash, rappeuses ivoiriennes © Camille Millerand